PROMENADE DU BOULEVARD DES ITALIENS AU PETIT COBLENTZ
Dessiné par Desrais. Gravé par Voysard.
chaque groupe s'isole au milieu même de la société, et les passions, qui, partout ailleurs, ont leur physionomie et leur langage, semblent y avoir déposé tout ce qu'elles ont de dur et de personnel ; mais si l'on ne parle pas, chacun se devine, se tâte, pour ainsi dire ; on veut lire dans les yeux ce qu'on entend pas dire, et les regards expriment tout ce qu'on ne dit pas ; la haine y est réellement affectueuse.
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Quoi qu'il en soit, les thés nous ramèneront peut-être à la politesse française.
Les jours où il n'y a pas de thés, l'on se promène à Coblentz (1), aux Champs-Elysées; l'on va prendre des glaces ^J chez Garchy, chez Velloni ; l'on va aux fêtes de Tivoli, aux feux de Ruggiéri ; et le pauvre frémit de l'étalage indécent du luxe, qui cependant le nourrit et l'entretient ; car il faut du luxe à Paris.
Les courses à cheval du Champ-de-Mars ont inspiré le goût de l'équit ation aux favoris des amazones, non pas celles qui se brûlaient la mamelle pour mieux tirer de l'arc. Tous briguent la gloire de courir à côté d'elles aussi savamment que Franconi. Ils veulent tous monter à l'anglaise ; mais ne sachant pas saisir le mouvement du cheval, ils se fatiguent, et font rire de leurs sautillements convulsifs : le bois de Boulogne est leur carrière olympique. Il y a plusieurs années que de ridicules maquignons se sont ingérés de raser les oreilles des chevaux ; aujourd'hui c'est la crinière qu'on leur rase ; on leur met de la cire luisante aux sabots : bientôt on les poudrera.
On ne sait si les jeunes gens sont plus jaloux de faire parade de leurs montures que de leurs belles ; mais ils semblent plus charmés de leurs montures, au plaisir avec lequel ils caressent leurs coursiers, à ' l'attention avec laquelle ils les regardent et les flattent. Ceci rappelle le mot d'un ancien petit-maître qui aimait beaucoup les courses de chevaux et les soupers d'actrices. On lui demandait ce qu'il idolâtrait le plus, des filles ou des chevaux. Après un silence, il répondit : J'aime mieux les femmes, mais j'estime plus les chevaux (2).
On dit que la plupart de ces cavaliers n'ont que des chevaux d'emprunt, et que tous ces coureurs élégants fendent l'air avec la rapidité de la flèche pour aller retrouver
(1) Actuellement le boulevard des Italiens.
(2) Voir Tableau de Paris de Mercier (édition Louis-Michaud) : Chap. Anecdotes diverses.
les arrhes de la veille, afin de pouvoir dîner ; car le grand
air donne de l'appétit. <a~ *
Le jockey, qui souvent n'appartient pas plus au cavalier {j^m que le cheval, suit tristement son maître du matin, et attend avec impatience la fin de sa course. Au reste, peu de coursiers fringants : des espèces d'anglais à courte queue, à courtes oreilles, maigres de vieillesse ou de famine, voilà en partie la monture de nos anglomanes. Ils ont des prétentions ; ils prennent leurs positions guindées pour de la grâce, et s'admirent au milieu de leurs courses: piaffant, courant, caracolant, les jeunes gens ont l'air triste.
Mais ce qu'il y a de plus singulier, c'est que ces femmes, ces jeunes gens s'arrêtent subitement au milieu de leurs courses, et lorsque le soleil a encore plus de trois heures à parcourir ; ils quittent l'air pur de la campagne pour se rendre dans des salons malsains où l'on fait de la musique. Ce n'est pas qu'ils aient l'intention d'entendre, mais ils veulent trouver, à qui parler' de leurs courses ; et c'est le plus grand plaisir que le coureur en reçoit. D'autres monteraient à cheval par intérêt pour leur santé : nos chevaliers du jour n'y montent que par amour-propre.
On n'étale plus que des livres obscènes dont les titres et les estampes repoussent également la pudeur et le bon goût : l'on vend ces monstruosités partout sur des mannes, le long des ponts, à la porte des spectacles, sur les boulevards. Le poison n'est pas cher ; dix sous le volume. Toutes \ j les productions du libertinage, et les plus licencieuses, I renchérissent les unes sur les autres, et ont attaqué sans */ frein et sans crainte l'honnêteté publique. On dirait que ces vendeurs de brochures sont des marchands privilégiés d'ordures : tout titre qui n'est point infâme, semble être exclu de leur montre. La jeunesse y puise sans obstacle comme sans scrupule, les éléments de tous les vices. Cette horrible manufacture de livres licencieux a pour manufacturiers tous les contrefacteurs, genre de pirates qui tuer ont la librairie, la littérature et les hommes de lettres : elle a pour base cette liberté illimitée de la presse que réclament
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sans cesse les plus faux, les plus méchants ou au moins les plus aveugles des hommes.
L'institution du divorce, le sacrement de l'adultère, vient