Ibid., p
Mais comment atteindre l'absolu? Trois écoles s'y efforcent, depuis les commencements de la philosophie, chacune par une méthode qui lui est propre. Le matérialisme y emploie la méthode naturelle ; l'idéalisme, la méthode dialectique ; le spiritualisme, la méthode psychologique. La première méthode, selon M. Ravaisson, est essentiellement élémentaire : elle n'est pas radicalement fausse, mais seulement inférieure et incomplète. Bonne pour l'analyse et les réalités, à l'explication desquelles l'analyse suffit, elle est impuissante pour la synthèse et pour les réalités que l'analyse ne suffit point à faire comprendre. Un tout résolu en ses éléments, ceux-ci en d'autres, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'on parvienne à des éléments indécomposables : il peut sembler qu'on a expliqué ce tout, qu'on en a complètement rendu raison. Une pareille méthode n'aboutit qu'à l'atomisme, c'est-à-dire à la substance élémentaire absolue. Cet absolu ne suffit point à la pensée; car, si ce n'est pas tout à fait le néant, c'est tout au moins le minimum de l'être *. C'est donc dans la synthèse qu'il faut chercher l'absolu. Mais quelle synthèse?
Il en est une qui se borne à concevoir le principe de composition duquel la matière tient sa forme, sous la notion générale d'une unité à laquelle se coordonne la diversité matérielle, et qu'on ne peut définir que par le retranchement des circonstances particulières et différentielles, comme on distingue des espèces leur genre, ainsi que semblent l'avoir fait Platon et Malebranche, dans leur théorie des idées. L'idéal ainsi conçu n'est que la conception graduelle d'une forme de l'existence de plus en plus simple, à mesure qu'on s'élève dans l'échelle des abstractions, et qui aboutit à l'être pur, lequel, au lieu d'être la perfection de l'exis-