CHAPITRE XIII
Club des Jacobins.
Comment en un plomb vil For pur s'est-il changé! Les sociétés populaires, les clubs patriotiques, les amis de la constitution nous furent d'un besoin indispensable dans les premières années de notre changement politique ; ces sociétés , en réunissant la masse du peuple, pouvoient seules combattre avec avantage les préjugés et les erreurs , hâter les progrès des lumières, disséminer les grandes vérités , établir les principes, répandre les vertus civiques, en inspirer l'amour , implanter le patriotisme dans tous les coeurs, et former enfin cet esprit public, qui devoit seul enfanter l'unité d'opinion, comme V\x^
nité d'action. Voilà les grands travaux qu'ont glorieusement entrepris les jacobins ! A quel degré de bonheur ne nous eussent-ils pas fait depuis long-temps parvenir y s'ils eussent continué à se montrer tels qu'ils furent dans leur origine, ou dans les deux ou trois premières années qui la suivirent. Le malheureux i>énie des faclions en avoit autrement ordonné : déjà il plane sur la France j il se glisse au milieu des clubs patriotiques, il souffle son esprit de vertige et de fureur m tous leurs membres. Les jacobins subsistent toujours ; mais dès l'instant de la création de la république ces hommes ne ressemblent pas plus aux patriotes de 8g , go et.91, que les Français d'aujourd'hui, tout républicains qu'ils sont de nom , ne ressemblent soit aux Spartiates, soit aux Romains, dans les beaux jours de leur vertu et de leur gloire.
Pour nous instruire des causes d'un changement si déplorable, écoutons un
( 63 ) sage député : a Les sociétés populaires^ » dit— il dans un de ses rapports , étoient, )) à leur naissance, les temples de la )) liberté et de l'égalité. Les citoyens et » les représentais du peuple s'y ren- )) doient pour méditer ensemble la perte » de la tyrannie, la chute des rois, les » grands moyens de consolider la li- » berté. Dans ces sociétés on voyoit le )) peuple uni à ses mandataires , les )) éclairer et les juger. Mais depuis que )) ces mêmes assemblées se sont remplies )> d'êtres artificieux , qui viennent bri- » guer à grands cris leur élévation à la » législature, au ministère, au géné- )) ralat j depuis qu'il y a dans ces clubs » beaucoup trop de fonctionnaires pu- » blics, et trop peu de citoyens, le peu- )) pie y est nul ; ce n'est plus lui qui » juge le gouvernement , ce sont les )) fonctionnaires coalisés qui, réunis- ); sant leur influence, font taire le peu- )) pic, l'épouvantent, le séparent de ses ;; législateurs; bien qu'ils doivent tou-
( 64 ) » jours être inséparables, et corrompent » l'opinion dont ils s'emparent , et par » laquelle ils imposent silence jusqu'au )> gouvernement, en se rendant eux- » mêmes , fonctionnaires publics , les » dénonciateurs de la liberté qu'ils ou- » tragent, qu'ils perdent et qu'ils assas- » aillent ».
Les vérités lumineuses que renferme ce passage, doivent d'autant moins paroître suspectes au lecteur impartial, qu'elles sont dites par un des plus ardens sectateurs des clubs ; et c'est principalement aux jacobins de Paris, que ces grandes vérités peuvent s'appliquer. En effet, dés que les Danton , les Marat, les Robespierre, les Collot, les Billaud, les Couthon, les Dumas, et beaucoup d'autres individus , dont les noms nous échappent, dominèrent dans la société, dès que tous les députés marqués, les ministres, les magistrats du peuple, ses juges, et d'autres fonctionnaires publics en furent membres, on s'occupa bien
( «5) • moins du gouvernement que des gouverneurs ; et on ne s^occupa de ces derniers que pour leur faire la cour , les flagorner , et en arraclter soit à force de bassesses , soit à force d'importunités , les emplois les plus lucratifs, Dès-lors la société leur fut toute dévouée, et ses membres qui naguère en-, core , les jugeoient avec tant de fierté, ne furent plus que leurs vils prôiieurs , leurs esclaves, les aveugles instrument de leurs ambitieuses et détestables passions.
Telle est, en abrégé, l'histoire de ces jacobins, dont nous avons été observateurs impartials depuis leur origine jus- ' qu'à leur chute.
Dans leurs différentes époques, ils font tantôt le bien, tantôt le mal ; ici ils forment l'esprit public, là ils le font dégénérer en un fanatisme démagogique, et déshonorent par leurs excès la liberté qu'ils ont si puissamment servie par leurs travaux.
Envisagée dans ses membres, la société offre , à sa naissance, une réunion d'hommes faits pour nous étonner par la hardiesse de leur génie. Divisés de sentimens, ces apôtres de la liberté se séparent ; ils sont remplacés par des hommes foibles, bornés, ignorans, que leur défaut de lumières entraîne dans l'idolâtrie de tous les intrigans qui les subjuguent.
Considérée dans ses chefs de file ou meneurs, elle n'est plus qu'un rassemblement de factieux , fauteurs , complices et victimes des Robespierre et autres grands coupables.
Une des plus grandes fautes de la constituante, est de n'avoir pas eu la prévoyance et le courage de fermer tous les clubs, et principalement celui de Paris, au moment de l'acceptation de la constitution par le peuple ; s'il éloit impossible de les supprimer alors, ces clubs si redoutables, il falloit au moins les circonscrire dans de si étroites li-
mites qu'ils ne pussent jamais rivaliser avec les autorités constitutionnelles et troubler la tranquillité. Etoit-il prudent de laisser élewr dans l'état autel contre autel ? C'est en conservant l'échafaudage de l'édifice, quel'ennemi de la liberté s'est emparé du vulgaire des jacobins et en a fait des stipendiés ; on pourroit les comparer à des soldats subitement licenciés et sans paye. Aussi n'a-t-il pas existé un seul complot contre la république qui n'ait eu depuis son principal foyer à Paris. C'est au nom des loix qu'on a voulu ditruire toutes les loix ; ils ont pris tous les masques ; vous les retrouverez dans toutes les assemblées primaires : n'ont-ils pas envahi les sections pour en faire des arènes de contre-révolution et d'anarchie ? Ne croyez pas que le canon de udéiniaire ait adouci leur rage; partout ils ont formé de nouveaux complots, ils o/it préparé à Condé l'entrée dea département du Doubs et du Jura.
( 68 ) Pervertir l'esprit public, provoquer les massacres -, proscrire les chants inoculateurs de la liberté, si redoutables à nos ennemis : YQil&J'ouvrage de ces jacobins dégénérés et stipendiés par le royalisme.