‹ Le nouveau spiritualismeChapitre 52 sur 86 · Cournot, Essai sur les fondements de nos connaissances · texte numérisé non relu

Cournot, Essai sur les fondements de nos connaissances

tructibles. Donc il ne suffît pas, comme beaucoup de philosophes semblent encore le croire, d'accord en ceci avec le vulgaire, que certaines qualités prétendues de la matière, telles que retendue, l'impénétrabilité, la divisibilité, la figure, soient les plus générales, pour en faire les qualités essentielles et vraiment premières cîv. la matière ! .

La notion vulgaire de l'impénétrabilité, telle qu'elle nous est procurée par le toucher d'un corps solide et par le sentiment de la résistance qu'il oppose à notre force musculaire, ne répond pas à l'idée précise que s'en fait la science. L'impénétrabilité n'est pas simplement la rigidité. Elle consiste dans l'impossibilité pour un corps d'occuper la place d'un autre, quel que soit l'état de ce corps, .solide, liquide ou gazeux. Un corps, pour être liquide, n'en est pas moins impénétrable, en ce sens que, si la masse est pénétrée par Técartement des parties , les parties mêmes ne semblent pas l'être. Et si des particules de la matière on en vient aux atomes, qui ne peuvent jamais arriver au contact, on comprend qu'ils peuvent encore moins se pénétrer. Mais c'est précisément pour cela que la raison ne peut admettre, en ce qui les concerne, une prétendue qualité essentielle qui n'entrerait jamais en action. Si donc l'impénétrabilité des molécules atomiques est donnée pour autre chose que leur mobilité et leur déplacement par l'action répulsive qu'exercent à distance ces molécules, c'est une de ces abstractions qui ne tiennent pas devant l'analyse. Voilà pour l'impénétrabilité 2 .

Il en est de même de l'étendue considérée comme une propriété physique des corps. Sans doute, les

1. Cournot, Essai sur les fondements de nos connaissances, liv. II, chap. vui, §§ 1U et 115.

Page 1