‹ Le nouveau spectre rougeChapitre 4 sur 7 · PRAIRIAL. S · texte numérisé non relu

PRAIRIAL. S

cusateur public, qui mourait sans foi politique comme il avait vécu, toi, canaille, tu n'as pas de pain ! » Il disait vrai. La question sociale, posée dès le début de la Révolulion, sans étalage de mois, mais nettement posée, étouffée depuis par des luttes de personnalités et de factions, n avait pu suivre un cours paciGque et normal; elle renaissait impérieuse, menaçante. En attendant qu'elle produisit le manifeste des Égaux, elle poussait au 4 Prairial des femmes en gue* nilles sur les fusils des sections thermidoriennes, armait de piques les faubourgs, envahissait la Convention et se traduisait par ce cri de désespoir et de colère : Du pain! du pain {\)l

— Du pain et la Constitution de 93 ! criaient quelques voix. C'était, au fond, Tarsenal des lois

(1) Voir sur rinsurrection de prairial an III (1795) le remarquable travail de M. Glarclic : les Derniers Montagnards. Paris, 1868.

terroristes que les sans-culotles disputaient maintenant aux Thermidoriens. Ils cherchaient à le ressaisir, trop oublieux de la facilité avec laquelle la réaction Tavait tourné contre le peuple, et la Terreur rouge se dressait de nouveau en face de la Terreur bleue.

La Convention autourde laquelle vint se grou^ per une armée de muscadins, triompha. Elle profila de sa victoire pour en finir avec la petite minorité révolutionnaire qui siégeait encore dans son enceinte. Sous Tabsurde accusation d'avoir organisé les émeutes de Prairial^ d'avoir soufflé aux femmes des faubourgs leur cri de misère, six représentants, Homme, Dnquesnoy, Goujon, Duroy, Bourbotte, Soubrany, furent arrêtés et condamnés à mort. Trois seulement furent exécutés ; les trois autres se poignardèrent dans leur prison. Comme les derniers Girondins, ces derniers Montagnards voulurent mourir en

Page 1