CHAPITRE XXI
Le Comité central de rÉvêché.
Si Ton pouvoit douter un instant de la part active que les étrangers ont eue dans nos affaires, eu soudoyant plusieurs chefs des jacobins, H en poussant les autres aux crimes , il ne faudroiL que jeter les yeux sur le comité central de l'Evéché, qui se trouve formé toutà-coup comme par enchantement, qui .se dit investi des pouvoirs illimités de toutes Us sections de Paris, qui déclare
( 129 ) cette yille en insurrection , et arrête que les barrières seront fermées.
La plupart des membres qui composoient ce comité, n'étoient pas français : on y remarquoit ce Gusman espagnol, dont j'ai tiré tant d'aveux lors de ma captivité, et qui s'intéressoit à mon sort, 4u point qu'il vouloit me sauver en me séparant de mes collègues ; ce que je refusai constamment.
Le suisse Pâche, le belge Dubnisson , le neufchàtellois Marat , Péi-capucîti Chabot, beau -frère de deux autrichiens, voilà ceux qui nommèrent Henriot commandant provisoire de la force armée, et qui donnèrent 4o sols pai% jour aux sans-culottes qui resteroient sous les armes. Ils peuploient aussi les tribunes de leurs insolcns agens. Ils déchaînèrent l'anarchie qui alloit les dé von r; et ce qu'il y a déplus incro)rable, c'ot quVn frappant ces coups, en dissolvant la réunion conventionnelle , ils vouloient que cette dissolution eut
( i3p ) Pair de venir de la convention ellemême.
Le tocsin étoit dans la main de ce comité. Barrère le lia Lia de ses vils mensonges ; Robespierre le regardoit comme son piédestal, et nous, hommes probes et éclairés, nous avions beau dire à la convention et à la montagne : c'est à vos têtes qu'on en veut ; ne voyez-vous pas le féroce 1 lenriot? il reflète les complots du cabinet britannique; il tient à la main la mèche allumée qui va embraser le canon qui fait face au Palais national. Hérault de Séclielles est un traître, un perfide qui s'entend avec lui.
Les jacobins aveuglés par la haine et la férocité de leur caractère , aimèrent mieux le despotisme de Henriot, le chapeau sur la tête et l'insolence sur le front, que les vertus de Vergniaud, de ( iensonné, de Barbaroux , de Brissot ; et le servile instrument des cruautés de Robespierre, Couthon, fit de tous les montagnards, les complaisans satellites
d^un Henriot qui crioit que le peuple souverain étoit debout. Ce fut donc la montagne qui approuva la conduite de la commune, et qui, humiliée elle-même par la plus insolente audace, sanctionna la violence de quelques obscurs démagogues , et prépara ce déluge de maux dont la France va être inondée. ,
Où. étoit donc cette vertu républicaine , qui sembloit ne consister qu'à égorger ses collègues républicains , à créer les mots de fédéralisme et de fédéralistes , à les faire répéter par les tricoteuses, soeurs des furies de guillotine, à propager ces expressions magiques et sanguinaires, dont les scélérats, qui s'en servoient, n'étoient pas les dupes ; ils auroient poussé sous la haclie de la tyrannie décemvirale, jusqu'au dernier député prisonnier? Et qu'on ne dise point que la journée du 9 thermidor a s:iu I députas républicains.' Les
izc (i('puLé-?f|iiiseulsavoient lait leur devoir et protesté conlrel'anar-
due, languirent encore dans les prisons pendant près de quatre mois. Et les Parisiens, qui haïssoient tout ce qui tenoit à la république, n'osèrent les délivrer 5 il fallut que la cpnvention entière 9 placée sous le joug de la honte et de l'infamie, les rappelât dans son sein, pour ainsi dire, malgré elle.
Ton poignard, o Tallien ! tu le réservois à ton bourreau; mais tu n'as pas su t'en armer pour les vrais républicains; tu as sauvé ta tète, et tu nen voulois point sauver d'autres. Que f importaient après cela les députés probes qui gémissoient dans les cachots?
Après cette indifférence coupable, où le parti républicain fut coustamment attaqué ou menacé, qu'on ne s'étonne plus des journées de prairial , de germinal y de vendémiaire ; elles n'auroient point eu lieu , si le parti victorieux, le 10 août, eût obéi à ce que lui commandoienl également la justice et l'amour de la république 5 mais le
( i33 ) fçpid et dur égoïsme assimulà les repr.é~ sentans hors du glaive , à ces lâches qui ? sauvés d'un péril commun, abandonnent leurs proches ? parce qu'il leur en coûteroit un léger effort pour terrasser quelques brigands.
Tallien ! tu te levas ainsi qu'un grabataire poltron se lève enfin quand le feu prend à la paillasse de son lit j.tu représentas un comédien dans la tragédie qui finit le règne de Robespierre , mais tu n'en fus pas l'auteur j et la tyrannie décemvirale, les montagnards tentèrent même alors de la renouer.
Voilà la vérité.