Ibid., 1. II, ch. v, p
Tidée même est contradictoire. L'existence d'une chose qui limite implique celle d'une chose limitée. » Encore une de ces explications métaphysiques d'une apparente clarté qui ne tiennent pas devant la véritable lumière de la vérité. Celle-ci peut séduire l'imagination. La matière étant à l'être proprement dit ce que l'ombre est à la lumière, la pensée se retrouve et se complaît au premier abord dans une pareille représentation des choses. Mais n'est-ce pas le cas de répéter que comparaison n'est pas raison, quand il s'agit, non pas de nous représenter, mais de nous expliquer la réalité? Si notre philosophe n'avait pas sur le monde intelligible l'illusion de l'école idéaliste qui remonte à Platon, il comprendrait que de l'idée à la réalité il y a un abîme que toutes les métaphores ne sauraient combler. Jamais la philosophie et la science de notre temps n'accepteront une définition aussi négative de la matière.
Quoi qu'il en soit, voilà la création divine expliquée, non sans peine. Dieu n'entre pas tout entier dans son œuvre. Il garde ses attributs métaphysiques dans les profondeurs de son essence ; mais il ne peut créer sans que les Personnes qui sont en lui n'entrent en jeu. Puissance, intelligence et amour, il met tout cela dans sa création. « Donner 1 être, ce n'est pas donner la substance seule; c'est encore donner ce qui est inhérent à la substance, ce qui n'en saurait être totalement séparé, la puissance ou la force, l'intelligence, l'amour. Ainsi, dans tout ce qui est, il y a, quoique sous des formes diverses, et à des états divers, quelque chose du Père, du Fils et de l'Esprit. Seulement, le êtr*>\ qU1 en a conscience n'existe pas dans tous les connà^M DieU GSt P artout > da *s l'homme qui le aux ni il lad °re, dans le grain de sable qu'il foule
pation de' !* ™? ne * erait > s ^ û n ' ét ^t P*s une participe son être, O Dieu! oui, tout est de vous, et
n'est pas de vous uniquement, comme l'effet, le produit de votre opération toute-puissante, mais comme un écoulement de votre être indivisible et immuable 1 ! » Ne croirait-on pas entendre un Père de l'Église alexandrin, ou un philosophe chrétien du xvii siècle?
Lorsque Fauteur descend des sommets de la métaphysique et de la théologie aux réalités de la physique et de la psychologie, il n'oublie jamais les principes qu'il vient d'établir. V Esquisse d'une philosophie, avec ses trois volumes (et elle devait en avoir cinq), est un système fortement conçu et organisé. Si ce n'est pas tout à fait un enchaînement de propositions more geometricoy à la façon de Spinosa, c'est un ensemble de pensées qui toutes se tiennent par le rapport logique des principes aux applications. C'est Dieu, avec sa Trinité de Personnes, qui explique tout, la nature, Fhomme, la société, l'art. L'esthétique, la politique, la morale, la psychologie, la physiologie, l'histoire naturelle, l'astronomie, reçoivent leur plus haute lumière de la théologie et de la métaphysique.
Voilà ce qui fait de YEsquisse dune philosophie une œuvre à part dans l'histoire de la philosophie spéculative. Si le fond des idées n'a rien qui ne lui vienne de la tradition théologique, la forte synthèse logique de ces idées lui appartient. En cela, elle est originale ; car nul livre de notre temps n'offre ce caractère. Elle fait moins penser à YÉthique de Spinosa qu'à la Somme de ces grands scolastiques dont saint Thomas est le type. Est-il nécessaire d'ajouter qu'il n'en a pas la sécheresse, bien qu'il semble en avoir parfois retenu la subtilité ? Si la critique a été trop sévère envers cette philosophie en n'y voyant qu'une science de mots, elle serait injuste en faisant le même reproche à l'illustre auteur de