‹ Le nouveau spiritualismeChapitre 41 sur 86 · Psychologie, leçon xxin · texte numérisé non relu

Psychologie, leçon xxin

pas sensiblement de celle-ci. Lui aussi reconnaît, avec la science contemporaine, la loi mécanique du déterminisme qui régit tout, la nature, l'homme et l'humanité, Lui aussi reconnaît, avec tous les grands métaphysiciens, la loi supérieure de finalité qui gouverne tout, en définitive, la nature, l'homme et l'humanité, comme une providence qui se sert de la fatalité pour arriver au bien, cause suprême et véritable Dieu de ce monde. Tout est soumis aux lois de la mécanique, et le monde n'est qu'un immense déploiement de forces. Mais les mouvements par lesquels ces forces se manifestent ne sont, pour ainsi dire, que la matière des choses, et leur direction est telle, que leur ensemble produit un ordre merveilleux. Pour que tous les systèmes partiels s'accordent en un système total, t il faut l'accord réciproque de toutes les parties de la nature, et cet accord ne peut résulter que de leur dépendance respective à l'égard du tout; il faut donc que, dans la nature, l'idée du tout ait précédé et déterminé l'existence des parties; il faut en un mot que le monde soit soumis à la loi des causes finales. » Avec le mécanisme, il n'y a jamais d'explication définitive. En vertu même de la loi des causes efficientes, le phénomène auquel on arrive n'a pas moins besoin d'être expliqué par un phénomène antécédent que celui dont on part. Si donc toute explication doit partir d'un principe qui s'explique par lui-même, il est évident que la véritable explication des phénomènes ne peut être cherchée dans cette série infinie de causes qu'on mettrait une éternité à traverser, sans atteindre au but. t L'ordre des causes finales est affranchi de la contradiction qui pèse en quelque sorte sur celui des causes efficientes; car, bien que les diverses fins de la nature puissent jouer l'une à l'égard de l'autre le rôle des moyens, et que la Nature tout entière soit peut-

être suspendue à une fin qui la surpasse, chacune de ces fins n'a pas moins en elle-même une valeur absolue, et pourrait, sans absurdité, servir de terme au progrès de la pensée * . > Seul le bien est vraiment intelligible, parce que seul le bien se suffit à lui-même. Le réel, c'est l'intelligible. Le bien est donc la seule vraie réalité, sous les apparences auxquelles se laissent prendre la sensation et l'imagination, et c'est en lui qu'il faut chercher toute explication définitive. « La science proprement dite ne porte que sur les conditions matérielles de l'existence véritable, qui est ellemême finalité et harmonie ; et puisque toute harmonie est un degré, si faible que ce soit, de beauté, ne craignons pas de dire qu'une vérité qui ne serait pas belle ne serait qu'un jeu logique de notre esprit, et que la seule vérité solide et digne de ce nom, c'est la beauté. » C'est là toute la métaphysique et toute l'esthétique de l'école nouvelle dont MM. Ravaisson et Lachelier sont les plus hardis représentants. Presque tous les philosophes qui ont survécu à l'éclectisme ont expliqué ou développé cette métaphysique et cette esthétique, chacun à sa manière, suivant la direction de son esprit, avec plus ou moins de liberté, d'initiative, de finesse d'analyse, de puissance de synthèse. Il est inutile de citer des noms et des livres. On diffère plus ou moins sur tels ou tels points de doctrine ; on discute et on se sépare sur l'immanence ou la transcendance de la cause finale; on met l'absolu, Dieu, dans le monde ou hors du monde ; on explique l'action divine par la création ou par l'évolution : mais on reste d'accord sur le principe même de toute métaphysique, sur l'idée de finalité, qui seule explique le pourquoi des choses, dont la science se borne à expliquer le comment.

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