I. Ibid., p
sible, par les voies les plus courtes, par les moyens les plus simples ; qu'il se dépense le moins possible de force et se produit toujours le maximum d'effet : toutes variantes d'une règle générale de sagesse. Dans la cosmologie générale ou élémentaire, depuis Copernic et Kepler surtout, nulle grande découverte qu'on ne voie suggérée par quelque application d'une croyance expresse ou tacite à l'universelle harmonie. Lors donc qu'une science physique exclusive croit pouvoir bannir absolument ou remplacer toute métaphysique, on peut dire, à la lettre, qu'elle ne sait ce qu'elle fait. Newton disait : « Physique, garde-toi de la métaphysique ! » C'était dire, remarque quelque part Hegel, «Physique, préserve-toi de la pensée ! » Mais qui peut, et quelle science notamment, se passer de toute pensée ? Point de savant, point d'inventeur surtout qui ne se serve à chaque instant, fût-ce à son insu, de ce principe, que tout, au fond, est intelligible, donc conforme à l'intelligence. Dans ce monde matériel des phénomènes, où l'expérience ne trouve, sous le nom de causes physiques, que de simples conditions, elle ne saurait s'orienter et elle n'avance qu'éclairée par l'idée de la vraie cause, de la cause à la fois efficace et finale, qui n'est autre que l'immatériel esprit *. »
Et d'où vient cette lumière nouvelle qui nous fait voir les choses sous un aspect si différent du point de vue matérialiste ? Toujours de l'expérience, mais d'une expérience intime, dans laquelle la pure spéculation à priori n'est pour rien. On ne se lasse point de citer d'aussi fortes paroles : « Du point intérieur et central de la réflexion sur soi, l'âme ne se voit donc pas seulement, et aussi, comme en son fond, l'infini d'où elle émane ; elle se voit, elle se reconnaît, plus ou moins
i.lbid., p. 256, 257.
différente d'elle-même, de degré en degré, jusqu'à ces extrêmes limites où, dans la dispersion de la matière, toute unité semble s'évanouir, et toute activité disparaître sous l'enchaînement des phénomènes. De ce point de vue, puisque Ton trouve ^dans 1 'âme tout ce qui se développe dans la nature, on comprend cette sentence d'Aristote, selon laquelle l'âme est le lieu de toutes les formes. Puisque les objets nous apparaissent alors comme représentant par des formes dans l'espace les phases que l'âme parcourt dans la succession de ses états, on comprend cette sentence de Leibniz, que le corps est un esprit momentané. Et puisqu'enfin l'âme elle-même, dans le progrès de sa vie, déroule d'une manière successive ce que contient, comme en un présent indivis, l'esprit pur, on comprend cette autre sentence des mêmes penseurs, résumant en une brève formule tout l'esprit de la haute doctrine platonicienne, que ce qui se développe dans la variété du fini, c'est ce que l'infini concentre dans l'unité. La nature, pourrait-on dire, est comme une réfraction ou dispersion de l'esprit * . »
Contre un spiritualisme ainsi fondé, on ne voit pas quelles objections pourrait soulever la critique. S'il prend son point de départ dans la psychologie, il trouve sa confirmation dans la science positive. Laissant à celle-ci le problème du comment des choses, il se réserve le problème du pourquoi. Au lieu de la condition élémentaire que poursuit toujours et partout la science proprement dite avec autant de succès que de profit, il s'attache à la véritable cause, c'est-à-dire à la cause finale, à la fin vers laquelle tendent toutes choses, soumises, selon leur nature et leur rang, à la loi de l'attraction physique, à la loi de l'instinct, à la loi de la volonté et de l'amour.