‹ Le nouveau spiritualismeChapitre 16 sur 86 · CHAPITRE IU · texte numérisé non relu

CHAPITRE IU

l'école de la tradition

L'école éclectique a effacé toutes les autres par le nombre des philosophes qui en ont été les organes dans renseignement et dans la littérature, par 1 éclat et la variété des œuvres sorties de leurs mains, par l'étendue et Y exactitude de leur érudition, surtout par la merveilleuse éloquence et l'incomparable activité de son chef. Elle n'est pourtant pas celle qui a laisse le plus de spéculations métaphysiques, dans le sens propre du mot. C'est une école essentiellement, peutêtre pourrait-on dire purement psychologique et historique. Le beau livre d'Emile Saisset sur la théodicée est plus remarquable par la critique que par la doctrine 1 . Les idées originales et les vues fécondes n'y abondent point. Autre est la méthode d'une école dont le vrai nom me semble devoir être l'école traditionnelle, parce qu'elle s'est plus attachée à faire revivre d'anciennes doctrines qu'à en présenter de nouvelles, plus conformes aux aspirations de la pensée moderne.

G est vers la fin d'une carrière aussi glorieuse qu'agitée que Lamennais a tiré de ses cartons et publié un

im Essai <** Philosophie religieuse.

livre qui embrasse à peu près, dans une forte synthèse logique, tous lès grands problèmes de la philosophie, Dieu, la nature, l'homme, la société, l'art. V Esquisse (Tune philosophie fut l'oeuvre des méditations de toute sa vie. C'est parce qu'il y pensait toujours, la remaniant sans cesse, qu'il ne s'est décidé à la produire au jour qu'au moment où sa pensée s'est enfin fixée sur les points principaux et sur leur enchaînement systématique. C'est le livre d'une de ces fortes intelligences dont la pensée change et se développe toujours dans le sens du progrès, tout en conservant la base d'une première tradition. Catholique ultramontain au début, il a beau devenir philosophe révolutionnaire, au point de scandaliser l'Église dont il avait été le grand docteur contemporain, il reste chrétien et théologien pour le fond de la doctrine. On en jugera par l'objet et la méthode de son ouvrage. Il n'a pas de la philosophie une idée moins haute que Platon, Malebranche. Spinosa, Schelling et Hegel. « L'objet propre (de cette science) est Dieu, la création et ses lois. Une bonne philosophie doit donc présenter un système de conceptions dans lequel les phénomènes, liés entre eux, viennent, pour ainsi dire, se classer d'eux-mêmes, comme ils se classent sous nos yeux dans l'univers. Elle doit reproduire en quelque sorte, le monde intellectuel, typedu monde des sens, qui n'en est qu'une obscure image *. »

On me permettra d'emprunter de nombreuses et larges citations à un livre peu connu, malgré la popularité de l'auteur, dont l'éloquence, bien plus que la métaphysique, a fait la gloire. Qui dit système dit unité, non pas une unité purement logique et verbale, mais une unité vivante qui relie les idées dans leur réalité effective, indépendamment des formes du langage. Mais

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