‹ Le nouveau spiritualismeChapitre 45 sur 86 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

tive qui opère dans le vide, bien moins féconde que l'imagination qui travaille sur des images pour en former des compositions poétiques, ou sur des données incomplètes, mais positives, pour arriver à des hypothèses? Gomment la métaphysique essaye-t-elle de pénétrer jusqu'à cette essence des choses qui est l'objet de son infatigable recherche? Par une prétendue intuition à priori qui n'est qu'une pure abstraction logique. Elle fait des résultats abstraits de l'analyse des entités verbales, principes, forces, substances, facultés, selon le sujet de son étude, qu'elle réalise à part des phénomènes et de leurs rapports f . C'est là ce qu'elle appelle connaître l'absolu. La scolastique, si justement décriée, n'a pas fait autre chose que pratiquer cette méthode à outrance. On arrive ainsi à laisser là les choses pour les mots. L'expérience ne joue aucun rôle dans cet ordre de spéculations, où ce que les métaphysiciens de tous les temps ont appelé la dialectique se donne pleine carrière. Dialectique décevante, puisqu'elle ne part ni de faits constatés ni de principes reconnus.

Quanta la valeur historique de la métaphysique, on peut en juger par le spectacle que nous offre la succession de ses systèmes. Rien n'y passe à l'état de vérité incontestable; rien ne persiste dans ces systèmes qui se succèdent, excepté la tentative sans cesse renouvelée d'aborder des problèmes insolubles. C'est une expérience qui, en se prolongeant depuis l'origine de la métaphysique jusqu'à ses dernières œuvres, est devenue décisive. Ce labeur ingrat a duré deux mille ans ; pendant vingt siècles, l'esprit humain a roulé sans relâche et sans repos son rocher de Sisyphe, toujours le laissant tomber de ses mains

i. Conservation, rhvlution, positivisme, p. 46-47.

fatiguées, toujours le reprenant et le remontant avec une ardeur et des forces nouvelles. En fait, ces systèmes, en se succédant, se remplacent continuellement les uns les autres ; ils n'ont point encore à cette heure de principe établi, sur lequel tout débat soit clos. A chaque époque métaphysique, on fait table rase ; on reprend les questions fondamentales avec d'autres conceptions également abstraites; et tout le travail ancien est perdu, si ce n'est comme exercice ou comme éducation de certaines facultés de l'esprit. « L'histoire du monde, comme dit Schiller, est le jugement du monde, et des variations perpétuées incessamment pendant plus de vingt siècles sont le jugement de la métaphysique '. » Tout autre est le tableau que l'histoire nous présente de la science. Là, fait observer Littré, le progrès est continu ; ce qui est acquis une fois l'est pour toujours, et le moindre coup d'oeil jeté sur les diverses parties de la connaissance humaine qui ont reçu le nom de science, suffit pour montrer que l'état présent est supérieur | au passé. Du moment que ces sciences ont trouvé un fondement solide, elles ont bâti avec confiance, et élevé un édifice auquel chaque époque ajoute un étage. Rien de plus saisissant que ce contraste entre l'œuvre de la science proprement dite et celle de la métaphysique. Tandis que celle-ci s'agite sur place, l'autre monte par degrés vers les hauteurs de Tinfiniment grand, et descend également par degrés dans les profondeurs de l'infiniment petit,

Voilà, certes, des considérations spécieuses, et bien faites pour convaincre un public peu familier avec les études philosophiques. A y regarder de près, on trouve qu'aucune ne répond au fond des choses. L'école posi-

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