‹ Le Nouveau Paris (volume 5)Chapitre 14 sur 40 · Tome III. E · texte numérisé non relu

Tome III. E

( 98 ) les cheveux épars. Là sont les groupés d'escompteurs de mandats, et qui grossissent insensiblement. Entre un ïnayolet en redingotte bleue , chapeau rond à poil, bottes cirées, son cure-dent à la bouche , il dit à demi- Voix, cinq et demi; on lui balbutie deux mots ; le groupe s'ouvre 5 il sort 5 il a gagné vingt mille francs ; toutes les filles le suivent, le tutoient, folâtrent avec lui ; il les claquette sur la croupe ou les pince légèrement ; il s'envole, on ne le voit plus.

Cependant dans les salles de vente, le stentor â donné le signal. Les courtiers, les brocanteurs, les revendeuses à la toilette sont assis. On y vend à l'enchère les perruques de femmes, les pendules en lyre, les schals, les mouchoirs, les chemises, les lits à la duchesse. Un crieur promène sur des tables quadrangulaires, chacun de ces objets devanl les enchérisseurs. Il s'égosille, il boit, il ç?est formé une voix- qui tient le milieu

(99) entre la \oix humaine et le mugissement du taureau; les manœuvres des vendeurs sont telles qu'ils vous livrent toujours la marchandise la plus détériorée ; les brocanteurs font payer plus cher ceux qui ne sont pas de leur clique.

Les espions rodent dans les cafés dtt second ordre, on n'y politique plus ; on boit silencieusement de la bierre comme les Flamands dans leurs estami-1 nettes. Le goût de l'eaurde-yie, chez, plusieurs , a remplacé le vin ; la godail* lérie assise, qui boit au double et qui s'incommode, reproduit quelques tableaux de Van-Ostade ; on se porte aux lieux où l'on .boit, et ces guinguettes sans air, sont l'endroit où j'ai eu plus de douleur à rencontrer l'homme qui s'y abrutit.

S'il existe sous les passages des trous de boutiques où des filles attirent par des oeillades les passans , si l'on n'y voit que quelques rangées de paquets, de poudre entremêlés de bocaux remplis* dé hou-

( ioo ) pes ou de cure-dents , et si dans d'autres boutiques de même espèce, qui ne sont guère plus richement fournies, on ne trouve d'autres marchandises que celles peintes sur l'enseigne , ou bien les hardes de ces demoiselles suspendues intérieurement par manière d'étalages , ces lieux sont au sérail, ce que les gargottes sont au restaurateur Méot. Il est de vastes salons, rendez-vous assidus de tous les hommes nouveaux engraissés de rapines, des fournisseurs des armées , des faiseurs d'affaires , des administrateurs de tontines ou de loteries , des professeurs de vols nocturnes , enfin des agioteurs en chef. Là , vous êtes servis au simple coup-d'œil. Le plat se porte sur la table en même temps qu'il est demandé ; et comme tous ceux qui mangent sont cousus d'or, ils y mangent et y sont servis en rois, en princes, en ambassadeurs, en financiers.

Là, des cabinets particuliers s'offrent tout à la fois à la gourmandise et à la

luxure. Les glaces qui les décorent 5 multiplient aux regards d'un vieux satyre les appas de sa maîtresse , et tous les sièges y sont élastiques. Enfin il est un sallon particulier où Ton boit les liqueurs les plus fraîches , et l'encens s'échappe en petits filets» nuageux des cassolettes. Là , on dîne à l'orientale ; mais l'avare n'y entre jamais. Ces plaisirs ne sont que pour le prodigue ; mais il y retrouve certains jours toute la pompe et la bizarrerie du repas de Trimalcion. A un certain signal le plafond s'entr 'ouvre , et du ciel descendent des chars attelés de colombes et guidés par des Vénus ; tantôt c'est l'Aurore , tantôt c'est Diane qui vient chercher son cher Endymion. Toutes sont vêtues en déesses. Les amateurs choisissent, et les divinités , non de l'Olympe mais du plafond , s'unissent aux mortels. Il fut un temps où le massage des Egyptiens y avoit lieu. On étoit massé par des mains féminines dans une étuve de vin $

mais cet acte salutaire à la santé ; et qui favorisoit une utile transpiration , a cessé ? quoiqu'il appartînt également à la propreté et à la volupté.

Vous penses bien que ceux qui sortent de-là, sont étrangement scandalisés d'entendre retentir à leurs oreilles, le Postillon de Calais , le Messager du 6oir , le Miroir ; ils s'embarrassent bien île la lettre de Polichinelle , de la constitution en vaudevilles y de la pé~ iition des galopins des deux conseils.

Les satires contre le gouvernement leur sont aussi indifférentes que tous les éloges qu'on en pourroit faire. Leurs dîners fins valent mieux que.ceux des Directeurs. Ils sont étrangers à tout ce qui se passe hors du cercle de leurs plaisirs j tous les débats politiques n'attirent pas plus leur attention , que les découvertes de Lavoisier n'attirent l'attention des mauvais poètes. S'ils entrent dans une boutique ? ce n'est pas dans celle du libraire qui vit de pamphlets

( io5 ) royalistes ; ils entrent chez les marchands d'estampes , chez le bottier , le confiseur, qui sont porte à porte, on chez les bijoutiers , dont les devants de boutique sont tout brillans d'or et de diamans, de tabatières, de bagues énigmatiques. Leurs laquais oisifs s'enfoncent chez les vendeurs de saucissons , de pâtés , ou font quelques spéculations grossières sur les prétendus vins de cinquante-deux sortes : mais ces laquais ont beau vouloir imiter leurs maîtres, jamais ils ne feront, même en petit, ce que les agioteurs font en grand et avec des monosyllables magiques,

Tel est le cloaque infect placé au milieu de la grande cité , qui menaceroit la société entière d'avilissement et de pourriture , si les scandales qu'il offre n'étoient pas resserrés dans un point.

La contagion funeste des jeux , les excès de la cupidité sous toutes ses formes, la licence des moeurs et des artistes ne s'étendent point au reste de la ville \

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et c'est tme chose digne de remarque , que plusieurs quartiers semblent comme épurés par tous les vices qui bouillonnent au centre. Ce que j'y ai remarqué de plus affligeant que le libertinage qui tient à la chaleur du jeune âge 5 c'est que le blasphème et le cynisme sont dans toutes les bouches et à tous les instans , qu'on s'en est fait un style , et qu'on n'y prend plus garde.

Mais c'est un grand scandale dans notre siècle , que ce langage brutal et dépravé qui a gagné preque tous les états , et qui depuis l'époque de la révolution , s'est fait un jeu des paroles les plus sacrées, et qu'on ne prononçoit autrefois qu'avec respect. Le saint nom de Dieu est employé à tous propos, non par impiété , mais par manque de décence et de gravité.

C'est peut-être pour avoir profané la langue , que nous avons perdu une partie de nos vertus ; mais ce qu'il y a de plus déplorable , c'est de rencontrer

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presque par -tout des troupes d'enfans sans rè^le et sans pudeur, qui jurent , blasphèment et scandalisent les oreilles chastes ou pieuses. Il est temps qu'on renouvelle le respect qui est dû à l'Être suprême. Autrefois on faisoit percer la langue à des blasphémateurs. Les vices brutaux ne sont pas aussi dangereux que les vices polis ; mais Y enceinte du Palais - Egalité a le triste privilège de rassembler les uns et les autres.

On ne lisoit pas à Sodôme et à Gomorrhe les livres que l'on imprime et que l'on vend publiquement au Palais- Égalité. Justine 9 ou les Malheurs de la vertu est étalé sur des planches. Mettez une plume dans la griffe de Satan ou du mauvais génie ennemi de l'homme, il ne pourra faire pis. Vingt autres productions, moins abominables, il est vrai, car celle dont je parle a remporté le prix de la turpitude et du vice , sont là pour achever de décomposer ce qui

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restoit de morale par instinct , dans le cœur de quelques jeunes gens*

Et les vendeurs et les acheteurs s'autorisent de ces mots qui nous ont tant trompés : Liberté , liberté illimitée de la presse.

Dans le coin de cette boutique , entendez-vous ce qui se dit ? on fait, à la lettre , des voeux pour Farmée de l'empereur. Elle va repasser le Rhin , reprendre en passant la Belgique et le Luxembourg , et se rabattant sur la Lorraine , la Flandre et l'Alsace , réduire la France au Nord, aux limites existantes du temps des Valois. La femme , la fille, la tante et la cousine du libraire ne doutent point de la victoire des trois rois coalisés, laquelle doit leur donner pour leur déjeûner du café , du sucre et de la cannelle à très-bon marché. On pleure la mort de Charette, et l'on attend tout du courage deRicher- Sérisi et de la plume de Baboeuf.

Peu importe aux oisifs que Pitt ail

( îoy ) voulu faire de la France une seconde Pologne. Il n'y a plus de liberté dès qu'on ne peut plus assassiner la représentation nationale, et puisqu'il y aeu révolution , pourquoi n'y auroit-il pas contre-révolution jusqu'à l'entier rétablissement de la sainte démagogie ?

Dans presque toutes les maisons se font des métiers qui n'ont pas de nom. L'analyse chimique ne parvien droit pas à décomposer les élémens divers de ces nouveaux trafics. L'esprit de l'homme est surprenant lorsque l'intérêt pécu-* niaire devient la base de ses pensées et de ses actions. Il y a véritablement de quoi sourire de cette ingéniosité mercantile. La tête de l'homme avide calcule tout-à- la-fois le temps , l'échange, les variations , et asservi* , pour ainsi dire , le hasard d'une manière également hardie et précipitée.

Oh ! que de talens perdus , lorsqu'ils s'exercent sur des intérêts particuliers!

Une observation que j'ai faite , c'c&t

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qu'en me promenant sons ces arcades populeuses j j'ai été frappé de la ressemblance de plusieurs physionomies qui m'étoient connues et que j'avois vues dans mes voyages. Je croyois voir reparoître des personnes décédées.

Existe- 1- il entre les hommes une force attractive ou sympathique qui vous reproduit les physionomies qui vous ont attaché le pi us pendant le cours de votre vie ? ou est-ce le produit d'une imagination qui ne se détache point de certains objets?

Il en résulte du moins qu'il y a des traits de famille imperceptibles, mais qui se lisent sur tous les visages , et si un jour on classoit les individus ressemblans , s'ils conversoient entre eux, ils découvrirent peut-être qu'ils appartiennent à une seule et mêmesouche.

Alors on remarqueroit une sorte de concordance dans le son de la voix j un rapport dans le geste ; des tics semblabks? soit dans le clignotement des pau-

( io9 ) pières , soit dans le mouvement des lèvres , soit dans le parler par rapport aux vibrations de la langue contre le palais , soit dans la conformation du nez, dans le port de la tête , dans l'attitude , dans la vitesse ou la lenteur du marcher.

.Si , dis-je , on s'avisoit de réunir ou de grouper des individus ayant ces signes caractéristiques de ressemblance, et s'il s'ouvroit entre eux ui# conver-* sation soutenue, n'en verroit-on pas jaillir d'heureuses reconnoissances , et n'aideroient- elles pas du moins à retrouver les anneaux séparés des familles ?

Et c'est pour moi un grand plaisir que de me dire : voilà la ressemblance parfaite de tel que j'ai vu en Suisse, Voilà une tête qui est décrite dans Lavater. Cette femine me rappelle celle qui dansoit en Allemagne , et qui me tint stupéfait pendant deux heures, Voilà la laideur aimable de ma Ber-

( no ) noise. Celle-ci doit avoir infiniment d'esprit , car elle ressemble à ma causeuse de Moitié-travers. Ces figures qui passent sont toutes genevoises , et à quatre pas voilà un Basque.

Mais ce que je desirois , le voilà sous mes yeux, c'est le physionotrace, cette invention charmante qui offre aux curieux l'assemblage le plus varié et le plus nombreux des portraits des deux sexes. Je m'y attache en rêvant ; et pendant ce temps, la foule me coudoie, elle me meurtrit le dos. Je me retourne et je classe tous ces individus dans des familles auxquelles j'ai donné des noms qui ne sont connus que de moi. C'est un nez d'une certaine tournure, et je me dis : son parent est à Spire. Cette demoiselle passe, et je me dis : elle ne sait point que sa soeur est à Lucerne.

J'aurois fait un ass^z bon espion au moral; mais cette manière d'observer a un côté fâcheux ; c'est qu'elle vous donne des simpathies et des antipathies

trop promptes , trop rapides , et qui tous exposeroient à de faux jugemens, Heureusement que ces impressions passent 3 mais pour peu quela passion s'empare de vous, elles reprennent le dessus. Si l'étude des physionomies sous les longs promenoirs du Palais- Egalité a son charme, elle vous dispose en même temps à une certaine misanthropie ; car que de physionomies défigurées , et sur lesquelles l'origine céleste est presque totalement effacée ! O douleur ! la vraie physionomie de l'homme a fait place à des figures d'ogres et d'ogresses qui semblent prêts les uns à s'assommer, les autres à se percer, presque tous à se dévorer. L'accord majestueux qui règne sur le front de cette mère de famille alaitant ses enfans dans les plaines du Palatinat , est remplacé ici par une femme d'une taille avantageuse , il est vrai ; mais son oeil hardi s'élève contourné , et sa nudité indécente a fait .tomber- toute la beauté du modèle.

Il ne faut pas être un déchiflfreur d'hiéroglyphes, pour deviner le but et l'emploi de toutes ces effigies grotesques dont les traits , l'attitude ,1e costume rappellent moins l'idée d'hommes sagement occupés , que de saltimbanques. Celle-ci s'est chargée d'attributs baroques , comme si elle avoit peur qu'on ne devinât point ce qu'elle est.

Je ne passe point près de ces autres figures sans me rappeler Briarée aux cent mains. Je mets les miennes sur mes poches. «

L'on croit que ce bâtiment construit d'une manière hâtive n'est pas fait pour durer long -temps. Des réparations de toute espèce sont commandées par la nécessité, et les eaux, dit-on, minent cet édifice. Frêles mortels, il n'y a chez vous sur la terre que l'extravagance qui soit impérissable ! Son palais même qu'on a percé et repercé dans ses différentes parois, n'a pas la même solidité qu'ont nos folies 3 il tombera ; ce palais,

( .no ) et nos vices subsisteront peut-être encore.

Au milieu de ces arcades , au centre du jardin , est le lycée des arts. II semble absoudre l'édifice de tout ce qu'on peut lui reprocher. Des assemblées décentes, des lectures utiles, le plus grand &èle pour l'avancement des sciences et de»

arts, des professeurs véritablement animés de l'amour du bien public ; une foule de découvertes utiles ont été promulguées, encouragées et récompensées en ce local * et c'est de-là qu'on pourroit dire d'après Molière : Où la vertu va-t-eile se nicher ! Encore si le ferment corrupteur avoit pu se concentrer dans ce local ! Mais non , il s'est répandu et a infecté une grande partie des environs.

Oh ! quel méprisable rôle jouera dans l'histoire le peuple de Paris ! C'est lui qui a prêté une force immense au parti de Marat et de Robespierre, et de la commune rébelle : c'est lui qui a environné

les écliafauds avec les démonstrations d'une joie féroce ; c'est lui qui est venu attaquer plusieurs fois la représentation nationale ; c'est lui qui s'est rallié pour l'assassiner le i3 Vendémiaire, et qui se récria beaucoup sur sa non - complaisance à se laisser égorger ; c'est lui qui a cru que ce dépôt sacré lui appartenoit , et qui l'a couvert d'outrages et d'humiliations ; c'est lui qui dans son ignorance profonde a toujours parlé de ce qu'il n'entendoit pas ; c'est lui qui a toujours été prêt à suivre l'étendard de la révolte, et qui stupidement passif devant des massacres journaliers, ne s'en vautroit pas moins le soir, dans les tavernes et les lieux de prostitution.

Indifférent à la gloire de nos armes , apprenant nos triomphes sans enthousiasme, comme étranger à la guerre et à la gloire nationale, il répète sans ce^se les mêmes calomnies ; il a perdu ses anciennes grâces , sans acquérir aucune vigueur 5 il est devenu bassement

( ."S ) cupide sans être plus économe. Les grandes scènes de la révolution n'ont pu agrandir son entendement toujours étroit, toujours borné. Il se nourrit dans ses maisons des fables les plus impertinentes. IL est devenu si ridicule dans ses raisonnemens , que pour le punir il ne faut que le laisser parler, et il excite alors la pitié. Ingrat envers ses bienfaiteurs , il croit que le gouvernement n'est que pour le point qu'il habite, et que la république n'existe que dès qu'il lui plaît d'en adopter le nom. Jouet de tous les scélérats qui ont voulu se jouer de lui , il n'y a qu'une voix qu'il n'écoute pas, celle de l'homme de bien ou de l'homme sensé.

C'est sur cette masse combustible que le cabinet britannique avoit fondé ses plus grandes espérances. Nos ennemis avoient dit : Remuons ce peuple indocile, inepte et féroce, et nous en obtiendrons les plus grand succès. En effet , le poignard vingt fois levé par lui

sur la représentation nationale, a failli accomplir le plus grand des attentats ; il a tué Féraud, et promené sa tête dans la salle des représentans du peuple. La convention a dû sa conservation , non au petit nombre de ses assassins , mais à leur profonde lâcheté. L' Angleterre y perdit ses guinées , et s'est apperçue trop tard que parmi les brigands européens, il y avoit plusieurs classes, et que les habitans de Paris, la plupart, il est vrai, la lie des départemens, étpient les plus mauvais comme les plus poltrons de tous. Aussi ce n'est que dans Paris que l'on a vu les clubistes à quarante sols , et les sectionnaires qui vouloient égorger le gouvernement pour le salut public. Apôtres de Marat , ou partisans de Capet, les uns plaçoient la restauration des choses dans le régime de Robespierre, et les autres dans la contre-révol ution .

C'est enfin au Palais-Egalité que les chefs de ces deux factions tiennent

leurs assises ; et s'ils avoient pu s'accorder, c'en auroit été fait de la république.

Le temps passé corrompt encore le temps présent. On y parle comme font les royalistes à Londres, et les partisans de l'anarchie à Rome ; on suppose des revers , on dissout nos armées , on appelle la destruction du gouvernement , et c'est un jeu pour les gens à affaires, pour les agioteurs. Les journaux les plus audacieusement imposteurs , en accréditant tout ce qui peut donner de l'inquiétude aux bons citoyens, se font un métier de tromper les hommes crédules.

"Voyez comme ils stipulent déjà pour les Anglais ; comme ils parlementent en leur faveur ; comme ils déclament plus haut qu'eux , pour que nos victoires soient atténuées à notre détriment. Us n'ont pas la pudeur de voiler leur tiédeur pour leur pays; et c'est à nos rivaux éternellement jaloux de notre

( n8 ) puissance > qu'ils prêtent des argument en ne craignant pas de nous proposer les plus lâches sacrifices. Il faut que la paix nous fasse encore plus de mal que ne nous en a fait la guerre ; il faut abandonner nos conquêtes , parce que le sang des Anglais est trop précieux pour que nous osions encore le répandre. Qu'est-ce que tout le sang français versé? Il n'y a ni dédommagemens ni indemnités à prétendre. Cette guerre terrible doit aboutir pour le vainqueur à des bassesses , à des prières : il doit oublier qu'on a voulu lui ravir son indépendance 5 et l'enthousiasme de nos soldats , l'amour sacré de la patrie , doivent fléchir devant les intérêts du négociateur anglais , qui nous accordera la paix en obéissant aux principes d'humanité, que nous offenserions en nous précautionnant contre le plus implacable ennemi de notre nation , et celui dont les ressentimens ont duré des siècles.

Tons ces folliculaires font de la morale quand il s'agit -de contrarier le gouvernement ; ils parlent d'humanité * pour que toutes les chances restent favorables à l'Angleterre; ils parlent de restitution > pour que tous les avantages passent dans le cabinet de S.-James. Celui de Vienne ne leur est pas moins cher , c'est à qui exigera sa prépondérance. Sont-ils payés? sont-ils insensés? Non ; ils ont un besoin secret de fatiguer le gouvernement ; ils ont l'espérance de le dissoudre ? et aucun d'eux ne daigne appercevoir quels seroient les terribles résultats de cette dissolution. Si nous étions vaincus , alors ils ne voudroient plus de la paix, parce que dans leur haine aveugle contre le gouvernement, peu leur importe la dignité de la république française.

Nous sommes vainqueurs , il faut accorder à notre dangereuse rivale ce Qu'elle n'exigeroit peut-être pas si elle avoit entamé notre territoire.

L'ame partagée entre l'étonnement et l'indignation , ne sait ce que c'est que cette nouvelle race d'écrivains qui favorisent de leurs plumes les puissances étrangères , et qui appellent sur leur patrie le malheur et la honte ; le tout pour le triomphe de la diplomatie.

Ils feront désormais .la paix ou la guerre ; ils dicteront le traité de paix ; ils le joueront à croix ou à pile.

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