Analyse élémentaire de l'Univers
mières de l'expérience sensible , à une force aveugle et fatale, purement et simplement soumise aux lois de la mécanique. Redisons donc, avec le grand Leibniz, que, si tout commence par la physique dans l'explication des choses, tout finit par la métaphysique. Oui, tout est force et mouvement dans l'Univers. Mais comment ces forces sont-elles les causes, comment ces mouvements sont-ils les agents de Tordre universel qui a fait donner le nom de Cosmos au grand Tout ? Voilà ce qu'il s'agit d'expliquer. C'est fort bien de dire et de montrer, comme le fait la science, que tout cet ordre est l'effet des lois mécaniques. Mais ces lois elles-mêmes, comment l'esprit peut-il se les expliquer ? Pourquoi l'effet des mouvements mécaniques est-il de faire sortir le Cosmos du chaos ? Car, avec des forces en nombre infini qui s'agiteraient sans direction dans son sein, est-il possible de concevoir que l'Univers puisse être autre chose que confusion et désordre ? Mais l'opération devient parfaitement claire et simple à la lumière de l'idée métaphysique. La science a fait de la matière une force. C'est un grand progrès vers l'explication véritable des choses, mais qui ne suffit point. La métaphysique va plus loin : elle fait de la force une cause ; elle transforme le mouvement mécanique en mouvement final. Qu'est-ce alors que la matière, prise dans son essence même ? Dire que c'est le minimum de l'être, cela vaut mieux que de répéter la définition de Platon et de toute l'école idéaliste réduisant la matière en une sorte de néant, ou celle d'Aristote qui en fait une puie possibilité. Mais ce n'est point assez. Cet être à son plus humble degré, c'est encore l'esprit, l'esprit à son minimum d'action. Tout mouvement qui tend à une fin est déjà un acte spirituel. Toute force qui est en même temps une cause finale, sort du monde de la fatalité pour entrer dans le monde de la Providence. Tous ces
atomes du chaos primitif, si Ton pouvait prouver que le chaos a eu un commencement dans l'éternelle durée du Cosmos, sont autant d'ouvriers qui travaillent à l'œuvre cosmique, sans intelligence, sans instinct, mais avec une activité plus sûre, plus appropriée à la fin que celle de l'instinct et de l'intelligence. La pensée finale est partout, dans le ciel éthéré, comme dans l'empire de la gravitation universelle. Telle est la vraie notion de la matière, à laquelle peut atteindre la métaphysique par les révélations de l'expérience intime. Voilà déjà un noumène connu, que Kant avait cru dérober à la connaissance humaine, et sur lequel la vieille ontologie a si vainement spéculé.