‹ Le nouveau spiritualismeChapitre 23 sur 86 · I. Ibid., 1. II · texte numérisé non relu

I. Ibid., 1. II

Y Essai sur Findiflerence. Ce n'est pas avec des mots qu'il a fait son système, mais avec des idées abstraites, empruntées aux vieilles écoles idéalistes. Du reste, il n'est point assez étranger aux sciences modernes pour n'en pas connaître les grandes révélations. Il s'efforce même, sans trop y réussir, de faire rentrer certaines vérités scientifiques dans le cadre de sa logique et de sa métaphysique traditionnelle.

Sa philosophie de la nature, sans être aussi savante et aussi originale que celle de Schelling et de Hegel, n'en est pas moins un essai d'explication rationnelle des phénomènes de la nature par les formules de la métaphysique. Lui aussi a sa triade, qu'il poursuit, sous toutes ses formes, dans tous les mouvements de la vie universelle. Dans la constitution des êtres inorganiques, c'est la force, la forme et l'attraction. Dans le jeu des forces générales de la nature, c'est le calorique, la lumière, l'électromagnétisme. Dans la constitution des êtres organisés, c'est la spontanéité, l'individualité, la vie. Dans la vie morale, c'est la sensibilité, la raison, la volonté. Dire que les choses de la nature et de l'esprit s'adaptent toujours bien à ses formules, et que de cette application jaillisse une véritable lumière, serait donner une idée trop avantageuse de cette partie du livre. La vérité est qu'il ne sort pas d'explications bien instructives de toutes ces spéculations, et que l'art de l'ouvrier est plus admirable que l'œuvre elle-même, considérée dans sa portée philosophique. Toute cette philosophie de la nature, fort peu rajeunie par les emprunts faits aux sciences positives, sent trop la vieille tradition. Citons, pour en finir, quelques belles paroles, inspirées par une vue générale de l'Univers : « L'univers est nécessairement esprit et matière. Il est la réalisation des idées divines par la distinction devenue limite. Supposez l'absence de la force, sa substance devient

une pure abstraction. Supposez l'absence de la forme et de Tordre, que devient l'être sans son principe constitutif? Supposez l'absence d'un principe d'union, l'univers se dissipe et fuit dans le néant. Sortie de Dieu, la création aspire, en quelque sorte, à retourner vers lui, parce qu'en lui est son terme, ainsi que son origine. Elle se dilate au sein de son immensité par un progrès sans fin, qui n'est qu'un don inépuisable de lui-même. Il l'attire à lui en s'épandant en elle. Il la pénètre, il la féconde, il se prodigue à elle pour accomplir incessamment une union toujours intin\e qui ne sera jamais consommée *. Voilà un langage où se reconnaît la grande tradition des Pères alexandrins, mais qui explique le médiocre succès d'un livre qui a tant coûté de méditations à son auteur. Cette manière de penser et de dire n'est plus de notre temps, moins parce qu'il en choque l'esprit positif que parce qu'il n'en satisfait point l'esprit scientifique. Platon, Plotin, saint Augustin, Origène, Fénelon, Bossuet, Malebranche ont mieux parlé encore de ces choses que l'éloquent écrivain de VEssai sur l indifférence. Leur voix se perdrait aujourd'hui avec la sienne dans le tumulte des intelligences à la recherche de nouvelles solutions de l'éternel problème. Pouvait-on mieux dire en ce sens que l'évêque de Meaux? « L'image de la Trinité reluit magnifiquement dans la créature raisonnable, dans l'homme. Semblable au Père, elle a l'être ; semblable au Fils, elle a l'intelligence ; semblable au Saint-Esprit, elle a l'amour. Elle a dans son être, dans son intelligence, dans son amour, une même félicité et une même vie. Vous ne sauriez lui en rien ôter sans lui ôter tout. * Il n'y a pas de plus parfait contraste entre deux

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