‹ Le Nouveau Paris (volume 3)Chapitre 8 sur 48 · CHAPITRE CXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXVII

Esprit public*

Rien n'est plus plaisant que tous les efforts des écrivains pour bien déterminer V esprit public. Chacun vouloit l'asseoir dans sacotterie ou dans son journal. L'un tomboit dans le parti de l'opposition sans le savoir , l'autre servoit le gouvernement par ses paroles inconsidérées et sans le vouloir.

Il étoit impossible qu'il y eût un esprit public dans ces grandes commotions ; ou du moins qu'on sût bien déterminer où il

( 45 ) étoit. Ce qui compose la portion sensée et tranquille, ne le clisoit peut-être pas, mais raisQnnoit ainsi : Prenons patience par esprit de raison et de calcul ; le pire ne seroit pas d'être mal gouverné , mais bien de ne pas l'être. Le mot esprit public a donc eu à Paris et ailleurs des acceptions très -difTér entes. Les observateurs mettoient, pour ainsi dire , les doigts sur le thermomètre en le consultant , et ils prenoient pour la température de l'air~ la chaleur plus ou moins grande de leurs mains. Dix qui parlent, font plus de bruit que dix mille qui se taisent j mais le bruit passe.

Tâter le pouls cl V esprit public , exige un tact bien fin. Il faut bien distinguer si le mouvement est en proportion avec le bruit ; et rabattre ensuite du calcul tout ce qui est dû à l'entraînement, à l'exemple.

Il se forma un bureau de l'esprit public; il ramassoit dans les cafés et dans les spectacles tout ce qui s'y disoit ; mais le lendemain c'étoit une autre version ; car.

ce qu'on appelle esprit d'opposition eéî inné chez les Parisiens. L'un crie au feu pour l'éteindre , l'autre pour piller la maison. Ce n'est pas l'esprit publie qui régne à Paris , c'est l'esprit de critique. Chez le peuple des salons . la première affaire , celle de tous les jours, c'est dé s'amuser. Rien de moins amusant que la louange. La satyre est bien meilleure pouf passer gaîment une heure ou deux ; elle trempe ses petites flèches dans tous les ■ acides 5 plaisante dans les cercles , mordante dans les cafés , boudeuse dans les cotteries , grondeuse aux comptoirs , criarde à la Halle , rieuse ou plaignante par-tout 5 mais par-tout ayant pour base cet esprit de contradiction qui éloigne nécessairement cet intérêt commun qui prend sa part de l'intérêt de tous.

La révolution a élé souvent un spectacle où Paris étoit partagé en deux classes? l'une qui agit , Pautre qui reste aux galeries, pour juger , comme au Cirque, de l'adresse et de la force des lutteurs»

De là ces incrédules qu'on ne vit jamais accueillir les nouvelles de nos victoires ; de là ces déclamateurs d'habitude qui ne cessent de s'opposer à tout ce que veulent ies sages.

Page 1