Esquisse d'une philosophie, t. I, 1. I, ch. v, p
la métaphysique. Comment fera l'auteur pour en descendre ? L'Être en soi, l'Être par excellence, l'Être, en un mot, c'est Dieu. « Il est celui qui est: voilà son nom, et ce nom, répété de monde en monde, circule comme la vie dans l'univers. Toute langue le prononce, tout bruit le murmure. Tout ce qu'on dit de l'être doit être dit de Dieu. Dieu est donc un, infini, incompréhensible *. » Incompréhensible, en effet, dirons-nous, si Ton fait de ce Dieu un être réel ; tout ce qu'il y a de plus clair, si l'on en fait une abstraction logique, parce qu'il est tout ce qu'il y a de plus simple. Quant à son unité, à son infinité, à son universalité, voilà encore des caractères que l'être en soi doit à l'abstraction. L'auteur le sent si bien qu'il se hâte d'ajouter : « La notion de Dieu n'est pas uniquement la simple notion générale de l'Être. Dieu est l'être infini, considéré soit dans ses rapports avec les êtres finis, soit dans ce que sa propre essence renferme de nécessaire et de distinct. »
Comment l'essence divine, dont Fêtre est le fond, peut-elle comporter des propriétés distinctives ? C'est ce que notre philosophe ne cherche point à s'expliquer. Ce Dieu, dont il a fait l'Être infini, absolu, immuable, un et indivisible dans sa substance, il va nous le montrer avec de tout autres attributs. On ne comprendrait rien à la philosophie de Lamennais, si l'on se la figurait, d'après certaines apparences, comme une œuvre d'imperturbable logique , à la façon de l'Éthique de Spinosa. Il est éclectique par tradition, bien qu'il ait professé son horreur pour l'éclectisme contemporain. On sait que la tradition théologique se partage en deux courants, qui viennent se réunir dans la formule générale du dogme chrétien. Après avoir spéculé