Du fondement de l'induction, p
Le spiritualisme a en France beaucoup d'autres représentants que les maîtres dont j'ai parlé. Seulement, certains organes de la doctrine spiritualiste n'appartiennent pas tout à fait à l'école philosophique qui porte ce nom; ils sont d'une autre école, qui a toujours, dans ce siècle, défendu la cause du spiritualisme, en la confondant plus ou moins avec celle du christianisme luimême. Je n'en connais pas de plus digne représentants que l'abbé de Broglie et le pasteur de Pressensé, tous deux libéraux et philosophes, autant qu'on peut l'être dans le domaine de la libre pensée, quand on garde une foi inébranlable. M. l'ahbé de Broglie est aussi instruit qu'un savant, aussi familier avec la critique philosophique qu'un philosophe *. Il est au courant de toutes les sciences; il connaît à fond toutes les doctrines. Il croit fermement que ni la vraie science ni la vraie philosophie ne peuvent contredire la vraie religion, et que, réciproquement, celle-ci ne peut contredire celles-là. Il voit le fort et le faible de tous les systèmes. Il en discute à merveille les méthodes et les conclusions, rendant justice à tous, sans s'attacher à autre chose qu'à la vérité révélée, qui lui est par-dessus tout chère, supérieure à toute raison, à toute philosophie, à toute science. Ce n'est pas qu'il fasse de la philosophie la servante de la théologie, comme au moyen âge. Non, il veut que chacune de ces puissances intellectuelles reste dans son domaine, en bonne amitié avec ses voisines, avec lesquelles d'ailleurs elle ne peut avoir de sérieux différents. Nul n'est plus convaincu que cet esprit plein de sagesse et de mesure, que la mauvaise théologie et la mauvaise philosophie sont seules en guerre. Plût au ciel que tous les théologiens en fussent là! Ce n'est pas seulement les philosophes qui en vivraient plus tran-