‹ Le nouveau Robinson suisseChapitre 17 sur 30 · LE COTON. — LA MÉTAIRIE. — L'ANIMAL A BEC. — LA PIROGUE · texte numérisé non relu

LE COTON. — LA MÉTAIRIE. — L'ANIMAL A BEC. — LA PIROGUE

Le lendemain donc, au point du jour, nous partîme en ayant eu soin de charger sur la voiture, outre des provisions, une dizaine de poules, deux coqs, trois jeunes cochons et '^eux couples de chèvres. La vache, le buffle et l'âne étaitat attelés; Fritz, monté sur l'onagre, marchait devant en éclaireur, à quelque distance de la caravane.

Notre course fut dirigée vers un point de nos domaines que nous n'avions pas encore exploré : c'està-dire vers la contrée qui s'étendait de Falkenhorsî jusqu'à la grande baie, au delà de l'Observaloire el du cap de l'Espoir Trompé.

Au commencement, nous dûmes plus d'une fois nous frayer la route en faisant usage de nos haches, car nous traversions des champs obstrués de hautes herbes et de buissons; mais bientôt la caravane atteignit un petit

bois au sortir duquel nous vîmes devant nous un plateau couvert d'abrisseaux chargés de flocons blancs.

« De la neige ! de la neige ! s'écria joyeusement François qui sauta à bas de la charrette sur laquelle il était assis. A la bonne heure, voilà un pays où il y a le véritable hiver: ce n'est pas comme là-bas, où ne tombent que d'ennuyeuses pluies. »

Et en répétant : De la neige ! de la neige ! il courut pour en faire au plus vite des pelotes.

Tout en riant de la naïveté de Tenfant, je n'avais pas tardé à reconnaître la nature de cette prétendue neige. Le docteur riait aussi :

« Eh bien, lui dis-je, sais-tu le nom de ces arbrisseaux?

— Je le soupçonne, répliqua-t-il avec une certaine suffisance ; autant que je puis juger, ce sont là des cotonniers, et si bon nous semble, il nous est, dès à présent, facile de faire, sans trop de peine, une ample provision de coton. »

Ernest disait vrai. C'était d'ailleurs un spectacle fort curieux que celui de ce champ. Les capsules des arbrisseaux, crevées par la maturité, avaient laissé échapper le duvet dont elles étaient pleines; une partie pendait aux branches des arbres, le vent en enlevait des touffes qu'il faisait flotter avant de les laisser retomber, le reste blanchissait le sol.

Cette découverte nous causa à tous une grande joie; mais ma femme s'en applaudissait particulièrement. Elle me demanda aussitôt s'il ne serait pas possible de lui fabriquer un métier à tisser, et il lui semblait déjà être à même de renouveler notre linge lorsqu'il serait usé. Je lui promis de songer aux moyens de satisfaire à sa demande.

En attendant mieux, nous nous mîmes en devoir de remplir de coton ceux de nos sacs qui restaient vides. Ma femme recueillit ensuite une certaine quantité de graines qu'elle se proposait de semer aux environs de Zeltheim, afin de naturaliser le précieux arbrissea'i Drôximité de notre habitation-

soo

La récolte faite, nous continuâmes notre route. Bientôt nous atteignîmes une petite colline, du haut de laquelle on avait une vue magnifique, et dont le versant était couvert de la plus riche végétation. Au bas s'étendait la plaine que nous venions de traverser, fertilisée par les eaux d'un large ruisseau. Chacun m'approuva lorsque je proposai de choisir ce lieu pour l'établissement projeté.

Latente fut aussitôt dressée; un foyer fut construit, et la mère, aidée de François et de Jacques, s'occupa de préparer notre repas.

Pendant ce temps j'allai, accompagné de Fritz et d'Ernest, explorer les alentours pour faire connaissance avec la contrée et choisir l'emplacement le plus favorable à la fondation de la colonie.

Je remarquai un groupe d'arbres disposés si convenablement les uns par rapport aux autres que je résolus sur-le-champ de les faire servir de piliers à l'édifice que nous devions élever.

Nos plans tirés pour les travaux du lendemain, nous revînmes à la tente, où un excellent souper nous attendait.

Ma femme avait fait diviser le coton récolté, de façon que chacun de nous eût un confortable oreiller pour la nuit. Nous dûmesà cette précaution de jouir jusqu'au matin du plus doux sommeil dont nous eussions dormi depuis longtemps.

Les arbres que j'avais choisis pour la construction de la cabane étaient au nombre de six, disposés en un carré long dont un des côtés regardait la mer.

Dans le tronc des trois premiers (j'appelle ainsi ceux qui étaient le plus près du rivage) je fis, à douze pieds du sol environ, des entailles dans lesquelles une forte perche fut fixée; j'en fis autant dans le tronc des trois autres, mais alors à une hauteur de huit pieds seulement. Puis sur l'une et sur l'autre de ces perches reposèrent d'autres perches moins fortes, très-rapprochées et couvertes de plaques d'écorce simulant des tuileSr

A Taide de lianes et de roseaux flexibles tressés fortement ensemble, les parois furent élevées à une hauteur de cinq pieds. L^espace vide qui s'étendait jusqu'au toU fut garni d'un léger grillage qui permettait à Tair et à la lumière de pénétrer dans Tintérieur.

La porte s'ouvrait en face de la mer, sur le côté principal delà maisonnette.

Le dedans fut aménagé conformément au but que nous nous étions proposé et en employant le moins de bois possible.

Une cloison qui s'élevait à demi-hauteur de la cabane la coupait en deux parties inégales, dont la plus grande fut destinée à la bergerie, dans laquelle je disposai pour les poules une place réservée, au moyen de palissades dont les barreaux ne pouvaient donner passage qu'à la gent emplumée.

Une porte conduisait de la t)ergeri'e dans l'autre partie de la cabane, dont nous fîmes notre pled-à-terre.

Tout cela avait été fait très-vite, et laissait, par conséquent, beaucoup à désirer; mais je me promis d'y mettre de nouveau la main, quand nous pourrions disposer d'un peu de temps. Pour le moment il suffisait que notre bétail fût à l'abri. Afin de l'accoutumer à rentrer le soir à l'étable, les auges furent remplies de grains mêlés de sel, et il fut convenu que cet appât serait renouvelé jusqu'à ce que les colons se fussent habitués à leur nouvelle demeure.

Ces travaux, que nous nous étions promis de terminer en trois ou quatre jours, nous prirent plus d'une semaine; aussi nos provisions de bouche touchaient à leur fin. Cependant, nous ne voulions pas retourner à Faikenhorst avant d'avoir mené à bon terme l'établissement de la métairie. J'envoyai donc Fritz et Jacques, avec mission de nous ravitailler, et de donner de la nourriture pour plusieurs jours au bétail que nous avions laissé làfcas. Nos deux envoyés prirent l'àne pour porter les fardeaux, l'onagre et le buffle pour leur servir de montures.

Pendant leur absence j'allai avec Ernest parcourir tes

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environs, dans l'espoir de trouver quelques pommes de terre et quelques noix de coco, et aussi pour faire une plus ample connaissance avec les lieux où nous nous trouvions.

Nous renoontâmes d'abord un petit ruisseau, jusqu'à ce que nous fussions arrivés dans Tancien chemin que nous connaissions déjà. Une marche de quelques instants nous conduisit près d'un petit lac dont l'aspect était des plus pittoresques ; les rives de cette pièce d'eau étaient entièrement couvertes de plantes de riz sauvage, dont se régalaient une troupe d'oiseaux qui, en nous apercevant, s'envolèrent avec grand bruit.

Je réussis à abattre au vol cinq ou six poules à collet, mais notre habileté eût été infructueuse si le chacal, qui nous avait suivis, ne se fût jeté à l'eau à chaque pièce qui tombait, et ne nous l'eût apporté.

Un peu plus loin, maître Knips,qui chevauchait sur le dos de Bill, ea descendit précipitamment et se mit à courir vers un petit fourré, où je le découvris occupé à se régaler de fraises magnifiques.

Nous ne pouvions vraiment rencontrer mieux pour rafraîchir nos palais desséchés.

Ces fruits délicieux se trouvaient en telle abondance, que nous pûmes non-seulement nous en rassasier, mais encore en remplir la hotte de Knips, que je recouvris d'un petit linge propre et de feuilles d'arbres solidement liées, en prévision du cas où le porteur se donnerait le plaisir de renverser sa charge, avec l'intention d'en croquer le contenu.

Je pri^ quelques épis de riz pour les éprouver par la cuisson, et savoir si cette plante pourrait nous servir d'aliment.

En repassant près du lac, nous vîmes sur l'eau de ma l^^nifiques cygnes noirs qui se miraient gracieusement, [)i cherchaient leur nourriture en plongeant avec agilité. Je me gardai bien de troubler par un coud de fus»! im spectacle si beau et si nouveau ])Our nous ; mai? IVill, qui ne pai lagcait pas sans doute notre admiration.

s'élança dans Teau avant que nous eussions seulement pensé à la retenir, et en retira une bête d'une forme étrange, que je pris de loin pour une loutre. Étant arrivé à temps pour arracher ranimai, déjà mort, au dogue qui s'apprêtait à le dépecer, je l'examinai en détail. Les pieds étaient munis d'une membrane pour la nage; il avait une longue queue poilue, arquée dans le haut; une tête fort petite, des yeux et des oreilles presque nuls; le museau, ou pour mieux dire le bec, ressemblait à celui d'un canard. Un ensemble aussi singulier me fit rire de bon cœur, mais il me mit dans un véritable embarras : mes notions en histoire naturelle ne me donnaient aucune idée de l'espèce à laquelle appartenait cet individu, qui participait de l'oiseau, du poisson et du quadrupède.

Pensant qu'il pouvait bien être inconnu des naturalistes, je lui donnai sans plus de façon le nom d'animal à bec, et je dis à Ernest de l'emporter, car je me proposais de l'empailler et de le conserver comme une rareté.

« Je le connais, me dit mon savant, c'est l'ornithorhynque. J'en ai lu ces jours-ci la description dans un des livres du capitaine. 11 a déjà bien intrigué les savants.

— Eh bien, repris-je en riant, ce sera le commencement de notre cabinet d'histoire naturelle. »

Chargés de notre butin, nous regagnâmes la métairie presque en même temps que Fritz et Jacques , qui nous rapportèrent en détail ce qu'ils avaient fait à Falkenhorst; . je vis avec satisfaction que non-seulement ils s'étaient souvenus de mes prescriptions, mais qu'ils avaient encore pensé d'eux mêmes à plusieurs choses utiles.

Le lendemain de ce jour, après avoir abondammen? pourvu de vivres les bêtes que nous laissions, nous quitlâmes la métairie, à laquelle nous avions donné le nom de Waldegg. Dans le premier bois qui se trouva sur noire route, nous fîmes la rencontre d'une troupe de singos qui nous souhaitèrent la bienvenue par des cris horribles accompagnés d'une grêle de pommes de pin ; je tirai en l'air, pour nous en débarrasser, plusieurs coups de

feUo En examinant quelques-unes des ponimes de pin que les singes nous avaient lancées, je reconnus le fruit du pin pignon, dont le goût est très-agréable, et qui donne une huile excellente; je reconimandai donc aux enfants d'en ramasser une provision abondante. Puis nous nous remîmes en route, et ne lardâmes pas à arriver au cas de l'Espoir Trompé, sur lequel j'avais résolu d'édifier un pavillon, qui nous servît de pied-à-terre en cas d'excursion de ce côté.

Nous nous mîmes courageu^sement au travail. L'essai de notre talent à Waldegg nous avait rendus habiles, aussi en moins d'une semaine eûmes-nous terminé l'édifice, qui fut décoré par le docteur du nom sonore de Prospect-Hill.

Depuis quelque temps, j'étais à la recherche d'un arbre dont l'écorce pûî me servir à fabriquer une nacelle tout à la fois forte et légère; mais bien que mes perquisitions eussent été jusque-là infructueuses, je n'avais pourtant pas perdu tout espoir. Aussitôt la nouvelle construction achevée, je me mis à explorer avec mes fils les environs, qui abondaient en arbres rares. J'en trouvai enfin quelques-uns, que nous aurions pu prendre pour des chênes à leur élévation et à leur feuillage, si les fruits qu'ils portaient, d'ailleurs assez semblables aux glands, n'en eussent diff'éré par leur extrême petitesse.

Après avoir choisi celui qui me semblait le mieux répondre à mon dessein, j'attachai, avec l'aide de Fritz, aux premières branches, l'échelle de cordes que nous . avions apportée. Fritz, parvenu à l'extrémité du tronc, scia l'écorce jusqu'à l'aubier, pendant que je faisais la même opération dans le bas. J'en enlevai ensuite dans toute la hauteur une légère bande. Puis, au moyen de coins de bois poussés prudemment, le reste fut sôparé peu à peu. Gomme l'arbre était en pleine séve, et que l'écorce était assez flexible, cette partie du travail réu.<<it parfaitement. Mais le plus difficile restait à faire; il s'agissait de changer cette grande planche d'écorco eï\ un uateau commode.

Pendant que récorce était encore humide et souple, je lui donnai la forme que je désirais. Je fis avec ma hache . une longue fente dans les deux bouts qui, naturellement, se réunissaient en formant un rouleau de la gros» seur du tronc que nous avions dépouillé. Je rejoignis vec des clous les deux morceaux séparés, de sorte qu'en e réunissant ils formaient une pointe ^ chaque extrémité. J'eus de cette manière deux becs, qui devaient faciliter beaucoup la navigation de ma nacelle. Cependant le milieu restait entièrement plat; avec des cordes je serrai les deux côtés, pour leur faire prendre une position plus verticale. Je réussis assez bien; mais comme, pour mettre la dernière main à mon ouvrage, il me manquait plusieurs outils, j'envoyai Jacques et Fritz à la tente, en leur recommandant de ramener le traîneau auquel j'avais fixé les roues de l'un des canons trouvés au navire; je me proposais d'y charger le bateau, que je voulais transporter à une place plus commode pour l'a chever. En les attendant, nous fîmes encore, Ernest et moi, une course dans les environs, où je trouvai un certain arbre nommé bois de lumière par les Indiens, qui remploient pour s'éclairer dans leurs courses nocturnes. Je taillai aussi des douves ou courbes pour servir de nervures à la nacelle. Nous fîmes en même temps la découverte d'une nouvelle résine, qui, en séchant, devenait ferme et imperméable, et dont je fis une grande provision, car je reconnus qu'elle serait bien préférable au mastic et à la térébenthine pour le goudronnage du canot.

Mes deux garçons ne nous rejoignirent qu'à la nuit tombante; comme il était trop tard pour entreprendre le chargement, il fut remis au lendemain.

De grand matin, le jour suivant, nous plaçâmes, sur le traîneau, le canot, les pièces de bois et toutes les choses que nous pensions devoir nous être utiles, après quoi nous partîmes pour Zdtheim. Nous nous arrêtâmes à Falkenhorst seulement deux heures, c'est-à-dire le temps de dîner et de faire manger nos animaux.

Nous revînmes à la tente bien avant le coucher du

soleil, mais trop fatigués pour rien faire ce soir-là. La journôe entière du lendemain fut employée à l'achèvement de la chaloupe. Pour la consolider, je clouai sous chacun des becs un morceau de bois recourbé, et dans toute la longueur une quille solide. Dans le haut nous finies un rebord de lattes flexibles et de perches, auxquelles furent fixés des anneaux pour y passer les cordages du mât.

Je jetai au fond, comme lest, des pierres et de h terre glaise; le tout recouvert d'un plancher sur lequel on pouvait se tenir debout et marcher commodément. Des bancs mobiles furent placés en travers. Dans le milieu s'éleva notre mât, garni d'une voile triangulaire; derrière, j'attachai le gouvernail.

11 me vint une heureuse idée pour rendre plus léger encore notre petit bâtiment. Je fis faire par ma femme des outres de peau de chien de mer; je les remplis d'air, je les goudronnai de toutes parts et je les attachai à l'extérieur des bordages. Ces vessies devaient nonseulement aider au flottage de l'embarcation, mais encore l'empêcher de chavirer et d'être submergée.

J'ai omis de signaler en son temps la naissance d'un veau que notre vache avait mis bas peu de temps après la saison pluvieuse. Cet animal étant déjà grand, je pensai qu'il était temps de l'employer à notre service. Un soir, je demandai à la famille réunie son avis sur ce sujet. Ernest pensa que nous ferions bien de dresser le jeune bœuf au combat, ainsi que font les Ilottentots, et comme 665 frères pensaient qu'il émettait une idée étrange :

a Ces peuples, leur dit-il, habitent un pays infesté de bêtes féroces. Les troupeaux, qui constituent leur seule richesse, seraient bientôt anéantis s'ils n'avaient pour protecteurs des bœufs dressés à combattre les animaux carnassiers. Ces vaillants champions surveillent dans \es pâturages le bétail de leur maître, en ayant soin de tenir le troupeau rassemblé en un même endroit. Quand ils aperçoivent le danger, ils forcent la troupe à former un cercle dont les plus faibles occupent le milieu.

tandis que les autres se rangent autour. Quand rennemi avance, il se trouve en face d'un rempart de cornes longues et pointues; il est rare qu'à cet aspect il ne rebrousse pas chemin. Le lion cependant ne se laisse pas intimider, et le défenseur, pour sauver son troupeau, est souvent forcé de sacrifier généreusement sa vie. Ces courageux animaux sont aussi employés dans les guerres que les tribus hottentotes se font entre elles, et c'est bien souvent à leur vaillance que les vainqueurs sonl redevables de la victoire. »

Ce récit plut singulièrement aux jeunes garçons; mais comme nous n'avions ni troupeaux à protéger, ni guerre probable à soutenir, il fut simplement décidé qu'on donnerait au jeune animal une éducation ordinaire : restait à savoir auquel des enfants le soin en serait confié.

L'indolent Ernest avait assez de son singe; l'onagre occupait suffisamment Fritz; Jacques, le plus entreprenant, était aussi le plus chargé : son buffle et son chacal ne lui laissaient aucun loisir; le grisou était devenu le pensionnaire de la mère; je m'étais toujours réservé la surveillance générale de tous les animaux ; François seul n'avait point d'emploi.

« Eh bien , mon petit homme, lui dis-je, veux-tu enireprendre cette éducation?

— Oui, oui, père, s'écria-t-il en battant des mains, le veauest gentil; je serai aimable pourluijeluidonnerai de ce qu'il aime, et, quoique je sois jeune, j'en viendrai bien àbout. Tout d'abord, je veux appeler mon éVeveBrummer (grogneur), car d'ici à ce qu'il soit dressé il y aura peutêtre bien des petits grognements et des murmures. »

Le nom fut reconnu convenable par les garçons, qui g.e mirent à chercher aussi des noms pour le buffle et les deux jeunes dogues. Jacques proposa pour son buffle le nom de Sturm (tempête), car il serait beau, selon lui, d'entendre dire : « Voilà Jacques qui arrive sur la tempête. » Les deux chiens furent appelés l'un Braun (brun), Vautre Fatb (fauve), à cause de la couleur de leur poil.

Pendant deux mois entiers nous travaillâmes à sé- .

parer, par des cloisons de planches ou de nattes, différents compartiments de la caverne, à rendre cette habitation aussi commode que possible, nous réservant pour i'hiver le soin de l'embellir.

La grande quantité de poutres, de planches et de matériaux de toute espèce que nous possédions nous rendii aotre travail moins difficile que nous ne l'avions pensé.

Le sol de notre chambre fut couvert d'une épaisse couche de terre glaise, recouverte de petits cailloux plats très-unis; quant au plâtre humide dont nous avions enduit nos murailles, je comptais, pour le sécher, sur les derniers jours de l'été. Il nous vint à l'idée de fabriquer, avec le poil de nos chèvres et la laine de nos moutons, des tapis de feutre destinés à la salle à manger et au salon de réunion. Pour cela nous mîmes sur un morceau de toile à voile une couche de poils que nous avions cardés au préalable, et que j'arrosai avec de l'eau bouillante, dans laquelle nous avions fait dissoudre de la colle de poisson ; je roulai ensuite de la toile à voile sur laquelle on s'escrima de toutes ses forces avec de gros bâtons. L'opération de l'eau chaude fut renouvelée, et après avoir tapé longtemps et vigoureusement, nous ouvrîmes la toile d'où se détacha une longue feuille de feutre, qui, séchée au soleil, remplit parfaitement le but que nous nous étions proposé. Nos tapis n'étaient pas des ?apis turcs, mais ils avaient bien leur petit mérite.

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