‹ Le nouveau Robinson suisseChapitre 20 sur 30 · LE MÉTIER A TIS&ER. — LE PALANQUIN. — LE BOA · texte numérisé non relu

LE MÉTIER A TIS&ER. — LE PALANQUIN. — LE BOA

Ce fut à cette époque que j'achevai, avec l'aide d'Ernest, la confection du métier à tisser que je m'étais promis d'offrir à notre ménagère, inquiète, depuis longtemps déjà, de voir diminuer notre provision de linge.

Combien je m'applaudis alors d'avoir, dans ma jeunesse, cherché à comprendre le mécanisme des métiers de tisserands et autres ouvriers, quand j'allais visite^ leurs ateliers. A Télégance près, mon métier était parfait; aussi ma femme ne put-elle assez me remercier quand je le lui fis voir tout monté et prêt à fonctionner.

Ce succès m'encouragea. Je voulus éprouver mon adresse à faire des selles et des harnais pour les montures de mes fils. Les selles étaient déjà taillées; je les

recouvris de peau de kanguroo et les rembourrai dfi mousse.Jefabriquaides courroies, desbrides, des traits; mais peu habile dans ce nouveau métier, il me fallut plusieurs fois aller, comme un tailleur, prendre mesure sur nos animaux eux-mêmes.

J'avais à peine terminé ces travaux quand arriva^ comme l'année précédente, le passage des harengs, donî je voulais faire une bonne provision. Aux harengs succédèrent les chiens de mer. Nous en tuâmes une vingtaine, dont nous salâmes les peaux pour les conserver, La graisse et les vessies furent soigneusement mises de côté; quant à la chair, elle fut jetée en pâture aux écrevisses du ruisseau du Chacal dont, grâce à cet appât, nous prîmes encore une grande quantité.

J'étais résolu aussi à fabriquer des corbeilles et des paniers dont ma femme avait grand besoin pour recueillir et conserver ses graines, ses fruits et ses racines. Nos essais se firent avec de l'osier commun, el bien nous en prit, car nos premiers produits étaient informes et bons tout au plus à transporter de la terre; mais nous eûmes bientôt acquis une certaine habileté. Deux grandes corbeilles, que nous fîmes, avaient si bonne tournure que Jacques et Ernest, fiers de leur travail , placèrent François dans une des deux corbeilles el, avec deux cannes de bambou passées dans les anses, le portèrent en triomphe.

« Oh! père, s'écria Fritz qui les regardait faire en souriant, ne pourrions-nous pas construire une litière semblable pour maman, qui s'y trouverait bien mieux que sur la charrette quand elle voudrait nous accompagner dans nos excursions?

— Sans doute, mon grand Fritz; mais quels sont ceux de nous qui auront les épaules assez robustes pour être les porteurs de ce palanquin d'un nouveau genre?

-— Ce sera, si lu veux, Sturm et Brummer! s'écria Jacques ; on les attellerait, l'un à droite, l'autre à gauche, aux perches qui supportent la corbeille; veux-tu, pèrCi que nous essayions?

J'y consentis volontiers; aussitôt les deux animaux furent amenés ; on leur mit les selles, de chaque côté desquelles on attacha solidement les bâtons qui servirent de support à la corbeille.

Jacques monta surSlurm et François sur Brummer qui s'étaient mis à genoux au commandement de leurs maîtres, pendant qu'Ernest s'installait dans la corbeille. A un second commandement, le buffle et le bœuf se relevèrent et se mirent tranquillement en marche.

Le panier d'osier se balançait aussi doucement qu'un carrosse sur ses ressorts d'acier. Peu à peu le pas des deux porteurs augmenta de vitesse, au grand plaisir d'Ernest, qui cependant ne pouvait s'empêcher de fermer les yeux et de s'accrocher avec effroi aux rebords du panier, quand il recevait une secousse un peu forte. Jacques et François, qui remarquaient les mouvements de frayeur de leur frère et s'en amusaient, eurent simultanément l'idée de fouetter vigoureusement leurs montures, qui alors prirent le galop.

Le pauvre Ernest, cahoté, ballotté, bondissait dans sa corbeille comme une balle de caoutchouc, en criant de toutes ses forces, et cela jusqu'à ce que les deux animaux, après avoir fait un grand tour sur la plage de Zeltheim, vinrent d'eux-mêmes s'arrêter devant nous, comme pour réclamer nos applaudissements.

Ernest, rouge de colère, éclata en justes reproches contre ses frères, qui ne se firent pas faute de lui répliquer. J'intervins pour faire remarquer aux deux étourdis que leur mauvaise plaisanterie aurait pu avoir des suites fâcheuses. Ils le reconnurent de bon cœur et demandèrent pardon à Ernest, qui fut de très-facile composition. Non-seulement il aida à dételer les animaux et vint ensuite demander pour eux à la mère un peu d'orge et de sel, mais nous l'entendîmes se concerter même avec ses frères pour une prochaine course en palanquin.

Comme nous causions tranquillement, la mère et moi, assis devant l'entrée de la grotte, Fritz, qui était à quelques pas de Ui et tenait depuis un instant ses regards di-

rigés vers l'allée conduisant du pont du ruisseau à Faikenhorst, revint près de nous et nous dit :

« Je ne sais quel est Tanimal que j'aperçois là-bas et qui semble venir de ce côté en faisant voler des niîages de poussière.

C'est sans doute quelqu'une de nos bêtes qui se vautre dans le sable, dit sa mère.

— Oh non! répondit Fritz, nos animaux sont tous renfermés; et d'ailleurs l'allure d'aucun d'eux n'olfre la moindre analogie avec celle de l'être que je vois; l'on dirait un gros câble qui tantôt se déroule sur le sol, tantôt se dresse en oscillant. »

A ces mots, ma femme effrayée rentra dans la grotte, où j'envoyai mes fils préparer nos armes. Je pris la lunette d'approche, que je braquai dans la direction du pont, et je laissai bientôt échapper un cri.

« Qu'as tu découvert, père? me demanda Fritz avec inquiétude.

— C'est un énorme serpent, lui répondis-je à demivoix.

— Alors, je ne serai pas le dernier au combat, dit le courageux garçon; je cours chercher nos fusils et nos haches.

— De la prudence avant tout! lui criai-je. Cet animal est trop"^terrible pour essayer de lutter face à face avec lui. » Et en disant ces mots je l'entraînai dans la grotte, où nous nous mîmes à tout préparer pour recevoir le monstre. Notre terreur n'était que trop justifiée , nous apercevions très-distinctement l'affreux reptile qui traînait ses plis énormes le long du rivage. Déjà il avait franchi le pont, il dressait sa tête hideuse et s'arrêtait de temps à autre comme pour explorer du regard les lieux où il se trouvait.

Nous avions barricadé notre porte, bouché toutes les ' ouvertures, et nous étions montés sur la terrasse d'où nous pouvions tout voir sans être aperçus. Là, le fusil au bras, l'oreille aux aguets, le regard dirigé vers l'ennemi, nous observions tous ses mouvements.

LE ROP.INSONSUISSE

C'était un boa de la plus grande dimension.

Le monstre marchait droit à nous : mais, tout à coup^ il sembla hésiter, comme intimidé par les traces d'un voisinage humain.

A ce moment, Ernest, dont les nerfs étaient surexcités, lâcha la détente de son fusil; le coup partit. Jacques et François, croyant bien faire, tirèrent en môme temps.

A cette triple décharge, le serpent releva la tête plutôt avec surprise qu'avec effroi ; mais, soit qu'aucun des coups n'eût porté joste, soit que l'écaillé de l'animal ne donnât pas de prise aux balles, il ne nous parut avoir reçu aucune blessure, et comme Fritz et moi nous nous préparions à tirer en visant de notre mieux, nous le vîmes glisser avec agilité vers la mare aux Oies où i\ disparut.

Un cri de satisfaction s'échappa de nos poitrines; nous nous sentions, au moins pour le moment, sauvés d'un péril imminent; mais le voisinage probable du boa ne laissait pas que de m'inquiéter sérieusement; d'un moment à l'autre le terrible animal pouvait apparaître, et je ne trouvais aucun moyen de nous en débarrasser sans courir les plus grands dangers:

Je fis défense expresse à tous de sortir de la grotte, pour quoi que ce fût, sans ma permission.

Pendant trois jours, la frayeur nous tint renfermés dans notre demeure. Le moindre bruit du dehors nous jetait dans des angoisses mortelles. Nous osions à peina nous aventurer sur le seuil. Cependant le monstre ne donnait aucun signe de vie, et nous aurions pu croire qu'il s'était éloigné entièrement si l'agitation inaccoutumée et l'effroi de nos volatiles ne nous eussent avertis de sa présence.

Notre anxiété croissait d'heure en heure, et l'immobilité du serpent ne faisait que nous laisser plus de temps pour réfléchir sur notre triste position. D'un autre côté, nos provisions diminuaient sans que nous pussions aller les renouveler, et tous nos travaux souffraient considé* rablement de notre inaction forcée.

Le fourrage touchait à sa fin; nous voyions le momeni où nous allions manquer de nourriture, si nous continuions à partager avec nos animaux le peu de provisions qui nous restait. Je résolus donc de les mettre en liberté, afin qu'ils pussent eux-mêmes pourvoir à leur subsistance.

11 fut toutefois décidé que nous les pousserions du côté de la source du ruisseau, lieu tout à fait opposé à U mare où le serpent s'était réfugié.

Fritz se chargea de ce soin. Il fit sortir les bêtes ; il se disposait à les escorter et nous nous tenions en observalion sur la terrasse, prêts à faire feu sur l'ennemi s'il menaçait sa marche; déjà le buffle et la vache étaient liés ensemble, lorsque l'âne, à qui trois jours de repos et de bonne nourriture avaient dqnné une vigueur et une gaieté extraordinaires, partit dans la campagne en poussant de formidables hi-han, et en faisant de si grotesques gambades, qu'en dépit même des graves préoccupations du moment, nous ne pûmes nous empêcher de rire. Fritz sauta sur l'onagre, et se préparait à courir à sa poursuite, quand je le retins en lui montrant le danger qu'il y avait pour lui à s'aventurer du côté de la mare, vers laquelle se dirigeait tout justement le baudet.

Nous essayâmes de rappeler le fuyard, qui nous regardait de temps en temps d'un air de bravade; nous lui montrâmes du sel: tout fut inutile; il ne songeait qu'ù jouir pleinement de sa liberté et, s'éloignant de plus en plus de nous, il allait droit au repaire du reptile.

Tout à coup, nous aperçûmes une tête horrible se dresser au-dessus des roseaux. A cette vue le grisou parut pétrifié de terreur, poussa une sorte de gémis* §ement étrange, et tourna un regard morne de notre -îîôté. On eût dit qu'il était cloué au sol, car le serpent s'approcha de lui sans que l'âne eût fait un pas pour tâcher de s'enfuir. En un instant, la pauvre bête fut entourée des anneaux du monstre, et étouffé^^dans cet horrible env farassement. Nous contemplions dans un trisle silence cette scène qui nous déchirait le cœur. Les enfants me

demandèrent de les laisser faire feu sur le boa pour délivrer notre pauvre baudet.

Je les arrêtai en leur représentant qu'ils ne feraient qu'irriter le monstre, dont la fureur pourrait se tourner contre nous, sans profit pour notre pauvre âne, qui déjà ne donnait plus le moindre signe de vie.

« Attendons, leur dis-je, qu'il ait englouti sa victime, car lorsqu'il sera repu, il n'y aura plus pour nous aucun danger à l'attaquer, et nous serons sûrs de nous en rendre maîtres.

~ Mais, dit Jacques, l'affreuse bête n'avalera pas, je pense, notre baudet d'une seule bouchée.

— Comme les serpents n'ont pas les dents faites pour déchirer leur proie, lui répondis-je, ils la broient et l'engloutissent tout à la fois; niai^ regarde plutôt; vois comme avec ses anneaux il presse et écrase le corps du malheureux animal et comme il le façonne à la largeur de son gosier. »

En effet, le boa apprêtait son repas avec une avide ardeur.

La mère, qui craignait pour son plus jeune fils l'impression trop vive de ce navrant spectacle , et qui personnellement d'ailleurs ne tenait guère à en être témoin, rentra avec l'enfant. J'étais moi-même sous le coup d'une profonde horreur.

Non-seulement l'âne était mort, mais déjà son corps n'était qu'une masse informe où l'on ne distinguait plus que la tête qui pendait sanglante et hideuse.

Le boa, pour se donner plus de force, avait enroulé sa queue autour d'un quartier de roc et nous le voyions pétrir comme une pâte molle cette chair en lambeaux.

Le reptile couvrit ensuite sa proie d'une bave visqueuse, et, ouvrant une gueule énorme, se disposa à commencer son repas .

11 s'étendit d'abord de tout son long en face de la masse qu'il avait triturée, puis, saisissant l'âne par les pieds de derrière, il l'attira à lui, et, petit à petit, les cuisses, le corps, les jambes de devant s'engouffrère^nt dans la gueule

du monstre, qai semblait éprouver autant de peine que de plaisir à satisfaire son formidable appétit.

Mais quand il arriva à la tôte, qu'il avait négligé de broyer comme le reste .du corps, il se trouva arrêté, et se laissa tomber dans une immobilité complète.

C'était ce moment que j'attendais. Aussitôt, saisissant mon fusil, je criai à mes fils :

« Courage! le monstre est à nous maintenant! »

Et je m'élançai vers le serpent, suivi de Fritz et de Jacques; mais non pas d'Ernest qui, toujours plus timide que ses frères, resta en observation sur la terrasse.

Le boa nous regardait avec des yeux étincelants d'un rage impuissante. Il était littéralement hors d'état de se mouvoir; ce fut donc presque à bout portant que Fritz et moi nous lui fracassâmes le crâne de deux coups de fusil chargés de plusieurs balles. Une dernière lueur de colère brilla dans son regard, sa queue battit la terre en se tordant: il était mort.

En ce moment, Jacques, qui voulait aussi sa part de là victoire, déchargea son pistolet dans le ventre du boa. La commotion produisit une sorte d'effet galvanique sur la queue du serpent qui se redressa, et frappa notre étourdi si rudement qu'il en fut renversé. — Il va sans dire qu'en roulant sur le sol il crut à la résurrection du boa, et ressentit une affreuse terreur.

Ce devait être heureusement le dernier méfait de ce formidable ennemi.

Nous poussâmes des cris de victoire qui attirèrent auprès de nous la mère, Ernest et François.

Un véritable transport de joie nous poussa à noub embrasser les uns les autres. Il nous semblait qu'une nouvelle existence nous fût donnée.

t Pour moi, dit Ernest, toujours prêt à faire usage de ga petite érudition, je bénis notre pauvre grisou de s'être dévoué pour nous, ainsi qu'autrefois le héros romain, Curtius, pour ses concitoyens.

— Qu'allons-nous faire du corps du serpent? demanda Jacques, revenu de sa panique.

— - Nous l'écorcherons , répliqua Ernest , et nous rempaillerons pour orner notre musée d'histoire naturelle.

— Mais ne pourrait-on pas manger cette grande anguille? dit François ; il y aurait des grillades et des ma* telottes pour plusieurs semaines.

— Manger la chair du serpent, s'écria la mère, d'un serpent qui est peut-être venimeux !

— Le boa, ma chère femnae, n'est pas veainieux, lai dis-je, et le fût-il, il n'y aurait aucun danger à sY n nourrir, pourvu qu'on ait soin de jeter la tête, où se trouvent les crocs et les glandes contenant le venin. »

A ce sujet les enfants m'accablèrent de questions, auxquelles mes connaissances en histoire naturelle me permirent de répondre sans trop d'incertitude.

Ernest, dont la curiosité n'était jamais satisfaite et qui saisissait toujours les occasions de s'instruire, me demanda s'il était vrai que certains serpents fussent sensibles à la musique.

« Cela est très-certain, lui répondis-je, et non-seulement ils aiment la musique, mais encore ils dansent en cadencé en se dressant sur l'extrémité de la queue. Les jongleurs indiens, qui les forment à cet exercice, en font un grand sujet d'admiration pour les populations de ces pays encore peu civilisés. Ces jongleurs entourent d'un profond mystère leur art de charmeur, parce que ce mystère est précisément la seule raison de leur succès auprès des ignorants. On suppose qu'ils se servent d'herbes particulières, douées d'une vertu soporifique, à laquelle ne savent pas résister les serpents; et, de plus, on prétend qu'ils ont soin, au préalable, de leur arracher leurs crochets venimeux.

— Comment osent-ils faire cela, et comment s'y prennent-ils? demanda Jacques. Voilà une opération que je n'aimerais guère pratiquer.

— De la façon la plus simple du monde, r<'pontlis-je. Le serpent s'avance, ouvrant la gueule dans une intention menaçante ; on lui présente un lambeau de toile sur

lequel il se jette furieux et qu'on retire immédiatement avec une secousse : les crochets sont brisés et l'animal est, pour un temps plus ou moins long, dans Timpossibililé de nuire.

Mais, reprit Ernest, revenant à son idée, les charmeurs de serpents ne sont-ils pas un peu sorciers ?

— Je viens de te répondre, mon ami, et je croyais favoir donné de leur science mystérieuse une explication suffisamment claire. Ta persistance à vouloir trouver du merveilleux là dedans est bien celle de la foule, c'est-à-dire de l'ignorance, qui se complaît dans l'erreur, parce qu'elle offre plus de séductions que la vérité.

Je n'en disconviens pas, dit encore le docteur ; mais il me souvient parfaitement avoir lu que les serpents à sonnettes avaient la faculté de subjuguer leur proie rien que par la fixité de leur regard.

— C'est prendre l'effet pour la cause, mon enfant. Ce qui paraît être fascination de la part du serpent, n'est autre chose que terreur de la part de la victime au'il a choisie. La peur la cloue au sol, elle n'ose fuir, et son ennemi profite de cette hésitation. Notre àne en est un exemple. Il se peut, cependant, que les serpents à sonnettes exhalent à une certaine distance une odeur stupéfiante, dont se trouvent comme enveloppées leurs victimes. Mais ce qui est admissible à l'égard ûe ces animaux doit être repoussé comme absurde quant à l'homme, qui jamais ne s'est laissé fasciner ni par l'odeur ni par le regard du serpent à sonnettes.

— • Père, demanda à son tour Fritz, que doit-on faire lorsqu'on a été mordu par ce reptile?

— D'abord, mes chers enfants, pour être mordu par le serpent à sonnettes il faut y metlre une sorte de bonne volonté, car il est nonchalant, et, de plus, il ne s'attaque à vous que lorsque vous l'avez blessé ou fieulement menacé. Un ennemi qui vous avertit de sa

présence, soit par le bruit qu'il fait en marchant, soit par l'odeur désagréable qu'il exhale, n'est pas un ennemi bien sérieux, surtout lorsque vous avez dans les mains de quoi répondre à ses agressions. J'admets pourtar\. que, par suite d'une imprudence de votre part, ou d'uï-. malheureux hasard dont Dieu veuille nous préserver, Vun de vous ait été mordu par un serpent à sonnettes : le plus 'efficace remède serait, ou de couper résolûment les chairs entamées par les dents venimeuses de l'animal, ou de brûler de la poudre sur la morsure. D'autres moyens, moins héroïques, réussissent également; comai»e, par exemple, de laver la plaie avec de l'eau salée, avec les dissolutions alcalines qu'on peut avoir à sa portée, ou même avec de l'huile. On a parlé aussi d'une décoction de racine de senega; mais comme je ne connais pas cette plante, la prudence m'oblige à vous recommander plus spécialement les deux premiers remèdes, tout énergiques qu'ils sont.

— Oh! oh! s'écria Ernest, toujours douillet, tu nous indiques là des remèdes pires que le mal lui-même.

— Enfant, tu dirais le contraire, si tu voulais songer que, peu d'heures après la morsure d'un serpent à sonnettes , qu'on n'a pas pris le soin de cautériser par les moyens que je viens d'indiquer, la mort arrive, une mort horrible, dont il aurait été si facile de se préserver!

— Je suis bien fâché qu'il y ait des serpents dans notre île, dit le petit François ; il n'y en avait pas dans notre maison en Suisse. C'était bien mieux.

— • Alors tu veux quitter notre belle île , tu veux retourner dans de vilaines rues, trop habitées, tu abandonnes les ananas, tu fais fi des cocos, de nos bêtes, de notre grotte, de notre maison dans l'arbre! Veux-tu que j'aille retenir ta place à la voiture?

— Tu es un méchant, dit François, tu te moques toujours de ton petit François? Je ne peux pourtant pas aimer les serpents.

— Pour moi, dit ma femme, je suis presque de Ta^ia

de François, je n'aurai plus une heure de sécurité quand fOus serez sortis.

— Courage, lui dis-je, et confiance en Dieu! »

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