‹ Le nouveau Robinson suisseChapitre 7 sur 30 · VOYAGE AU VAISSEAU · texte numérisé non relu

VOYAGE AU VAISSEAU

Au moment où le jour commençait à poindre, j'appelai ma femme pour me concerter de nouveau avec elle sur l'emploi de la journée.

« Chère amie, lui dis-je, je vois en perspective tant de travaux urgents à accomplir, que je ne sais vraiijienl auxquels donner la priorité. D'une part , je considère que si nous tenons à conserver le bétail, et à ne pas perdre une foule de choses qui peuvent nous être utiles, il faudrait faire un voyage au vaisseau ; d'un autre côté, je me

demande s'il ne serait pas urgent de travailler à nous construire une demeure plus confortable. Je Tavoue que je m'effraie un peu de nolr^e tâche.

— Ne l'effraie pas, me répliqua-t-elle; avec de la patience, de Tordre, de la persévérance, nous viendrons à bout de tous les obstacles. Le courage d'un père comme toi et de braves enfants comme les nôtres suffira à tout. Ce n'est pas sans inquiétude que je te verrai retourner au vaisseau; mais si ce voyage est indispensable, et je le crois comme toi , je ne m'y opposerai pas.

— C'est bien , dis-je , je vais donc partir avec Fritz , tandis que tu resteras encore une fois avec les autres enfantSc Allons, debout! criai-je ensuite. Debout! le soleil est levé, et nous n'avons pas de temps à perdre. »

Fritz parut le premier, et profita du temps que ses Irères employaient à se frotter les yeux et à secouer le sommeil , pour placer son chacal mort devant la tente, afin de voir la surprise que cette vue produirait sur les enfants. 11 avait compté sans les chiens qui, voyant l'animal et le croyant sans doute vivant, se jetèrent dessus en aboyant furieusement. Fritz eut toutes les peines du monde à les écarter. Ce bruit inaccoutumé hâta la sortie des petits paresseux.

Us arrivèrent un à un; le petit singe était sur les épaules de Jacques, mais à la vue du chacal il s'effraya tellement qu'il rentra dans la tente, et alla se cacher dans la mousse de nos lits, où il s'enfouit au point de ne plus laisser apercevoir que le bout de son gentil museau.

Comme Fritz l'avait prévu, les enfants ne manquèrent pas d'être grandement étonnés.

n Un loup! cria Jacques, il y a des loups dans notre île!

— Non, dit Ernest, c'est un renard.

— Non, dit le petit François, c'est un chien jaune.

— Ah! ah ! maître Ernest, dit à son tour Fritz avec une sorte de vanité moqueuse, tu as bien su reconnaître Fagouti, mais cette fois ton savoir est en défav.t. Quoi, tu prends cela pour un renard?

— Oui, repartit Ernest, je crois que c'est un renard doré.

— Ah! ail! un renard doré! » répéta Fritz avec lin bruyant éclat de rire.

Le pauvre Ernest, dont le petit amour-propre de savant semblait gravement compromis, était déconcerté au point d'avoir les larmes aux yeux.

« Tu es méchant, dit-il à son frère; je puis bien me tromper; d'ailleurs, saurais-tu toi-même le nom de cet animal, si papa ne te l'avait appris?

— Allons, dis-je, ne vous taquinez pas ainsi pour une misère^. Au surplus, quoique tu veuilles railler la prétenducerreur de ton frère, sache, mon cher Fritz, que, de Taveu des naturalistes, le cbacal tient h la fois du loup, du renard et du chien. Il y a même une opinion assez généralement admise qui fait descendre le chien dom.eslique du chacal. Ainsi , non-seulement Ernest était dans le vrai en appelant cet animal un renard , mais encore Jacques qui le prenait pour un loup, et François qui y voyait un chien. »

La discussion étant achevée.sur ce sujet, je rappelai à mes enfants que nous devions nous recommander à Dieu pour commencer la journée ; et nous fîmes la prière.

Puis Ton s'occupa du déjeuner, car mes petits gaillards étaient de ceux dont l'appétit s'ouvre en même temps que les yeux.

Une caisse de biscuit fut défoncée, et la tonne aux fromages visitée. Tout à coup, Ernest qui rôdait depuis quelques instants autour d'un des barils que nou j avions repêchés s'écria :

« Oh! papa, comme nous mangerions plus facilement notrebiscuit, si nous pouvions le couvrir de bonbeurrel

— Eh! dis-je, avec ton éternel si, tu ne fais que réveiller nos désirs sans nous donner la possibilité de les batisfaire. Ne te suflil-il pas d'avoir de bon fromage?

— Je ne dis pas non, répliqua-t-il , mais si quelqu'un voulait défoncer ce baril...

— Quel baril?

— Celui-là. Je suis certain qu'il renferme du beurre, car par un joint il laisse suinter une espèce de matière grasse dont à rôdeur j'ai bien reconnu la nature. »

Après nous être assurés que le nez d'Ernest ne l'avait pas trompé, nous nous concertâmes sur la façon dont nous devions nous y prendre pour extraire le beurre de la tonne sans compromettre la provision. Frilz était d'avis qu'on fît sauter les cercles du dessus et qu'on enlevât le fond. Je pensai, moi, que les douves pourraient ainsi être disjointes et laisseraient fuir le beurre quand il serait ramolli par le soleil. Il me sembla plus sage d'ouvrir avec un ciseau une ouverture par laquelle nous puiserions le beurre à l'aide d'une petite pelle de bois. Cela fait, nous eûmes bientôt d'excellentes tartines grillées, dont le goût appétissant nous fit encore plus vivement désirer le sauvetage de la vache restée sur le navire.

Les chiens, fatigués au coml^at qu'ils avaient soutenu, dormaient à côté de nous. Je remarquai qu'ils n'étaient pas sortis intacts de la lutte avec les chacals; car ils portaient, notamment au cou, de larges blessures.

Ma femme eut l'idée de laver du beurre dans de l'eau fraîche pour le débarrasser de son sel , et d'en oindre leurs plaies. Ils se laissèrent bénévolement panser, puis ils se mirent à se lécher l'un l'autre, ce qui me fit espérer qu'il seraient bientôt guéris.

« Il serait important, dit Fritz, que pour des occasions semblables nos chiens fussent munis de colliers à pointes.

— Ah! dit Jacques, si ma mère voulait consentir à m'aider, je me chargerais bien de leur en fabriquer de solides.

— De tout mon cœur, repartit la mère. Je me mets à ta disposition ; nous ver: ons ce que tu auras imaginé.

— Oui, mon enfant, dis-je à mon tour. Ingénie-toi , eî si tu parviens seulement à concevoir un projet réalisaole, nous nous emploierons tous à le mettre à exécution,

Quant à toi, Fritz, prépare-toi à m'accompagner dans le voyage que je vais faire au vaisseau naufragé. Ta mère et moi nous l'avons décidé ainsi ce matin ; comme hier, elle restera ici avec tes frères, et nous irons ensemble tâcher d'opérer le sauvetage du bétail et d'une quantité d'objets qui peuvent nous être utiles. »

Le bateau de cuves fut bientôt prêt. Au moment de partir, nous convînmes avec ma femme qu'elle élèverait sur le rivage, avec une perche et un bout de toile blanche, une sorte de signal que nous pourrions voir du vaisseau. En cas de détresse, elle devait le renverser et tirer trois coups de fusil. Je l'amenai même, tant la chère femme était courageuse, à consentir à nous laisser passer la nuit sur le vaisseau, s'il arrivait que nous fussions prêts trop tard pour le retour. En ce cas, nous devions allumer des lanternes pour témoigner que tout allait bien.

Sachant qu'il restait encore des vivres sur le radeau, nous ne prîmes que nos armes. Je permis à Fritz d'emmener le petit singe, qu'il se réjouissait de régaler de lait de chèvre.

Nous partîmes, après avoir embrassé les nôtres et nous être recommandés à Dieu.

Fritz ramait vigoureusement , et je l'aidais de mon mieux, tout en dirigeant l'embarcation.

Quand nous fûmes à quelque dislance en mer, je vis qu'un ruisseau plus fort que celui auprès duquel nous étions établis avait son embouchure dans la baie. Je conjecturai qu'en arrivant dans la mer il devait former un courant dont nous pourrions profiter pour aller au navire. Je ne me trompais pas. Nous voguâmes dans la direction de ce courant, qui nous porta, sans que nous eussions aucun effort à faire, à plus des trois quarts de la route. Quelques coups de rames suffirent ensuite pour achever heureusement la traversée.

Nous abordâmes, et notre embarcation fut fixée par de solides amarres dans la brèche que j'avais ouverte au départ.

Le premier soin de Fritz fu^ de courir aux animaux.

qui à notre approche se mirent les uns à bêler, les autres fi mugir. Ces pauvres bêtes semblaient vraiment éprouver une grande joie à revoir des hommes. Nous leur donnâmes tout d'abord de la nourriture et de l'eau fraîche, et, de notre côté, nous fimes un repas qu'il nous fui facile de nous procurer, car le navire était pourvu pour un long voyage.

Fritz approcha du pis de la chèvre son petit singe, qui ne se fit pas prier pour le prendre, et qui se donna à cœur joie de ce délicieux breuvage.

« Voyons, dis-je, par quoi commencerons-nous?

— Je crois, répondit Fritz, que nous devrions, avant toute chose, nous occuper d'installer une voile à notre bateau. »

Il ne me sembla pas d'abord que cette besogne fût très-urgente; mais Fritz me fit observer qu'en venant il avait senti un ventcontre lequel il nous aurait fallu lutter si nous n'eussions été secondés par le courant, et il me dit qu'il croyait sage d'utiliser ce vent pour retourner au rivage. Il prévoyait que nous aurions beaucoup de peine à accomplir la traversée en nous aidant simplement de nos rames, surtout lorsque le bateau, lourdement chargé, aurait un grand tirant d'eau.

Ces observations me parurent fort sages, et je crus devoir m'y rendre. Je choisis donc un morceau de vergue assez gros pour servir de mât, et un autre plus mince auquel je fixai un grand carré de toile. Pendant ce temps, Fritz avait cloué sur une des cuves une planche épaisse dans laquelle il fit un trou pour y fixer le mât. J'attachai ensuite des poulies aux coins de la voile, afin de pouvoir la manœuvrer tout en tenant le gouvernail. Pour achever, et par une disposition à mêler le jeu au travail, bien naturelle à son âge, Fritz lia au haut du mât unebande d'éloïfe rouge qu'il regarda flotter avec un plaisir extrême.

Tout en souriant de cet innocent enfantillage, je braquai vers la terre une lunette d'approche que j'avais prise dans la chambre du capitaine , et j'eus la joie de voir que tous nos bien-aimés étaient en bonne santé.

Il se faisait tard , et il devenait dès lors avéré que noua ne pourrions regagner la terre le même soir.

Le reste du jour fut employé à piller le vaisseau comme l'eussent fait des pirates, et à charger nos cuves de tout ce qu'elles purent contenir d'objets utiles.

En prévision d'un séjour prolongé sur cette terre déserte, je donnai la préférence aux outils qui devaient servir nos efforts industrieux, et aux armes à l'aide desquelles nous pourrions nous défendre. Le vaisseau, destiné à l'établissement d'une colonie dans les mers du Sud, où nous avions dû nous fixer, ainsi que nos compagnons de voyage, se trouvait mieux fourni d'ustensiles et de provisions de toutes sortes qu'il ne l'eût été pour un voyage ordinaire. Nous n'eûmes donc qu'à choisir parmi la multitude des objets utiles à la vie. Je n'oubliai pas les cuillers, les couteaux, les casseroles, les assiettes, etc. Fritz s'empara môme d'un service d'argenterie qui était dans la cabine du capitaine, ainsi que d'une certaine quantité de bouteilles de vin et de liqueurs, auxquelles nous joignîmes plusieurs jambons de Westphalie. Ces provisions de luxe ne nous firent pas dédai gner des sacs de blé, de maïs et d'autres semences. Je n'eus garded'oublier une boussole, des bêches, etautres instruments de jardinage; des fusils, des pistolets. Nous prîmes aussi des hamacs et des couvertures, des paquets de cordes, de la toile à voile, et môme un petit baril de soufre, devant nous faciliter les moyens de remplacer les mèches soufrées que nous n'avions plus qu'en petite quantité, et qui nous étaient essentiellement utiles pour allumer du feu.

J'avais déclaré notre approvisionnement complet, quand Fritz arriva avec un dernier paquet.

« Laisse cela, lui dis-je, cher enfant, nous n'avons plus de place; c'est trop gros et cela a l'air bien lourd.

— Oh, père, me dit Fritz, laisse-moi, emporter ce paquet; ce sont les livres du capitaine, des livres de science, d'histoire naturelle, des récits de voyage, une bibU?; Ernest et ma mère seront si contents!

— Cher entant, lui dis-je, tu as bien raison; le pain de fesprit vaut le pain du corps^ et je te sais bon gré de ton idée; la trouvaille sera un trésor pour nous tous. »

Notre bateau était si cbargé que l'eau, en effleurait presque les bords. Je l'aurais certainement allégé si la mer n'eût pas été d'un calme parfait. Cependant, nous eûmes soin de conserver nos corsets de liège, pour le cas où surviendrait quelque accident.

La nuit allait tomber. Un grand feu, que nous apeiçumes allumé sur le rivage, nous apprit que rien de fâcbeux n'était survenu de ce côté. Pour répondre à cette bonne nouvelle, je suspendis au flanc du navire trois lanternes allumées. Bientôt, un coup de fusil nous fit -savoir que notre signal avait été aperçu.

Nos dispositions furent bientôt faites pour passer la nuit dans nos cuves. Je ne voulais pas coucber sur le vaisseau, car le moindre coup de vent pouvait le disloquer, et nous eussions couru de graves dangers.

Fritz ne tarda pas à s'endormir, malgré le peu de con« fortable qu'offrait son lit. Quant à moi, je ne fermai pas Tœil; j'étais inquiet sur le sort de ceux que nous avions laissés à terre, en même temps que je voulais faire une veille incessante pour être prêt à tout événement. ^ A peine le jour commençait-il à poindre que j'étais sur le pont du navire, braquant le télescope vers le rivage. Je vis ma femme sortir de la tente, et s'arrêter pour regarder de notre côté. Je hissai au bout du mât une bande de toile blanche, et ma femme abaissa et releva trois fois son pavillon, comme pour dire qu'elle avait aperçu et compris mon signal.

« Dieu soit loué! m'écriai-je, les nôtres sont sains et saufs. Maintenant, avisons au moyen de transporter le bétail au rivage.

— Construisons un radeau, » me dit Fritz.

Je lui démontrai non seulement la difficulté de ce travail, mais encore l'embarras, pour ne pas dire l'impossibilité qu'il y aurait pour nous à diriger une telle embarcation.

« Eh bien, dit-il, jetons-les animaux à la mer, ils n.a^ geront. Le cochon, entre autres, avec son bon gros ventre et sa graisse n'aura pas de peine à se soutenir.

— Je le crois; mais penses-tu que l'àne, la vache, Is chèvre, les moutons s'en tirent aussi heureusement? Or je f avoue que je ferais volontiers le sacrifice du cochon pour sauver les autres.

— Eh ! mais, reprit Fritz, pourquoi ne leur mettrionsnous pas des corsets de natation comme ceux que nous avons préparés pour nous. Ce sera charmant de voir tout ce bétail nager à l'aide d'un semblable attirail.

— Bravo! mon grand Fritz; ton idée, quoique drôla* tique, me semble praticable. A l'œuvre, mon ami, à l'œuvre ! Faisons l'essai sur un de nos animaux. »

Nous prîmes un mouton, au corps duquel nous attachâmes nos deux corsets, un de chaque côté, et nous le poussâmes dans la mer.

Tout d'abord , la pauvre bête effrayée disparut sous Teau; mais bientôt elle revint à la surface en se débattant, et enfin, sentant l'appui que lui offrait le liège, elle resta immobile, et nous vîmes avec satisfaction qu'elle surnageait parfaitement.

Il n'en fallait pas davantage pour nous démontrer Texcellence du procédé, qui fut adopté pour le sauvetage du bétail.

Tout ce que nous pûmes trouver de liège servit pour les petits animaux. Quant à l'àne et à la vache, qui étaient beaucoup plus lourds, nous leur fabriquâmes à chacun un appareil particulier composé de deux barils vides, liés à leur corps par des cordes et des bandes de toile.

Quand toutes nos bêtes furent harnachées de la sorte, j'attachai aux cornes ou au cou de chacune d'elles une corde, dont nous devions tenir le bout une fois que nous serions dans le bateau de cuves.

Notre bétail fut bientôt à l'eau, et cela sans trop de difficulté. L'âne seul, selon les mœurs de son espèce, fit le récalcitrant ; force nous fut de l'y jeter à reculons.

LE ROBINSOW SUISSE

Si

Il se débattit d'abord beaucoup, mais enfin il prit 'son parti, et se mit à nager de si bonne grâce que nous ne pûmes nous empêcher de Tapplaudir.

Dès que nous fûmes entrés dans notre embarcation, je déliai l'amarre, et bientôt le vent prenant dans la voile, nous nous sentîmes poussés vers le rivage.

Fritz, heureux du bon résultat de notre entreprise, jouait avec son singe et regardait orgueilleusement la Gamme rouge qui se déroulait gracieuse au haut du mât. Moi, je suivais du regard et du cœur mes bien-aimés, qu'à Taide de la lunette d'approche je venais de voir quitter la tente et accourir sur le rivage.

Tout à coup Fritz cria :

« Oh! père, un énorme poisson s'avance vers nous.

— Aux armes! lui dis-je, et attention! »

Nos fusils étaient chargés. L'animal dont Fritz venait de signaler l'approche n'était rien moins qu'un requin de la plus grande dimension.

« Tirons ensemble, » dis-je à Fritz au moment où le monstre marin, qui nageait à fleur d'eau , ouvrait la gueule pour saisir une de nos brebis.

Nos deux coups partirent à la fois. Le requin disparut.

Un instant après , nous aperçûmes à la surface de la mer l'écaillé brillante de son ventre, et une traînée de sang nous confirma que nous étions heureusement délivrés de ce terrible corsaire.

Je commandai à Fritz de recharger son fusil , car il pouvait bien se faire que ce requin ne fût pas seul. Heureusement, mes craintes étaient mal fondées.

Sans autre incident, après quelques minutes de navigation, nous abordâmes au rivage.

Ma femme et les trois enfants nous attendaient. Us saisirent la corde que je leur jetai pour lier l'embarcation ^ la côte. Les animaux, qui avaient pris terre d'eux-mêmes, furent débarrassés de leurs appareils. L'âne se vautra sur le sable de la façon la plus joyeuse, et ensuj^^. fit retentir un formidable hi han! traduisant

toute la joie qu'il éprouvait de sentir le sol ferme sous Bes pieds.

Après nous être embrassés et mutuellement félicités de nous retrouver tous sains et saufs à la suite de cette longue et périlleuse séparation , nous allâmes nous asseoir sur Therbe au bord du ruisseau ; et je fis le récu de tout ce qui nous élait arrivé. Je n'eus garde de refuser à Fritz les éloges qu'il méritait pour l'aide qu'il m avaU donnée.

CE QUI s'était passé A TERRE PENDANT NOTRE ABSENCE

L'idée de Fritz pour le transport du bétail excita l'admiration générale. Le bon petit François, lui, s'émerveillait bien plus à voir flotter la voile et la banderole.

« C'est plus joli que tout, dit-il. Oui, j'aime mieux le beau drapeau que les casseroles, que les bêtes, que le cochon surtout, et même que la vache.

— Petit fou, lui dit sa mère, tu changeras d'avis quand je te donnerai tous les matins une jatte de coco pleine de bon lait sucré. »

11 fallut apprendre à tous, avec les moindres détails, la façon dont nous avions organisé tout cela.

La curiosité satisfaite, nous nous mîmes à débarrasser nos cuves. Jacques, abandonnant cette corvée, se dirigea vers le bétail, et, sautant sur le dos du baudet, qu'il ne parvenait pas à débarrasser de ses deux tonnes, il vint à nous d'un air majestueux. Nous eûmes toutes les peines du monde à tenir notre sérieux devant ce comique équipage; mais quel ne fut pas notre élonnement, en voyant le petit cavalier entouré d'une cein* ture de poils dans laquelle étaient passés deux pistolets.

LE ROBINSON^SUISSE o3

(î Où as-tu pris ce costun[iedeconlrebandier?lui dis-je.

— Tout cela est de notre fabrique, » répondit-il en me montrant les dogues, munis chacun d'un collier hérissé de clous propres à les défendre de toute attaque.

« Bravo! mon fils, lui dis-je, si cela est de ton invention.

— Maman m'a aidé, répliqua-t-il, pour ce qu'il y avail à coudre.

— Mais où avez-vous pris la peau, le fil etles aiguilles? demandai-je à ma femme.

— Le chacal de Fritz nous a fourni la peau, réponditelle ; quant au reste, ajouta-t-elle en souriant, une femnie de ménage doit en être pourvue. »

Je crus comprendre que Fritz était peu satisfait de ce qu'on se fût approprié sans sa permission la peau de son chacal, il dissimula toutefois le mieux qu'il put sa mauvaise humeur ; mais s'étant approché de Jacques, il cria en se bouchant le nez :

a Pouah! Quelle odeur épouvantable!

— C'est la peau de ma ceinture, répondit tranquillement Jacques; quand elle sera sèche, il n'y paraîtra plus.

— Que Jacques reste sous le vent, dis-je, et nous ne serons nullement incommodés.

— C'est cela, dirent en riant les enfants, Jacques sous lèvent. »

Quant au petit espiègle, il s'inquiétait peu de la désagréable odeur qu'il portait avec lui , et se promenai! d'un air superbe en caressant ses pistolets.

Ses frères se hâtèrent d'aller jeter à la mer les débris du chacal.

Voyant que l'heure du souper approchait, je dis à Fritz d'aller chercher un des jambons de Westphalie qui se trouvaient dans les cuves.

Fritz ne tarda pas à revenir.

# Oh! un jambon! un jambon tout prêt à mangerî crièrent les enfants en battant des mains.

— Modérez-vous, dit la mère, car si vous n'aviez pour souper que ce jambon qui n'est pas cuit, vous pourriez

jeûner encore longtemps ; mais j'ai là des œufs de tortue avec lesquels je vous ferai, dans la poêle que vous avez eu le bon esprit d'apporter, une bonne omelette dans laquelle, Dieu merci, le beurre ne manquera pas.

— Les œufs de tortue, dit Eniest, toujours un peu désireux d'étaler son savoir, sont faciles k reconnaître à leur rondeur, à leur coque membraneuse, parcheminée et numide, et il n'y a d'ailleurs que les tortues qui déposent leurs œufs dans le sable de la côte.

— Comment les avez-vous découverts? demandai je.

— Ceci se rattache à l'histoire de notre journée, dit notre ménagère; avant de vous la conter, je crois qu'il serait mieux de songer à souper.

— Tu as raison, dis-je, fais-nous ton omelette, et gardons le récit pour le repas; ce sera un agréable entremets. Nous allons pendant ce temps, les enfants et moi, achever de mettre en lieu sûr la cargaison du bateau, et procéder à l'installation du bétail pour la nuit. »

A ces mots, mes fils se levèrent et me suivirent à la côte. Nous achevions, lorsque ma femme nous invita k venir faire honneur à son souper. Rien n'y manquait : omelette, fromage, biscuit; tout fut trouvé excellent, et le service de table, heureusement recueilli, ne contribua pas peu à l'agrément de notre repas. François seul, fidèle à sa vaisselle de calebasse, ne voulut pas revenir à ses couverts d'argent.

« C'est bien plus gentil, disait-il, de manger dans un joujou. ))

Les chiens, les poules, les chèvres et les moutons faisaient cercle autour de nous, comme spectateurs intéressés. Quant aux canards et aux oies, je m'inquiétais peu de leur repas, l'embouchure marécageuse du ruisseau leur fournissait en abondance des vers et de petits crabes, dont ils se montraient très-friands.

A la fin du souper, je fis apporter par Fritz une bouteille d'excellent vin, trouvée dans la cabine du capitaine, et je priai ma femme de prendre un verre de cette fortifiante liqueur avant de commencer son récit.

« C'est bien heureux, dit-elle en riant, que mon tour visnne enfin de dire mes hauts faits. Je n*ai rien à conter du premier jour, car Tinquiétude m'a retenue sur le rivage, sans que j'aie eu le courage de rien entreprendre. Je ne fus un peu rassurée qu'après avoir vu que vous étiez arrivés sans encombre au vaisseau. La journée se passa donc sans que nous nous soyons éloignés do la tenle. Je me bornai à former pour le lendemain le projet d'aller à la découverte d'un endroit plus confortable que cette plage, où nous sommes exposés à toute la rigueur du soleil pendant le jour, et au froid pendant la nuit. Je pensai à ce bois que vous aviez découvert, Fritz et toi, la veille, et je résolus d'y aller.

)) Le matin, comme je rêvais encore à mon projet sans en avoir rien dit aux enfants, qui venaient de se lever, Jacques s'empara du chacal de Fritz, et tailla avec son couteau, dans la peau de l'animal, deux larges courroies qu'il dépouilla et nettoya de son mieux.

» Cela fait, il garnit les courroies de longs clous, puis, avec un débris de toile à voile, il doubla l'intérieur de son ouvrage, et vint me demander de coudre solidemep» la toile avec le cuir, de manière à couvrir et à retenir la tête des clous. Je me rendis à son désir, malgré l'odeur peu agréable qu'exhalait cette peau. Une autre bande — qu'il voulut doubler de même — était destinée à lui faire une ceinture; mais je lui fis remarquer que cette courroie n'étant pas sèche encore, se retirerait considérablement et rendrait son travail inutile. Ernest lui donna en riant le conseil de clouer la peau sur une planche qu'il porterait sur lui et qu'il exposerait au soleil. Jacques, sans comprendre que son frère raillait, m\i le conseil en pratique, et je le vis bientôt, affublé de sa planche, se promener gravement au soleil.

» Je communiquai à mes fils m.on projet de déménagement, auquel ils donnèrent leur joyeux assentiment. En un clin d'œil ils se furent munis de leurs armes et chargés de nos provisions; je me réservai la bouteille à eau et

une hache. Escortés des deux chiens, nous dirigeâmes noire marche du côlé du ruisseau.

» Turc, qui nous avait accompagnés dans cette excursion, reconnut le chemin que vous aviez suivi, et lous précéda en se retournant fréquemment, comme s'il eût compris qu'il devait nous servir de guide.

» Mes deux jeunes fils marchaient résolûment, fiers qu'ils étaient de porter leurs ai'-mes; ils sentaient toute leur importance, car je ne leur cachais point que notre sécurité dépendait de leur bravoure et de leur adresse. J'appréciai en ce moment Tidée que tu avais eue d'apprendre à nos enfants le maniement des armes et de les rendre ainsi propres à connaître et à affronter le danger.

» Ce ne fut pas une petite affaire que de traverser le ruisseau, sur les pierres humides et glissantes; Ernest passa le premier sans accident, Jacques s'empara de ma hache et de ma bouteille à eau; je pris François sur mon dos. J'eus grand'peine à garder l equilibre avec mon cher petitfardoau qui joignait ses mains autourdemon cou et se collait de toutes ses forces sur mes épaules; enfin j'arrivai à l'autre bord, et, quand nous eûmes atteint la hauteur d'où tu avais découvert l'admirable paysage dont tu nous a parié avec tant d'enthousiasme, mon cœur s'ouvrit, pour la première fois depuis notre naufrage, au plaisir et li l'espérance. Nous entrâmes bientôt dans un vallon plein d'ombre et de verdure.

» Un petitbois se voyait à quelque distance; mais pour y arriver, il nous fallut traverser une prairie dont l'herbe haute et touffuecachait presque entièrement les enfants. Jacques trouva enfin un chemin découvert, où nous aperçûmes la trace que votre passage avait laissée la veille. Ces empreintes nous conduisirent, après plusieurs détours , tout près du bois.

)) Tout à coup nous entendîmes bruire les feuilles, et nous vîmes s'envoler du sol un grand oiseau. Chacun de mes petits hommes apprêta son fusil; mais l'oiseau était hors de portée avant qu'iU fussent en clat d* le viser.

D C'est dommage, dit Ernest en posant son arme avec dépit, que je n'aie pas eu mon petit fusil. D'ailleurs, si l'animal ne s'était pas envolé aussi vite, je l'aurais assurément abattu.

•*,) — Oui, lui dis-je, tu serais un adroit tireur au vol si le gibier t'avertissait un quart d'heure d'avance de son départ.

»— Mais je ne pouvais deviner, répliqua-t-il, qu'un oiseau allait se lever devant nous.

» — Ce sont justement de telles surprises qui rendent le tir au vol difficile : il faut, pour y réussir, non-seulement avoir le coup d'œil juste, mais encore posséder une grande présence d'esprit.

» — Quel peut être cet oiseau? demanda Jacques.

»— Un aigle, sans doute, dit François, car il avait des ailes très-larges.

)) — Cela ne prouve rien, dit Ernest, tous les oiseaux à larges ailes ne sont pas des aigles.

» — Je suppose, repris-je, qu'il étaitsursonnid quand il s'est envolé; essayons de trouver ce nid, et peut-être serons-nous mieux renseignés.

» Jacques, l'étourdi, s'élança aussitôt vers l'endroit d'où était parti l'oiseau; mais à l'instant un autre oiseau semblable au premier s'envola , effleurant de son aile puissante le visage du petit brave, qui resta tout ébahi et presque effrayé.

» Les autres enfants , non moins étonnés, gardèrent l'arme basse devant ce nouveau gibier.

» — Maladroits chasseurs, leur dis-je, est-il possible que révénemcnl de tout à l'heure vous ait si peu profité? Je vois bien que vous avez encore besoin des leçons de votre père.

» Ernest se dépitait; quant à Jacqu^^s, il ôta son chameau, et, faisant un salut comique au fugitif qui déjà n'était plus qu'un point dans l'azur du ciel : « Au revoir, monsieur l'oiseau, dit-il ; à une autre fois! je suis votre tout dévoué serviteur. »

» Ernest découvrit bientôt le nid que nous cherchions.

Il était construit fort grossièrement, et ne contenait que

des coquilles d'œufs brisées. Nous dûmes en conclure que la nichée était partie depuis p.eu.

» — Ces oiseaux ne sauraient être des aigles, remarqua Ernest, car les aiglons ne peuvent courir aussitôt après être nés, ainsi qu'ont dû le faire les jeunes qui sont éclos dans ce nid. Le contraire a lieu chez les poules, les pintades et autres volatiles de la même famille. Je suis donc porté à présumer que les oiseaux dont nous venons de trouver le nid sont des outardes; car, outre ce premier détail qui m'apprend à quelle famille ils appartiennent, vous avez pu voir comme moi qu'ils avaient le plumage d'un blanc fauve en dessous, et mêlé de noir et de roux en dessus. J'ajouterai que le dernier portait sur le bec de longues plumes effilées formant moustal:hes, signe caractéristique du màle.

» — Au lieu de l'examiner ainsi, dis-je à mon petit savant, qui se rengorgeait un peu après l'étalage de son érudition, tu eusses mieux fait de l'ajuster; tu aurais couru la chance de pouvoir faire plus sûrement les observations... Mais, ajoutai-je, il vaut mieux, après tout, l'avoir laissé à ses petits.

» Bn causant de la sorte, nous avions atteint le petit bois. Une foule d'oiseaux inconnus peuplaient les arbres, e4. faisaient entendre un concert des plus variés. Les enfants se préparaient à tirer; mais je leur fis observer que la hauteur prodigieuse des arbres sur lesquels ces gais chanteurs étaient perchés rendrait leurs coups infructueux.

» La forme, la grosseur extraordinaire de ces arbres gigantesques nous surprit singulièrement. C'étaient des troncs énormes, soutenus par de puissantes racines aériennes qui se ramifiaient à l'infini en s'implantant dans le sol sur une étendue considérable. Jacques, grimpé sur une de ces racines, mesura avec une corde la circonférence d'un de ces troncs. Ernest calcula qu'elle ne devait pas avoir moins de quarante pieds, cl l'élévation du tronc, pîus de quatre-vingts. Le dôme formo

par les racines en forme d'arceaux en avait soixante, et formait une sorte de voûte merveilleuse. Rien ne nf a jamais plus ému que la vue dè cette splendide végétation, dix ou douze arbres formaient ce que nous avions pris pour un bois. Les branches s'étalaient au loin, et 1feuillage, qui rappelle pour la forme ceux de nos noyers d'Europe, répandait un ombrage délicieux. Au-dessous, la terre était tapissée d'herbe verte, fine et moelleuse qui nous invitait au repos.

» Nous nous assîmes. Les sacs de provisions furent ouverts, un ruisseau qui murmurait tout près de là nous fournit de l'eau fraîche et claire, et la multitude d'oiseaux qui chantaient sur nos têtes donnaient à notre repas un air de fête. Aucun de nous ne manquait d'appétit.

» Nos chiens, qui nous avaient quittés depuis quelque temps, revinrent à nous. A notre grand étonnement, ils ne quêtèrent aucune nourriture, se couchèrent sur l'herbe, et s'endormirent tranquillement; ce qui nous fit comprendre qu'ils avaient trouvé à déjeuner dans leur course.

» L'endroit où nous étions me parut si agréable, que je crus inutile d'en chercher un autre pour notre prochain établissement.

» Je résolus donc de retourner de là sur nos pas, et d'aller à la côte tâcher de recueillir tout ce que le vent aurait poussé au rivage des débris du navire. Jacques, avant de partir, me pria de coudre les colliers et la ceinture de peau qu'il n'avait cessé de porter suspendus sur son dos, et qui étaient alors entièrement secs. Ce travail accompli, il s'affubla aussitôt de sa ceinture, dans laquelle il passa ses pistolets, et, tout fier, il prit les devants pour se montrer plus vite à vous au cas où vous seriez débarqués pendant notre absence. Nous fûmes obligés de presser le pas pour ne point le perdre de vue.

» Au rivage je ne trouvai que peu de chose à emporter, car les objets que nous pûmes atteindre étaient trop lourds pour nos forces. Pendant ce temps, nos chiens côtoyaient

la rive, et je les voyais plonger les pattes dans Teaii pour en retirer de petits crabes qu'ils mangeaient avec avidité.

)) — Voyez, mes enfants, voyez, dis-je, comme la faim rend industrieux; nous n'avons plus ni à nous inquiéler de la nourriture de nos dogues, ni à craindre d'être dévorés par eux, puisque la mer leur offre une nourriture abondante.

» — Nos chiens nous dévorer î Qu'ils y viennent ! s'écria Jacques en portant fièrement la main à ses pistolets.

» — Petit fanfaron, lui dis-je en l'embrassant , que pourraient tes pistolets contre deux animaux de cette taille? Ils t'avaleraient comme un oiseau.

» — Bill et Turc sont bien trop bons pour vouloir nous manger, dit le petit François, et c'est bien mal à monsieur Jacques de penser tout de suite à leur tirer des balles. Maman! ôte-lui ces pistolets, à ce méchant.

» — Sois tranquille, dit Jacques à François en Tembrassant, je ne leur veux pas plus de mal que toi, à nos bons chiens; c'est pour rire ce que j'ai dit là, petit François.

» En quittant le rivage, nous aperçûmes Bill qui grattait la terre et en tira une boule, qu'elle avala du meilleur appétit.

» — Si c'étaient des œufs de tortue! dit Ernest.

» — Des œufs de tortue! dit François! les tortues c'est donc des poules...

)) Tu juges de la gaieté de Jacques et d'Ernest à celte question de François. Quand elle fut calmée :

» — Profitons de la découverte de Bill ! m'écriai-je, car j'ai entendu dire que ces œufs sont un excellent manger.

» — Je crois bien , dit Ernest, qui se délectait déjà à Vidée de savourer ce mets friand.

» Ce ne fut pas sans peine que nous éloignâmes BiP de ce repas qu'elle trouvait fort à son goût. Bien qu'elle eût déjà fait disparaître plusieurs œufs, il en restait encore une vingtaine, que nous mîmes avec soin dans nos sacs à provisions*

» En regardant la mer, nous aperçûmes la voile de votre bateau. François craignait que ce ne fussent des sauvages qui nous tueraient, mais Ernest affirma que c'était votre barque, et il avait raison, puisque peu d'instants après vous abordiez au rivage et que nous nous embrassions.

» Telles sont, mon ami, nos aventures. Je cherchais un logement, je Tai trouvé, je suis ravie, et, si tu veux m'en croire, dès demain nous irons nous établir sous ces magnifiques arbres; la vue, de là, est superbe et ïe lieu est exquis!

Q"iol! chère femme, dis-je en plaisantant, des arbres! C'est là tout ce que tu as découvert pour notre sûreté et notre demeure ; je comprends fort bien que s'ils sont aussi grands que tu le dis, nous pourrons y trouver un refuge pendant la nuit; mais, pour y monter, il nous faudrait un ballon, ce qui n'est pas chose facile à fabriquer, ou des ailes.

— Plaisante tout à ton aise , dit-elle, mais je sais bien que l'on pourrait construire sur ces arbres , entre les grandes branches, une cabane à laquelle aboutirait un escalier de bois; ne voit-on pas souvent la même chose en Europe; ne te rappelles-tu pas, par exemple, ce tilleul de notre pays qui renfermait un pavillon et qu*on appelait, à cause de cela, V Arbre de Rolnnson?

— A la bonne heure, dis-je, mais nous ne pourrons songer que plus tard à exécuter ce difficile travail. »

Cependant la nuit était venue, et la conversation, en se prolongeant, nous avait fait oublier l'heure du repos. Nous fîmes ensemble la prière du soir, et nous nous endormîm.es, ravis d'être réunis, pour ne nous réveiller %\iQ le lendemain, aux premiers rayons du soleil.

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