Tome I. F
pourront aveugler les contemporains; mais la postérité lui rendra justice. On sentira qu'il n'étoit pas possible de faire une révolution qui heurtoit tant de passions, tant de préjugés, sans secousses.
Ce n'est point la froide sagesse qui préside au milieu des orages politiques , mais l'enthousiasme, les passions fortes, le fanatisme même. Le philosophe s'afflige en silence des calamités humaines du fond de sa retraite; il indique les moyens d'y remédier : mais les dominateurs, ces hommes avides de titres ou de richesses, ne se dépouillent pas, à la voix du sage , des biens ou des distinctions qu'ils ont usurpés. Ce n'est point assez qu'il y ait des philanthropes qui écrivent j il faut des hommes ardensqui spient capables d'agir. Les intérêts pri- \ es prennent souvent, il est vrai, la place de l'intérêt public ; mais par-tout où il y aura des hommes, on remarquera dans leurs ouvrages l'empreinte de la foiblcsse de leur nature , et nous
ne devons pas espérer que le inonde soit jamais gouverné par des intelligences célestes.
Notre révolution a sans doute entraîné de bien grands malheurs ; mais le passé n'est plus en notre pouvoir; travaillons pour l'avenir , en mettant nos fautes à profit. L'adversité doit être pour les nations , comme pour les particuliers , une source féconde d'instruction. Nous avons passé par toutes les épreuves ; nous avons offert le spectacle de tous les excès , de tous les genres de folie. Mais ces scènes affligeantes ont cté compensées par les traits les plus propres à honorer l'espèce humaine.
Aucun peuple ne porta plus loin l'enthousiasme de la liberté, ne donna plus de preuves décourage, de dévouement:
nous aurions opéré les plus grandes choses , si l'on avoit su tirer tout le parti possible de notre caractère impétueux, sensible, passionné. Quoique mal dirigés, nous avons résisté à l'Iki-
|)C entière ; nous avons terrassé toutes les factions, malgré l'inconstance et la légèreté qu'on nous reprochoit, nom nous sommes montrés fermes et opiniâtres dans la défense de nos droits. Il es) temps maintenant de nous arrêter j de pins longs orages nous feroient perdre le fruit de nos travaux. Il est temps < ' 'Ifrir à l'Europe le spectacle d'une grande république créée au milieu des tempêtes , qui a déployé dès sa naissance la plus grande vigueur, et qui peut se promettre les plus hautes destinées.