Emile Saigey, La physique moderne, p
répugne à s'arrêter devant ce minimun de matérialité, la science s'y tient, comme au type le plus simple et le plus pur de la force. Mais ici encore elle ménage une surprise à l'imagination. Cet éther, d'où serait sortie l'infinité des mondes, -n'est pas le ciel resplendissant de lumière rêvé par les poètes et les théologiens. C'est le vrai séjour de la nuit, dont l'œil humain verrait les épaisses ténèbres, si nos ballons pouvaient nous transporter vivants aux extrêmes limites de notre atmosphère. Gomment en serait-il autrement, puisque les rayons lumineux ne reçoivent leur éclat qu'en plongeant dans la matière pondérable. Jusque-là, ils ne sont que des actions solaires transmises par les vibrations de l'éther. Dans ces immenses espaces où se joue la force éthérée, il n'y a pas plus de lumière que de chaleur , à proprement parler, parce que c'est le contact de la matière pondérable qui fait jaillir cette chaleur et cette lumière dont nous arrive l'impression. L'antique mythologie disait donc vrai, sans s'en douter, quand elle faisait de la nuit le berceau du monde.
De ces analyses et de ces hypothèses se dégage une incontestable vérité d'une importance capitale : c'est la notion scientifique de la matière démontrée par l'expérience. On peut penser ce qu'on voudra de l'unité des forces de la Nature dont M. Hirn ne veut pas entendre parler. On peut considérer la matière éthérée et la matière pondérable comme absolument irréductibles l'une à l'autre. On peut même , contre les plus légitimes inductions, aller jusqu'à douter de l'existence de la matière éthérée, généralement reconnue à cette heure. Après les enseignements de l'analyse, on ne peut plus voir autre chose que mouvements et forces dans les phénomènes de la Nature. Et pourtant, tel est l'empire de l'imagination sur l'esprit humain, qu'une notion expérimentale, s'il en fut, a peine à prévaloir, non
seulement dans l'opinion vulgaire, mais encore dans le monde savant. Tout en reconnaissant que l'expérience ne nous révèle que des mouvements et des forces dans tous les phénomènes matériels qui lui sont soumis , la science courante prend encore , sans y réfléchir , la matière dans le vieux sens du mot, c'est-à-dire telle que la vue nous la fait voir et telle que le tact nous la fait toucher. On ne semble pas se douter que l'étendue n'est qu'une propriété géométrique de l'espace et qu'elle n'a rien à voir avec les vraies propriétés de la matière. La plupart des savants et des philosophes contemporains en parlent encore comme d'une propriété fondamentale de la substance matérielle, comme s'ils n'avaient pas présentes à l'esprit les observations critiques du savant philosophe qui a si bien éclairé la question. Voici, par exemple, un homme qui s'est fait un nom dans la science par le nombre et l'importance de ses travaux, Après avoir établi sur la base de l'expérience l'existence d'un principe distinct de la matière pondérable, sous le nom d'élément intermédiaire, M. Hirnen fait le moteur universel de cette matière , réduite ainsi à n'être plus qu'une substance inerte dont l'essence serait l'étendue 1 . N'est-ce pas retomber dans le préjugé de l'ancienne physique?
La science pure a-t-elle résolu entièrement le problème de la matière, quand elle a dit : Toute matière n'est que force, et toute action des forces se réduit au mouvement? Non, parce qu'elle n'a point défini la vraie direction de ce mouvement. Elle ne pouvait le faire, ne sachant du mouvement que ce que nous en apprend la mécanique. Si elle ne croit plus guère à cette substance passive dont les propriétés essentielles seraient l'étendue et l'inertie, elle croit encore, avec les seules lu-