ÉPITAPHE DE L'ANE. — LE BOA EMPAILLÉ
Notre long entretien avait été pour nous le prétexte d'un repos, pendant lequel nous nous étions un peu remis de nos fatigues et de nos anxiétés de toute sorte.
Nous étions assis à l'ombre d'un énorme rocher, ayant à côté de nous nos fusils et nos pistolets chargés. Pour taquiner Ernest et lui faire expier son obstination à rester en arrière, lors de notre combat avec le monstrueux reptile, je m'avisai de lui demander une épitaphe pour notre baudet, disant que puisqu'il avait manifesté plusieurs fois des velléités poétiques, c'était le moment ou jamais de nous prouver son talent. Le sujet, certes, en valait la peine.
Mon petit poëte ne vit point là dedans la moindre intention de raillerie; il prit, au contraire, l'invitation en bonne part, et, appuyant dans ses mains sa tête chargée de pensées, il se mit en devoir d'y obéir. Dix minutes après, la physionomie éclairée par le contentement de soi-même, comme Archimède ou Pythagore après leurs glorieuses découvertes, il se leva et s'écria : i « J'ai trouvé mon épitaphe! Mais, ajouta-t-il, il ne faut pas le moquer de moi, père... »
Je l'encourageai à parler avec confiance, h nous faire part du résultat de ses méditations , — ce qu'il fit avec la rougeur d'un néophyte.
Voici quels étaient les vers imagines par ce cher enfant :
LE JIOBINSON SUISSE S41
Ci-gll un honnête baudet, Victime île sa conduite imprudente,
Qui fut cependant un haut fait, Puisqu'elle préserva d'une mort cruelle et immineiile Quaire enfants, leur père et leur mère
Naufragés sur cette terre.
« Bien, garçon, bien! m*écriai-je en souriant, les vers sont, à coup sûr, les meilleurs qu'on ait faits dans celte île déserte. Ce sont là six beaux vers, le quatrième surtout, qui pourrait compter pour deux, car il a presque autant de pieds que la scolopendre. Quatre rimes féminines sur six! Pour te récompenser, je veux que Ion sixain soit gravé sur le rocher près duquel notre tant regretté grison est mort, en attendant le jour où nous pourrons les faire graver ailleurs, corrigés et diminués, bien entendu. »
En disant cela, je tirai de ma poche un gros crayon rouge que je portais toujours avec moi pour le travail du bois, et j'écrivis sur un quartier de roche les six lignes boiteuses que me dicta Ernest, partagé entre le plaisir d'en être l'auteur et la conscience qu'il avait de n'avoir pas fait un chef-d'œuvre.
J'achevais de transcrire celte cpitaphe lorsque revint près de nous Fritz, qui s'était iTndu à la grotte pour en. ramener les animaux k l'aide desquels nous devions emporter le cadavre de notre ennemi. Je retirai d'abord de la gueule du boa les restes de notre pauvre ami, que nous enfouîmes dans une fosse profonde, sur laquelle furent roulés plusieurs gros quartiers de roche, pour défendre cette triste dépouille contre les animaux carnassiers.
Puis les bœufs furent attelés au serpent, qu'ils traînèrent jusque devant le perron de Felsenheim.
Arrivés là : « Père, me demandèrent les jeunes gens, comment allons-nous nous y prendre pour dépouiller cette vilaine bête, si curieuse pourtant à conserver comme trophée?
LE ROCINSON SUISSE
— - Je veux vous indiquer un procédé particulier qui peut-être réussira, répondis-je. Vous ferez une découpure circulaire au cou, et vous fixerez fortement au sol avec des cordes et des chevilles les premiers replis de la peau légèrement rebroussée. Puis vous attellerez les bœufs sur la tête, qu'ils entraîneront avec le reste du corps en tirant doucement, et le dépouillement s'opérera ainsi peu à peu. La peau enlevée et retournée, vous la salerez fortement et la saupoudrerez de cendres; ensuite, la retournant de nouveau, vous la remplirez de mousse en recousant la déchirure primitivement faite, et, après avoir donné à ranimai la posture qui lui convient le mieux, vous le laisserez sécher au soleil. »
Ces instructions furent immédiatement suivies par mes quatre enfants, dirigés par Fritz, et j'assistai à leur travail pour les mieux encourager.
L'empaillement présenta quelques incidents plaisants. Jacques, ne conservant que son pantalon , entra dans la peau du boa, suspendue à une branche d'arbre dans toute sa longueur, et, petit à petit, empila la mousse que ses frères lui tendaient avec des fourches. Lorsqu'il fut arrivé à peu près à la hauteur de la poitrine, il passa joyeusement sa tète par l'ouverture encore libre et s'écria, rouge d'ardeur :
« Eh bien, père, es-tu content de nous? w
Cette besogne terminée, il s'agissait de donner au serpent empaillé une attitude caractéristique , et cela nous embarrassa pendant quelque temps. L'un proposait ceci, Tautre cela, et aucun n'arrivait à une solution satisfaisante. Je vins à leur secours en enroulant autour d'un pieu fiché dans un bloc de tei're, et jusqu'à la hauteur de trois pieds, le corps du monstrueux boa, et en appuyant sa poitrine sur la pointe émoussée du pieu, de façon que la tête et le cou s'avançassent presque horizontalement et en menaçant. 11 s'entend que la gueule était ouverte et la langue tirée, toutes deux teintes du jus des figues indiennes, d'un rouge de sang. A défaut du verre nécessaire , j'avais mis à la place des yeux deux
morceaux de gypse enduits de colle de poisson transpa^ rente. Quoique morte, l'horrible bête semblait si bien vivre encore , que, pendant tout le temps qu'elle fut exposée au soleil, nos chiens et nos animaux domestiques frissonnèrent en passant devant elle.
Ainsi disposée, elle fut placée à l'entrée de notre musée-bibliothèque, sur la porte duquel mes enfants écri* virent, en lettres rouges, cette inscription à double sens; « Entrée interdite aux ânes. »
J'eus un instant l'idée de les blâmer d'avoir fait un texte de plaisanterie d'un si triste sujet; mais j'avais eu le tort de rire en lisant l'inscription : j'étais désarmé.
EXCURSION. — GROTTE NOUVELLE. — LA TERRE A FOULON, — LE CRISTAL DE ROCHE. —
Quoique tout danger fût passé pour l'heure présente , je n'étais cependant pas sans inquiétude, m'iniaginant avec quelque apparence de raison que, puisque le serpent tué par nous était une femelle, nous pourrions avoir de nouveau maille à partir avec d'autres animaux de son espèce, lemàle ou les petits.
Je résolus donc de faire deux battues, l'une dans notre voisinage et l'autre dans les environs de Falkenhorst; ^ la dernière excursion devait même, selon moi, être poussée jusqu'au pavillon de Prospect-Hill, sur la route duquel se trouvait un détilé de rochers qui pouvait avoir servi de chemin au terrible visiteur.
Au moment de partir avec mes fils pour la battue de la mare aux Oies, je remarquai une sorte d'hésitation chez Jacques et Ernest, qui tous deux gardaient encore, aussi Vive qu'au premier jour, l'impression, bien excusable à
leur âge, que leur avait causée le serpent, meurtrier de notre grison.
« J'avoue qu'il me court un frisson par tout le corps, dit Jacques, quand je songe au vilain quart d'heure que m'a fait passer ce monstre... Je croyais avoir loiates les côtes cassées... »
Je les rassurai comme il convenait, en faisant appel . leur cœur et à leur raison.
« Songez, leur dis-je, que le serpent que nous avons tué a laissé probablement des petits qui peuvent grandir et tomber un jour traîtreusement sur nous , sur votre mère, sur le petit François ! Songez-y, c'est une question de salut pour nous tous que d'aller au-devant du péril avant que Tennemi ait toutes ses forces!... »
Cette dernière raison les décida tout à fait. Nous partîmes, munis de notre meilleur attirail de chasse, et, en outre, d'une certaine quantité de bambous, de plusieurs planches, et de quelques outres gonflées qui, en cas de besoin, devaient aider à nous maintenir au-dessus de l'eau.
Quand nous fûmes arrivés à la mare, je fis avancer avec précaution ma petite troupe sur ce terrain mouvant. Au fur et à mesure, je faisais jeter les planches ou les bambous devant nous, et ce fut sans accident que nous atteignîmes l'autre bord de ce marécage.
Çà et là, en traversant, nous avions constaté les traces du boa ; mais, à notre grande joie, rien ne nous indiqua qu'il eût laissé des œufs ni des petits.
Un peu plus loin, sur la pente rapide d'un coteau, nous découvrîmes une grotte d'une assez grande dimension, du fond de laquelle jaillissait un petit ruisseau, et dont la voûte était ornée de stalactites en forme de colonnettes. Le sol était couvert de terre extrêmement fine, blanche comme neige, que je reconnus, à ma grande satisfaction, pour de la terre à foulon.
« Voilà un précieux cadeau à faire à votre mère, dis-je en emplissant mon mouchoir de quelques poignées de celte terre, et en engageant mes enfants à en faire au-
LE UOBINSON SUISSE
tant. Ce sera, pour nettoyer nos vêtements, si nous revenons an peu crottés, un savon tout fait, qui me dispensera de Tennuyeuse cuisson de la chaux.
•— La chaux est-elle donc nécessaire pour la fabrication du savon? me demanda Ernest.
— Oui, répondis-je. On fabrique le savon en mélangeant à des corps gras de la soude ou de la potasse, qui, sans ce mélange, corroderait la peau des gens qui s'en serviraient. On se sert aussi de cendres lavées avec de Teau de chaux, à laquelle on ajoute de la graisse. Mais toutes ces préparations sont assez coûteuses, et on les a remplacées, en beaucoup de cas, par cette terre que nous ramassons en ce moment, et qu'on nomme terre à foulon parce qu'elle est employée dans le foulage des laines. »
En cherchant la source du ruisseau, je remarquai que Teau sortait d'une fissure du rocher que nous agran- , dîmes un peu par curiosité. La pierre, en cet endroit, était si friable, que nous ne tardâmes pas à obtenir une ouverture par laquelle, Fritz et moi, nous nous glissâmes en recommandant à Jacques et à Ernest de nous attendre.
Au bout de quelques instants nous nous trouvions debout à côté l'un de l'autre dans la plus profonde obscurité. Pour reconnaître à peu près l'étendue de cette seconde grotte, je tirai un coup de pistolet droit devant moi, et j'acquis ainsi la certitude que celle-ci ne le cédait en rien à l'autre. Comme je voulais m'assurer de la salubrité de l'air, j'allumai avec notre briquet un bout de !)Ougie que j'avais dans ma poche et qui brûla parfaitement.
Nous avancions avec précaution, regardant partout autour de nous, aussi loin que le permettait la lumière de notre petit flambeau, lorsque Fritz s'écria avec joie :
« Père! père! une nouvelle grotte de sel!... Vois ces merveilleux cristaux! vois ces blocs étincelants!...
— Ce ne sont pas là des cristallisations de sel, mon ami, lui dis-je, car je viens de goûter l'eau qui coule de la voûte, et je ne lui ai trouvé aucune saveur Je croirais
plus volontiers que nous sommes entrés dans une véri» table grotte de cristal de roche.
— Oui! oui! tu as raison, père! s'écria Fritz, de plus en plus joyeux; nous avons découvert là un précieux trésor... I
— Tout aussi précieux, c'est-à-dire, mon enfant, tou"' aussi inutile pour nous que le fut jadis, pour le bon Robinson Crusoé, son fameux lingot d'or.
— En tous cas je vais en détacher un échantillon. Mais pourquoi, ajouta Fritz après s'être mis à la besogne, pourquoi maintenant ce morceau que je tiens n'est-il plus aussi transparent que tout à l'heure?
— Parce que tu t'y es mal pris. Ces magnifiques masses de cristal en pyramide, de formes hexaédriques, tiennent toutes à une pierre cristalline très-solide, appelée cristal-mère, qui est conime confondue avec la terre argileuse, et l'on peut, en effet, y découvrir à l'œil nu un fin tissu d'aiguilles qui sont en quelque sorte les germes des cristaux. Un morceau de cette' pierre-mère, avec plusieurs pyramides réunies, est appelé un groupe de cristaux et porte, en quantité plus ou moins grande, des morceaux plus ou moins grands qui y adhèrent par leur partie inférieure; d'où il résulte que lorsqu'on sépare violemment une des aiguilles du cristal, il y a un ébranlement général, une série d'imperceptibles fendillements qui changent une chose claire comme de l'eau de source en une chose d'aspect laiteux.
— Comment procéder alors, père, pour éviter cet ébranlement et ces fendillements?
— Il faut enlever la pierre-mère avec les cristaux que l'on veut avoir, et pour cela la toucher, elle seulement à coups de marteau. »
Pendant cet entretien, où Fritz me pressait de questions qui me prouvaient son vif désir de s'instruire, nous avions continué notre exploration à travers la grotte, moi parlant et lui s'occupant à détacher avec précaution un groupe de cristaux digne de figurer dans notre musée.
lu; ROBINSON SUISSE
Notre bougie touchant à sa fin Je dis à Fritz qu'il était temps de nous retirer. Avant de sortir, il voulut tirer, lui aussi, un coup de pistolet pour jouir de l'imposant effet que produisait la détonation répercutée formidable mant par les échos des voûtes.
Quand je reparus avec Fritz à Touverture par laquelle nous avions pénétré dans la grotte, j'aperçus Jacques dans l'attitude de la désolation, il sanglotait; mais au premier son de notre voix il accourut vers nous en poussant des exclamations de joie.
« Qu'as-tu, cher enfant? lui demandai-je. Pourquoi si triste et si gai dans la même minute?
— Ma joie, père, vient de vous' revoir. Ma douleur venait des transes mortelles que me causait votre ab* sence prolongée. Deux fois j'ai entendu une détonation terrible, et il m'a senlhlé que tout s'écroulait dans l'endroit par lequel vous aviez disparus, mon frère et vous.
— Cher petit cœur, lui dis-je, embrasse-nous, nous n'avons, grâce à Dieu, couru aucun danger; mais où donc est Ernest?
— Il est là-bas, père, dans un buisson de roseaux, » répondit Jacques.
Je laissai Fritz avec lui et j'allai dans la direction prise par Ernest, que je ne tardai pas à surprendre tranquillement accroupi sur un lit de roseaux; il n'avait rien entendu, et s'occupait à tresser une sorte de filet à pêcher, une nasse d'une forme particulière, très-ingénieuse, à propos de laquelle je le félicitai.
« Je n'ai pas fait que cela, père, me dit-il en se rengorgeant; j'ai tué un jeune serpent, d'environ quatre pieds, qui est là, recouvert de joncs, à côté de mon fusil.
— Un serpent? lui répliquai-je en riant; et après avoir écarté les joncs qui cachaient la chasse du docteur j'ajoutai : C'est mieux qu'un serpent, c'est une anguille longue, grosse et grasse, qui nous fournira, ce soir, la vraie maîeiotte qu'avait rêvée ton petit François. »
Ses deux frères arrivèrent et, apprenant sa méprise, ils s apprêtaient à taquiner Ernest ;
« Cher Ernest, lui dis-je, je suis heureux de ce qu6 tu as fait, non pas seulement parce que cela nous procu* rera un excellent souper, mais parce que cela me prouve que tu as le courage que je te souhaitais. Tu n'as combattu qu'une anguille, mais tu croyais combattre un serpent : c'est la même chose à mes yeux. »
Cela dit, chargés de la nasse et de la pêche d'Ernest, ainsi que des cristaux de Fritz, nous reprîmes le chemin de notre logis. Justement à notre arrivée, la mère était occupée à laver du linge dans le bassin de la fontaine; je laisse à penser l'accueil qu'elle fit à nos échantillons de terre à foulon. Le fragment de cristal de roche enrichit notre collection, à la grande joie du petit François, qui ne se lassait pas d'admirer ce gros diamant!
— VOYAGE A l'ermitage. — LE CABIAl.'— L^ONDATRA. — LE CACMIMENT
Rassuré du côté de la mare aux Oies, je résolus de faire une seconde expédition du côté de la métairie. J'avais depuis longtemps l'intention de fortifier ce point de nos possessions.
Nous fîmes nos préparatifs de départ pour le lendemain, et comme l'expédition que je tentais allait exiger durant quelques semaines le concours de nos forces réunies, tout fut mis en réquisition, tente de voyage, chariot, vases, outils, provisions et munitions de toute sorte. J'avais peur d'oublier quelque chose et je m'ingéniais à chercher tout ce qui pouvait nous être de quelque utilité.
Aa point du jour, chacun était sur pied, bêtes et gens. La mère s'était arrangé une place commode sur la charrette que traînaient Sturm et Brummer, nos deux braves bœufs, qui, en même temps, portaient sur leur croupe charnue Jacques et le petit François. Fritz, sur son
Leichtfuss, trollait en éclaireur à environ cent pas devant nous, pendant que moi-môme, à pied comme à l'ordinaire, je marchais à côté de la vache, et qu'Ernest, à pied également, se tenait près de la voiture, noLs réservant l'un et l'autre, en cas de fatigue, de monter à cheval comme Fritz, ou dans la voiture comme la mère. Enfin nos flancs étaient suffisamment couverts par le chacal et les quatre chiens.
On partit plein de confiance et de gaieté. Comme nous avions l'habitude, chaque fois que nous nous absentions, de mettre en liberté les chèvres, les moutons et la volaille, ma femme n'oublia pas de répandre, çà et 1^, quelques provisions à leur intention, afin que les bonnes créatures se tinssent continuellement aux environs. Puis nous nous avançâmes vers Waldegg, où nous avions dessein de passer la nuit. Nous comptions aussi remplir quelques sacs de coton et examiner d'un peu plus près le lac ainsi que la rizière avoisinante.
Jusque-là nous n'avions aperçu que de rares traces du serpent, semblables à des sillons d'obus sur le sable mouvant. Ces traces s'effaçaient à mesure que nous nous éloignions de Falkenhorst; celles des singes avaient de même disparu.
Notre métairie avait une physionomie pleinement satisfaisante.
Notre dîner s'y fit de bon appétit, et, après un repas, substantiel nous résolûmes de faire une reconnaissance minutieuse des environs. Je pris, cette fois, avec moi le petit François, à qui je confiai un fusil proportionné à sa taille, après lui avoir répété les instructions nécessaires sur la manière de le porter et de le charger. Ernest fut laissé avec la mère à l'extrémité supérieure du lac des Cygnes, dont nous allions explorer, François et moi la rive gauche, et Fritz et Jacques la rive droite. En outre, comme il était bon d'avoir avec soi des alliés ûliles, chaque petit détachement était escorté de nos troupes légères : Ernest et la mère avaient Bill et maître Knips; Turc et le chacal étaient avec Fritz ît Jacques;
François et moi, nous étions accompagnés de Fauve et de Brun.
Nous suivions la rive gauche du lac, entravés souvent dans notre marche par des fourrés de roseaux dans lesquels, au contraire, nos jeunes chiens semblaient se perdre à plaisir, comme dans leur élément naturel. Des cygnes noirs, des hérons, des bécasses, des canards volaient, se poursuivant à la surface de Teau, trop loin je la portée de notre fusil, ce dont enrageait le petit François, impatient d'essayer le sien.
Tout à coup sortit des roseaux une sorte de mugissement désagréable, assez semblable au braire de l'àne, si bien queFrançois, me désignant Tendroit d'où il partait, crut et me dit que c'était notre ànon.
« Celane peut être, lui répondis-je. D'abord notre ànon est encore trop jeune pour braire aussi formidablement ; ensuite, il est impossible qu'il nous ait ainsi dépassés sans que nous l'ayons aperçu. Je suis plus disposé à supposer que c'est un butor ou un héron étoilé, appelé quelquefois bœuf des marais, précisément à cause de son cri qui ressemble à un mugissement lointain.
— Mais, père, comment un si petit oiseau peut-il produire un bruit si extraordinaire?
Mon cher enfant, il ne faut pas juger de la grosseur des animaux par le volume de leur voix. Par exemple, les rossignols et les serins, qui sont de très-petits oiseaux, ont une voix très-forte, qu'on entend de plus loin que celle des canards et des dindons : cela tient à une conformation particulière de leur gosier et à la porportion de leurs poumons. Le butor, lorsqu'il veut crier, enfonce une partie de son bec dans la vase du marais, de sorte que sa voix, immédiatement répercutée, acquiert ainsi une force analogue au mugissement d'utï \)œuf. »
Héron ou butor, François désirait beaucoup tirer son premier coup de fusil sur cet oiseau extraordinaire. Pour lui procurer cette satisfaction si naturelle, j'app»elai à moi les deux chiens et leur montrai Ja direction où (II -
vâit se trouver le héron et dans laquelle était tendu le petit fusil de mon petit chasseur. Quelques minutes après, il se fit un bruissement parmi les roseaux, et presque aussitôt une détonation, suivie d*un cri de triomphe du petit bonhomme, m'apprit qu'il n'avait pas été trop maladroit pour son début.
« Touché! touché! criait-il de toutes ses forces.
— Qu'est-ce donc? lui demandai-je, car j'étais à quelque distance de lui et je ne pouvais encore rien distinguer.
— Un sanglier, père, un beau sanglier!
— Pourvu que tu n'aies pas tué un des petits de nos cochons laissés en liberté! »
Tout en disant cela, je m'étais avancé jusqu'auprès du garçonnet et de sa trouvaille que venait de lui rapporter l'un de nos danois. Ce n'était pas un de nos cochons, fort heureusement, mais bien un cavia, capybara ou cabiai, long d'environ deux pieds et demi. Cet animal a le poil dur, lisse, d'un brun noirâtre, moins foncé sous le ventre. Les doigts sont réunis par des membranes. C'est le plus grand de tous les rongeurs connus et il forme le type d'une famille à laquelle appartient les cobayes, qu'on élève en Europe sous le nom de cochons d'Inde. 11 se nourit habituellement de. plantes aquatiques, et peut demeurer longtemps sous l'eau sans être, à proprement parler, amphibie.
Quand il s'agit de se remettre en route, François, en vrai chasseur, voulut charger le cabiai sur ses épaules ; malheureusement elles étaient trop faibles pour un pareil fardeau. Je m'amusais de son embarras, et ne voulais pas venir à son aide afin de lui apprendre à s'aider lui-même.
« Si je vidais l'animal? s'écria-t-il après avoir fait quelques pas. Le poids serait diminué d'autant, et peut-être qu'alors je pourrais le porter jusqu'à Waldegg. »
L'idée était bonne, et malgré la répugnance bien naturelle qu'il avait pour cette opération, il la mit sur-leciiami) a exécution. Mais le fardeau se trouva encore
irop lourd pour ses petites épaules ; il soupirait de dépit, cherchant dans sa tête quelque expédient nouveau pour se tirer d'embarras.
« Ah! j'y suis î s'écria-t-il. Je vais attacher mon gibier pur le dos de Braun qui est assez fort, à ce qu'il me éemble, pour le porter.
— D'autant plus, cher enfant, lui dis-je, que ces deux chiens ont été dressés à cela par toi, et que tu vas recueillir ainsi le fruit de la neine aue tu t'es donnée pour eux. n
François ainsi débarrassé du soin de son fardeau, que l'honnête Braun reçut fort docilement, se remit à marvher avec la môme vivacité et le même contentement qu'auparavant. Bientôt nous atteignîmes le bois des pins, où nous fîmes une petite halte, et nous revînmes à Waldegg sans avoir vu la moindre trace de boa.
En arrivant à Waldegg, nous trouvâmes Ernest entouré d'un grand nombre de gros rats fraîchement massacrés. Je lui demandai, étonné, d'où ils venaient.
« C'est maître Knips qui les a découverts, me répondit-il, dans un nid spécial à ces messieurs, situé à l'extrémité de la rizière. C'est un récit assez dramatique, comme vous allez en juger. Ce nid était en forme de four à cuire, d'où maître Knips avait vu sortir un, puis deux, puis trois rats. Vous devinez ses grincements et ses sifflements. J'étais accouru, armé de mon bâton, et je m'étais assez imprudemment aventuré sous cette voûte, pour mieux juger du nombre des ennemis que pous avions à abattre, Knips et moi. Tout en frappant çâ et ik de mon bàlon, j'examinais plus attentivement l'endroit \oi\ je me trouvais et qui ressemblait à un grand cylindre maçonné fort artistement avec du limon, des tiges de riz et des feuilles de roseaux hachées, lorsque, tout à coup, je me vis littéralement envahi par une armée grouillante et menaçante qui me remit involontairement en mémoire le célèbre évêque Hatto dans la Tour aux Rats, de Bingen< J'avais beau me démener des pieds Qi
4u bâton, et maître Knips, sur mon dos, avait beau grin* cer des dents et siffler plus aigrement que jamais, les vilains animaux revenaient toujours à la charge, tant et si bien que, désespéré, je me mis à crier lamentable-» ment, appelant tout le monde à mon secours. Personne ne m'entendit, excepté la brave Bill qui accourut prompte comme Féclair, et qui jouant des crocs, à droite, à gauche, devant, derrière, fit en un clin d'œil m large vide autour de moi. J'étais sauvé. Ceux de mes ennemis qui n'étaient pas éventrés s'enfuirent avec plus de rapidité qu'ils n'étaient venus, me laissant maître du champ de bataille, d'où ma chère mère, qui survint bientôt, m'aida à emporter les cadavres des vaincus. »
Lerécitd'Erncst m'avait doublement intéressé; d'abord, parce qu'il le concernait ; ensuite, parce qu'il excitait au plus haut point, à un autre titre, ma curiosité. Je voulus être conduit sur le lieu même du carnage, et je constata? que la construction dont il m'avait parlé ressemblait, en plus petit, à celles qu'établissent les castors.
« Mes conjectures sont confirmées, dis-je à Ernest; tes ennemis ne sont ni des rats ni des castors proprement dits : ce sont des rats-castors ou rats musqués, ou ondatras, comme on les appelle dans le nord de l'Amérique, leur patrie habituelle. »
En revenant auprès de la mère, nous rencontrâmes Fritz et Jacques qui ne nous parurent pas extrêmement satisfaits de leur expédition, d'où ils ne rapportaient rien, sinon, Fritz un coq et une poule de bruyère, et Jacques une douzaine d'œufs enveloppés dans une sorte de fourrure.
Nos enfants se faisaient mutuellement les honneurs de leur chasse, parlant avec enthousiasme des exploits qu'ils avaient accomplis et de ceux qu'ils avaient failli accomplir. Je leur rappelai qu'avant le dîner chacun de nous avait encore une besogne à remplir, à savoir dedépouiller les rats, qui tous étaient aussi gros que des lapins. Sans perdre de temps, donc, nous nous mîmes à l'ouvrage; cette opération faite, les peaux furent éten-
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dues séparément à l'aide de petites chevilles en bois, puis salées, saupoudrées de cendre et exposées ensuite au soleil. Quant au câblai de François, il fut dépecé, el Ton en mit à la broche un quartier, qui fut mangé immé diatement. Le reste fut conservé pour le lendemain, bien que nous nous fussions très-peu régalés de celte chair empreinte d'une forte odeur marécageuse.
Durant le repas, mes garçons m'interrogèrent sur V ondatra y ou du moins sur l'odeur singulière qu'il exhale et qui lui avait valu son nom.
« Ordinairement, leur répondis-je, elle provient de vésicules placées dans les parties inférieures du corps, entre cuir et chair, qui sécrètent une humidité grasse, d'une odeur tantôt agréable, tantôt repoussante. Quant à l'usage qu'on peut faire de cette substance musquée, je ne saurais trop vous répondre, ne lui reconnaissant, personnellement, rien d'utile. Elle sert pourtant au porte-musc à se débarrasser de ceux d.e ses ennemis que l'odeur du musc incommode. Le castor, l'hyène, le blaireau, et la civette surtout, sont des porte-musc; ces muscs sentent tous mauvais quand ils sont frais, et n'acquièrent une odeur de parfum qu'en vieillissant.
Vers la fin du dîner, Ernest, toujours un peu gourmand, se plaignait de n'avoir rien pour lui ôter de la bouche le goût désagréable qu'y avait laissé le rôti de cabiai.
Alors, se précipitant sur leurs gibecières, Jacques et Fritz présentèrent à Ernest, l'un quelques amandes de pin pignon et deux petites noix de coco, l'autre quelque?; pommes vert-pâle, d'une odeur assez agréable.
« Très-bien! chers enfants, dis-je. Mais quel est ce nouveau fruit que Jacques nous apporte? En a-t-il goûté avant que d'en offrir à son frère?
— Non, cher père, répliqua l'étourdi. Je l'aurais fait si Fritz ne s'y fût opposé, disant que cela pouvait être !e fruit de quelque espèce vénéneuse, celui du mance^ nillier, par exemple. Mais cela a l'air bien bon, et j'espère que Fritz se trompe. »
Pendant que je louais Fritz de sa prudence, tout en lui faisant remarquer, en coupant une de ces pommes inconnues, qu'elle ne ressemblait pas intérieurement au fruit du mancenillier, puisqu'elle présentait des pépins et que le mancenillier contient un noyau, maître Knips, qui s'était approché sournoisement, s'empara delà moitié que j'avais posée à côté de moi et la mangea avec une satisfaction évidente. Ce fut le signal général. Tous se jetèrent sur les pommes de Jacques avec tant d'empressement, que j'eus quelque peine à en sauver une pour ma femme. Honteux de ce mouvement de gloutonnerie, ce fut à qui offrirait la sienne, déjà entamée il est vrai, à leur mère.
« Grand merci, leur dit-elle, petits gourmands! »
J'allais de nouveau interroger Jacques, pour savoir de lui sur quel arbre il avait cueilli ce fruit excellent, que je soupçonnais être la pomme-cannelle des Antilles, ou une espèce de cachiment qui lui ressemble beaucoup, lorsque je m'aperçus que le sommeil, résultat de la faligue de la journée, commençait à s'emparer de mes quatre garçons. Je les invitai à s'y livrer à leur aise sur nos sacs de coton, et leur donnai moi-même l'exemple.
HALTE A ZUCKERTOP. — LES PÉCARIS. — ROTI OTAÏTIEN. — LES RAMBOUS GIGANTESQUES. — CONTINUATION DE NOTRE VOYAGE
Réveillés à l'aube, après un sommeil tranquille et réconfortant, nous reprîmes notre voyage dans la direction du marais des cannes à sucre, que nous avions baptisé du nom de Zuckertop. Nous avions précédemment établilàune hutte faite de branchages entre-croisés, sur laquelle nous n'eûmes besoin que d'étendre une toile
pour nous préserver de la chaleur du soleil pe/idant les courts moments que nous comptions y passer avant de nous remettre en route.
Pendant que ma femme s'occupait des apprêts de notre déjeuner, je battis les environs, avec mes enfants, pour y chercher des traces de boa, et nous rentrâmes sans en avoir signalé une seule.
Nous étions à peine attablés, nous régalant de cannes k sucre fraîches, dont nous étions privés depuis quelque iemps, quand nous fûmes interrompus par les aboiements obstinés de nos chiens. Nous prîmes nos fusils et nous courûmes vers un fourré de roseaux d'où s'élevait tout ce vacarme. Au bout de quelques minutes il en sortit une foule de petits cochons qui se sauvèrent à toutes jambes, à la file les uns des autres, comme des soldats disciplinés, môme dans la déroute. Nous eûmes le temps de. faire feu avant qu'ils fussent hors de portée. Trois ou quatre coups de fusil firent. une douzaine de victimes, mais ne dérangèrent en rien la retraite savante et rapide du troupeau. Cet ensemble de mouvements et la couleur grise de ces animaux m'apprirent que nous avions devant nous des cochons sauvages, trfes-difîérents des espèces européennes. Peut-être étaient-ce des cochons musqués, ou pécaris.
Commt' nous nous étions assez éloignés de la hutte où nous avions laissé ma femme, et que le transport des pièces abattues était impossible sans le secours de la charrette, je l'envoyai chercher par Jacques, qui ne tarda pas à la ramener. En attendant, sachant, pour l'avoir lu, que la chair de ces animaux n'est bonne à mange? qu'autant qu'on a pris soin d'enlever immédiatement après la taorl leur petite glande odorante, je me hâtai de faire cette opération sur les pécaris que nous venions d'abattre.
Quand tout fut terminé, nous chargeâmes notre butin Bur la charretie, couverte de fleurs et de rameaux verts, et nous revînmes à la hutte au milieu de chaasons joyeuses.
Le produit de cette dernière chasse était trop volumineux pour que nous pussions espérer, malgré nos vigoureux appétits, de le consommer avant que les chairs se fussent corrompues. 11 était donc bon de prendre des mesures pour en assurer la conservation.
En attendant qu'un fumoir spécial fût élevé, et ce fui Jacques et Fritz que je chargeai de ce soin, j'avisai au plus pressé; je coupai les jambons et séparai du corps les autres bons morceaux. La carcas'se ainsi que la tète furent abandonnées aux chiens et à Taigle. La chair fut lavée soigneusement, salée et placée dans des sacs, ouverts par le haut, qu'on accrocha aux branches des arbres. Au-dessous de ces sacs, une courge creusée recevait les égouttures d'eau salée, que Ton reversait par l'ouverture du haut.
La matinée du lendemain fui employée à préparer un rôti otaïtien, dont Fritz voulait faire la surprise à sa mère. Sous sa direction, ses frères creusèrent un trou cylindrique d'une certaine profondeur, dans lequel on entretint un feu de branchages et de menu bois, de manière à faire rougir des pierres. Tout en surveillant ce four improvisé, Fritz s'occupait de la préparation de son cochon : il le flamba, le lava, le remplit de pommes de terre et de plantes odoriférantes ; et finalement, le saupoudra de sel à la mode européenne, et contrairement à la mode olaïtienne.
J'avais appris à Fritz, à défaut de feuilles de bananier, si précieuses pour cet usage, à entourer son animal d'écorces d'arbres, afin qu'il fût un peu mieux protégé contre la poussière et les cendres; et Fritz avait suivi scrupuleusement ma recommandation , qui avait sa valeur.
Le rôti, une fois pr éparé comme je viens de le dire, fut enterré dans une couche de pierres brûlantes, de charbons, de cendres, et enfin de terre; et, pendant (ju'il rôtissait à son aise dans ce four primitif, nous retournâr.\ies hâter la construction du fumoir, qui ne fut terminé que dans la soirée.
immédiatement après, et les jambons suspendus au plafond de la hutte maçonnée par Fritz, on alluma, sur le loyer ménagé dans le sol, un l'eu étouffé avec du gazon humide et des feuilles sèches, et une épaisse fumée ne tarda pas à envahir la liutte, close de toutes parts. Je n'ai pas besoin d'ajouter que cette lumée (ut entretenue jusqu'à ce que les jambons de pécari en lussent complètement pénétrés, c'est-à-dire pendant quelques jours.
Trois heures suffirent pour que le rôti otaïtien fût cuit à point. Lorsqu'on enleva la couche de terre , de sable et de pierres qui le recouvrait, il s'éleva, du trou au fond duquel il gisait, une agréable et savoureuse odeur, qui nous prévint très-favorablement, et qui réconcilia la mère avec ce qu'elle appelait ironiquemeut, quelques heures auparavant, une cuisine de sauvages. Fritz tnomphait.
Après le repas il n'est pas défendu à l'estomac d'être reconnaissant, je songeai à l'exquise saveur qu'avait communiquée au rôti l'écorce d'arbre dont j'avais conseillé à mon fils aîné de l'entourer, à défaut de feuilles de bananier; et, après un examen attentif de cette écorce et de l'arbre qui 1 avait produite, je présumai que celui-ci ne pouvait être que le ravensara de Madagascar. En langue madécasse, cela signifie « bonne feuille, » d'où les botanistes lui ont donné le nom grec de agathophyLlum, qui a la même signification. 11 réunit au parfum de la muscade, celui du clou de girofle et celui de la cannelle. On en tire une huile dont les cuisiniers indiens aromatisent tous leurs mets.
La préparation de nos jambons nous retint deux joura encore près de notre fumoir, dont ma femme, sous la garde d'un de nos fils, entretenait modérément le feu, pendant que, de notre côté, nous taisions quelques excursions dans les environs. Chaque fois que nous revenions, à l'heure des repas, nous rapportions toujours quelque butin. Entre autres richesses nous découvrîmes , dans le fourre de bambous, un certain nombre de roseaux d'une soixantaine de pieds de hauteur, et d'une grosseur proportionnée, que nous pûaies facilement em*
ployer en guise de tonneaux, en ayant soin de les scier près des nœuds. En outre, les épines dont ces nœuds étaient ornés, aussi résistantes que des clous de fer, furent également bien accueillies par nous. Enfin, les jeunes pousses de bambous que nous avions recueillies avec ces gigantesques roseaux, furent spécialemeni appréciées par notre ménagère, qui les Ht confire dans du vinaigre, en les entourant de feuilles de ravensara.
Dans une visite à Prospect-Hill je constatai avec un vif désappointement, comme auparavant à Waldegg, les nombreuses déprédations commises par les singes. Là aussi, chèvres et brebis s'étaient dispersées dans le voisinage ; nos poules étaient devenues tout à fait sauvages, et la cabane était si dégradée, que je dus remettre à une époque plus éloignée le soin de la rétablir.
Quelques jours encore furent employés au tracé d'une route, ainsi qu'à la conservation de notre gibier. Lorsqu'il nous sembla suffisamment fumé, nous nous disposâmes à partir pour continuer notre expédition. Je fis prendre quelques jambons pour augmenter nos provisions; le reste fut conservé dans le fumoir, soigneusement barricadé de sable, de terre et d'épines, pour le garantir des attaques des oiseaux de proie, des bêtes féroces et des singes.
Enfin, un matin de bonne heure, la petite caravane se remit gaiement en route, avec une confiance aveugle dans la protection de la Providence.
l^homknade danb la savane. — le troupkau et les oeufs d'auiuuche. —