‹ Le nouveau spectre rougeChapitre 2 sur 7 · RICHELIEU · texte numérisé non relu

RICHELIEU

Montluc, qui fit pendre, arquebuser, noyer quelques vingt mille huguenots, rapportent les audaces de Thérésie.

« Les ministres, écrit Montluc, preschoient publiquement que *8'ils (les paysans de la Guyenne) se mettoient en religion, ils ne payeroient aucuns devoirs aux gentilshommes, ni au roy aucunes tailles, que ce qui luy serait ordonné par eux. Autres preschoient que les roys qe pouvoient avoir aucune puissance que celle qui plairoit aux peuples. Et de faict, quand les procureurs des gentilshommes demandoiept des rentes à leurs tenanciers, ils leur respondoient qu'ils leur montrassent en la Bible s'ils les dévoient payer ou non, et que si leurs prédécestours avoient été sots et bestes, ils n'en vouloien) point estre. Quelques-uns de la noblesse commençoient à se laisser aller, de telle sorte qu'ils entroient en composition avec eux, les priant de les laisser vivre en seurelé dans leurs mai-

sons avec leurs labourages, et quand aux rentes et fiefs ils ne leur en demandoient point. »

Le résultat probable du triomphe de la Réforme en France était alors l'émaDcipation des communes et une fédération républicaine des provinces. En admettant même que l^s éléments aristocratiques de Thérésie prissent le dessus, Tavénement du parlementarisme devenait la moindre conquête qu'on en pût attendre. Et quel peuple aurait fait de nous la Révolution si elle avait suivi cette voie progressive, logique, indiquée dès le onzième siècle par les républicains obscurs qui affranchirent leurs communes, continuée au quatorzième par Estienne Marcel I L'abjuration de Henri IV débarrassa l'hérésie de ses adeptes royalistes, et, s'il affaiblit numériquement son armée, donna en même temps plus de force aux grands principes qui marchaient de front avec, la rénovation religieuse.

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En 1625, la Saintonge, le Poitou, la Guyenne, le Languedoc appartenaient de fait au calvinisme. Au milieu de la France monarchique, des villes s'étaient déclarées libres et se gouvernaient d'après leurs propres lois : telles Privas, La Rochelle, Mais. Richelieu alors joua la suprême partie de l'absolutisme catholique contre la liberté politique et la liberté de conscience. Dix ans après la Raison d'État triomphait avec l'unité»

C'en était fait sans doute des prétentions féodales de la noblesse, mais c'en était fait surtout des espérances démocratiques, des aspira^ tiens fédéralistes du Tiers-État. Le cardinal, ayant vaillamment bâclé le gros de la besogne, léguait à ses timides continuateurs une tâche facile.

Mazarin, en face de menées ambitieuses mal dissimulées par un semblant de parlementarisme, aura bon marché de la noblesse. Si le

Ai LE SPECTRE ROUGE.

regain da calvinisme, si les revendications politiques mal éteintes, si les souffrances sociales suscitent encore çà et là quelques ferments de révolte, l'insurrection, circonscrite dans une contrée, sera lentement peut-être, mais toujours sûrement vaincue. Ainsi des sabotiers en Sologne, et plus tard des Gamisards dans les Gévennes,

Voici apparaître le Roi-soleil. Il n*est plus en France qu'une ville, Versailles, et cette ville est une cour. Les querelles des partis ne se vident plus sur les barricades ni sur les champs de bataille, mais dans les antichambres royales. Les meilleurs esprits n'échapperont pas à cette contagion de servilisme. C'est en flattant « Louis » que Molière parvient à racheter les hardiesses du Tartuffe. La révocation de Tédit de Nantes ruine et dépeuple un tiers du territoire fransais sans qu'une rébellion armée réponde a ce crime de lèse-nation. Et cependant le catholicisme agonise. La dévotion du grand siècle est

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