De rHumanité, 1. V, p
En place du mot ciel , terme emprunté à la langue de la théologie mystique, mettez le mot populaire Dieu, ou le mot plus métaphysique l'Être, l'Infini, la Substance, vous avez une conception qui rappelle celle de Spinosa, surtout si vous y ajoutez le passage suivant : « Il y a donc deux ciels : un ciel absolu, permanent, embrassant le monde entier, et chaque créature en particulier, et dans le sein duquel vit le monde et chaque créature ; et un ciel relatif, non permanent, mais progressif, qui est la manifestation du premier dans le temps et dans l'espace... Le premier est, il est toujours, il est partout. Et toujours et partout les créatures communiquent avec lui, car c'est lui qui les contient, qui les soutient, qui les fait vivre. Nous puisons notre raison en lui, notre amour en lui, la force et la lumière de nos sens en lui... Quant à l'autre ciel, c'est la vie du monde et des créatures, c'est la vie puisée en Dieu, c'est la vie manifestée ; c'est le temps, c'est l'espace ; c'est le fini, manifestation de l'infini ; le présent, manifestation de l'éternel... Notre foi est que le premier ciel, le souverain ciel, ou Dieu, l'invisible, l'éternel, l'infini, se manifeste de plus en plus dans les créations qui se succèdent, et qu'ajoutant création à création , dans le but d'élever de plus en plus à lui les créatures, il s'ensuit que des créatures de plus en plus parfaites sortent de son sein, à mesure que la vie succède à la vie. C'est ainsi que, sur notre globe, l'humanité a succédé à l'animalité. L'homme, a dit Gœthe, est un premier entretien de la nature et de Dieu *. »
Il ne faut point que quelques expressions, sentant le spinosisme, nous fassent prendre le change sur la véritable pensée de Pierre Leroux. S'il a du goût pour cette philosophie, c'est seulement en la regardant par