‹ Le nouveau spiritualismeChapitre 63 sur 86 · Préface des Rapports du physique et du moral · texte numérisé non relu

Préface des Rapports du physique et du moral

curcissent. La vraie science de l'expérience interne demande une profonde et constante réflexion qui exerce le sens psychologique, comme la vraie science de l'expérience externe réclame une observation attentive et suivie.

L'école spiritualiste de notre temps ne saurait trop le redire, après son illustre maître : le témoignage de la conscience ne s'arrête ni aux actes ni même aux facultés; il atteint jusqu'à la nature intime, jusqu à la substance même de l'âme, pour parler le langage de la vieille métaphysique : « L'action, dit encore Maine de Biran, est l'être pris dans son essence. » On a beaucoup abusé des mots âme et esprit, en les appliquant arbitrairement à tout ce qui dépasse la sphère de l'expérience. On a transformé en âme toute cause invisible des phénomènes de la Nature ; on a imaginé une âme pour chaque individu du monde organique ; on a parlé d'une Ame universelle. Il n'est permis qu'à l'analyse psychologique de nous apprendre ce que c'est qu'âme et ce que c'est qu'esprit. Qu'est-ce que l'âme, au témoignage de la conscience? Une cause, une force, principe et centre de tous les mouvements de la vie extérieure? Qu'est-ce que l'esprit, vu par le même œil ? Une cause, une force douée de facultés supérieures, telles que la raison, la volonté, l'amour. L'unité, l'identité, l'activité instinctive ou volontaire ne sont pas seulement les attributs d'un être mystérieux qui serait l'âme ou l'esprit; ils en constituent la nature même et l'essence propre. Le moi est le vrai type de l'âme et de l'esprit ; la conscience est le vrai sanctuaire de la vie spirituelle. C'est ce qui fait dire à Maine de Biran : «Peut-être que ces questions paraîtront moins insolubles, si l'on considère que, dans le point de vue réel où Leibniz se trouve heureusement placé, les êtres sont des forces, et les forces sont les seuls êtres réels ; qu'ainsi le senti-

ment primitif du moi n'est autre que celui d'une force libre, qui agit ou commence le mouvement par ses propres déterminations. Si notre âme n'est qu'une force, qu'une cause d'action ayant le sentiment d'elle-même, en tant qu'elle agit, il est vrai de dire qu'elle se connaît elle-même par conscience d'une manière adéquate, ou qu'elle sait tout ce qu'elle est 1 . » Où trouve-t-on une plus complète et plus invincible démonstration du vrai spiritualisme que dans ses livres? La distinction des deux vies, des deux activités, des deux natures dans l'homme, le caractère propre de la vie spirituelle, les rapports qui l'unissent à la vie corporelle, la spontanéité de l'activité volontaire et son empire sur les principes de la vie animale, toutes ces grandes thèses qu'il importe tant d'établir sur une base inébranlable, deviennent, après qu'on s'est pénétré des fortes doctrines de Maine de Biran, des vérités de sens intime contre lesquelles nul scepticisme ne saurait prévaloir.

Si l'on sort de ce sanctuaire de toute vérité morale qui se nomme la conscience, pour rentrer dans le monde extérieur de l'histoire naturelle, le tableau de l'échelle zoologique nous aide encore à comprendre la nature humaine par la comparaison des espèces. Ce n'est pas seulement dans l'homme que s'observe le phénomène de l'unité ; c'est aussi à tous les degrés de la vie animale. La science naturelle a-t-elle jamais hésité à regarder les êtres du règne organique, les animaux, et mêïhe les plantes, comme des individus ? A-t-elle jamais confondu cette espèce d'unité qui leur est propre avec celle des êtres du règne inorganique? N'a-t-elle pas constamment distingué l'unité d'organisation d'avec la simple unité d'agrégation ou de composition ? Certaine philosophie de la Nature a voulu essayer de ramener à

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