CHAPITRE XXVIIL
La main de bronze.
Cette main étendue comme celle d'un empereur romain , et qui figuroit dans une place publique, la main de la statue de Louis xv, où est -elle aujourd'hui ? O bizarrerie de la destinée, ou décret de la justice éternelle ! c'est le prisonnier Latude , détenu pendant In 11 U -cinq ans dans les prisons d'état, qui s( trouve possesseur de cette main de bronze, dont l'original avoit signé Tordre de sa longue captivité.
On n'a rien vu de plus étonnant que la fameuse échelle qui avoit favorisé son évasion des prisons de la Bastille. Travailler seul une échelle de plus de trois cents pieds, la lancer de deux cents pieds de haut à travers des murailles qui ont quinze pieds d'épaisseur, se sauver, être repris, être délivré par miracle le 16 juillet ! Si chaque homme
n'a pas son destin , comment expliquer la patience , le courage , le bonheur de Henri Masere de Latude ?
Le pied de cette même statue équestre est déposé au Muséum des monumens français ; voilà ce qui reste de trois dynasties.
Etrangers , vous viendrez visiter cette main et ce pied d'une proportion colossale : le républicain sera là pour examiner les traits de votre visage : passez vite, s'il n'exprime point la satisfaction , et retournez chez vous baiser des pieds et des mains de chair. Le jour que l'on mit bas toutes ces statues des
( i6» ) rois, je vis la multitude dans un singu-* lier étonnement; c5 étoit de voir que ces bronzes n'étoient pas massifs ^ et que les flancs du cheval de bronze n'avoient guère que l'épaisseur d'un écu de trois livres ; elle ne revenoit pas de sa surprise , et comme elle comptoit sur une émission presqu'infinie de pièces de 6ix liards , elle éprouvoit une sorte de chagrin d'être détrompée ; et elle disoit : Quoi ! cela étoit si creux ?^ Oui , tout étoit creux , puissance et statue.