‹ Le Nouveau Paris (volume 5)Chapitre 7 sur 40 · CHAPITRE LXXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXVII

Le jour désastreux,

II n'y a pas assez de larmes, de douleur et de repentir pour signaler le deuil de la journée du 3i mai : qu'il soit profond , qu'il soit universel , que ses auteurs soient voués à l'exécration publique !

Jusqu'à ce jour la convention , qui â fondé la république , l'esprit de la convention étoit excellent ; jusqu'à ce jour les anarchistes avoient été combattus , réprimés , enchaînés -y tout marchoit dans le sens de la république; son génie présidoit à toutes les grandes entreprises ; c'est par lui que les loix ont été bonnes, que les armées ont été bonnes : et n'est-ce point dans le moment de l'établissement et du danger de la république, que la convention , conservant encore dans son sein tous les écrivains,

( 46 ) tous les personnages qui se sont distingués par des écrits utiles à la morale et à la liberté, a créé quatorze armées pour défendre la France sur tous les points , pour attaquer , pour battre l'ennemi sur tous les points? C'est la convention qui , dans ce moment important pour l'humanité entière , a excité l'enthousiasme de la nation , lorsqu'elle s'est levée toute entière à la voix des orateurs éloquens et des écrivains patriotiques.

Mais c'est le lendemain du 3i mai qu'elle a perdu son courage , la sagesse de ses délibérations, et qu'opprimée, avilie et vaincue par une poignée de scélérats , on l'a vue se déchirer ellemême , pour livrer aux proscriptions , aux prisons et au fer des échafauds, ses membres les plus généreux, les plus purs , les plus faits pour prononcer le mot liberté.

Un crêpe ensanglanté couvre dèslors toutes ses opérations ; elle est veuve

( *7 ) ;eg grands hommes. Elle ne reprend sa force et son caractère que lors du triomphe de vendémiaire , lorsqu'il fallut enfin vaincre pour rétablissement de la constitution. Et qui a fait cette constitution ? Ce sont principalement les députés qui ont eu l'esprit de la révolution dès son origine, et de la convention dès qu'elle fut assise sur des bases constitutionnelles 3 eux, qui ont combattu sur la brèche jusqu'au 3 1 mai, et que Dieu a fait survivre j qui , montrant les cicatrices de leurs fers , ont maintenu la dignité, la liberté et la gloire nationale , en donnant à la constitution de l'an trois cette forme simple et vigoureuse qui étonne la pensée de l'homme, de l'homme civilisé, et lui fait remercier l'Etre suprême de la nou-* velle existence qu'il a reçue sous ses auspices.

Martyrs du 3i mai , vos noms seront honorés dans la postérité la plus reculée j ceux qu'on appeloitvos complices,

( 48 )' sont les fondateurs de la république ; ils lèvent au ciel des mains pures; et après avoir conçu et réalisé toutes les idées grandes et utiles qui doivent changer et améliorer le sort de l'homme, et que réclame le genre humain ; étrangers pendant leur exil ou pendant leur captivité à toutes les extravagances, à tourtes les cruautés, à toutes les inepties barbares commises lorsque leur voix étoit étouffée, ils rattachent leur rentrée au jour de leur départ, et ils ont droit de dire : Tout cet intervalle est de la fange et du sang ; tout cet espace de ténèbres et de crimes ne nous appartient point. Et vous , vous , qui vous dites , qui osez vous dire républicains , et qui avez vu tomber six mille têtes sans dire un seul mot et sans avoir perdu un quart- d'heure de sommeil, montrez, montrez -nous donc l'empreinte des chaînes du 3i mai : non, il n'y a que ceux qui la portent , qui puissent , comme nous , se dire innocens.

Voilà

(49 ) Voilà le point de vue que Ton voudroit obscurcir , et que l'historien impartial saura saisir pour bien peindre ce jour désastreux, auquel on peut appliquer ce vers de Racine :

Comment en un plomb vil , l'or pur s'est-il changé ?

Quand je dis le 5i mai, j'y joins les jours suivans. Sans doute le peuple parisien debout étoit hors d'état de juger et ce qu'il faisoit, et ce qu'il vouloit faire : niais cette niasse formidable se réunissoit dans une même idée, qui étoit de faire obéir la convention à des chefs populaciers, lesquels changeoient xie noms, mais qui avoient leurs vues soit dans leur haine, soit dans la misérable ambition d'avoir quelques lambeaux de pouvoir, pour se livrer impu1nément au vol et au brigandage.

Il est à remarquer avec quelle facilité et quelle promptitude on soulevoit. et l'on armoit cette immense population.

C'est sur ces bourasques d'une multitude ignorante et passionnée que tous

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