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impose une direction qui contrarie leur pente naturelle. Or la plupart des hommes laissent leurs capacités dans cet état d'insubordination. Il suit de là que, chaque capacité se déployant à l'aventure, tout en eux est l'image de l'anarchie et du désordre ; au lieu que l'homme devrait régner sur elles, elles régnent sur lui, et il est l'esclave de toutes les sensations, de toutes les passions, de toutes les erreurs, de toutes les imaginations, de toutes les folies qu'elles enfantent.... Le plus souvent il ne trouve pas la force de sortir de cet état : effrayé des difficultés, corrompu par l'habitude de la faiblesse, il s'abandonne, il renonce à soi-même, et continuant à déchoir, de lâcheté en lâcheté, il tombe presque au niveau des choses, finit par s'y oublier, et présente le triste spectacle d'une noble nature abrutie et dégradée par sa propre faute.
» 11 n'y a qu'un moyen d'échapper à cette déplorable destinée : c'est d'établir en soi, à la sueur de son front, l'empire de la volonté. La tâche est plus facile dans certaines natures que dans d'autres, et c'est l'un des bienfaits d'une bonne éducation d'y préparer l'homme dans l'enfance. Mais les plus heureuses dispositions et l'éducation la mieux dirigée ne sauraient dispenser de la lutte. Beaucoup d'âmes, obéissant à de nobles impulsions, embrassent cette lutte généreuse dans les beaux jours de la jeunesse; mais bien peu la soutiennent avec constance. La plupart ne tardent pas à céder à la fatigue, et, sans renoncer au combat, passent leur vie dans des alternatives de courage et de faiblesse, qui les rendent tour à tour heureuses et malheureuses, fières ou mécontentes d'elles-mêmes, et qui les tiennent à égale distance de la dégradation et de la sainteté. Celleslà ont peut-être des grâces à rendre de la brièveté de la vie j car, si leur dignité morale se sauve, c'est le plus souvent parce qu'elles n'ont pas eu le ternes de la perdre.
En pareille affaire, flotter entre la victoire et la défaite, c'est être plus près de la défaite que de la victoire; car la défaite est plus naturelle que la victoire. Toutefois la lutte, à quelque degré qu'elle existe, est noble ; mais elle n'est sublime que quand elle est persévérante. C'est la seule qui, dans la courte durée de cette vie, puisse conduire l'homme à ce troisième degré de dignité personnelle qui est le plus haut point de perfection qu'il lui soit donné d'atteindre.
» Dans ce troisième état, dont le caractère est la beauté, les capacités sont tellement rompues à l'obéissance, par l'effet d'une longue et sévère discipline, qu'elles se plient sans résistance à tous les ordres de la volonté, et jouent sous sa main avec la même facilité que les touches d'un instrument sous les doigts d'un musicien habile. Toute lutte a cessé, et la volonté, heureuse d'un empire facile, gouverne presque sans y penser, et fait des prodiges avec un abandon plein de grâce. A voir comment elle règne, on croirait que son autorité est naturelle, et l'on dirait d'un ange qui n'a jamais connu les fatigues de la pensée, les orages des passions, et les révoltes d'une sensibilité capricieuse. Une ineffable harmonie éclate dans tout ce qu'elle fait, parce que toutes ses facultés, dociles à sa voix, concourent à ses moindres desseins, dans la mesure qu'elle veut et avec une égale aisance. Aussi tout ce qu'elle fait est plein et achevé. Comme tout effort a disparu, l'énergie de la personnalité paraît moins dans cet état que dans la lutte, l'homme y est moins imposant, mais plus aimable, moins sublime, mais plus beau. C'est la différence du chêne qui, sur le sommet d'un roc escarpé, résiste à la tempête éternelle qui l'assiège, et développe, malgré, les vents, ses branches courtes, mais vigoureuses, et du platane majestueux qui, dans le fond d'une heureuse vallée, élève paisiblement la tête vers le ciel, et
répand de tous côtés, avec une harmonieuse profusion, la richesse de son feuillage 1 . » Poésie que tout cela, diront nos savants et nos positivistes ! — Poésie sans doute, mais dans la forme seulement. Pour ne pas sentir combien le fond est vrai, il faudrait n'avoir pas vécu.
La philosophie, en France, en Angleterre, en Allemagne, a des amis sincères qui viennent prêter aux conclusions forcées de la science l'autorité de leurs doctrines psychologiques. Il est une nouvelle école de psychologie qui rejette absolument la méthode d'observation directe, comme inféconde et peu scientifique. Sa méthode, à elle, consiste, non plus à étudier l'homme dans les sentiments et les actes de sa vie intime, mais dans toutes les manifestations extérieures de cette vie. Ses œuvres et ses actions proprement dites, voilà le sujet des observations et des analyses de cette école. C'est ce qu'elle appelle faire la science de l'homme avec des faits, comme on a fait les sciences de la Nature. Au contraire de la méthode toute subjective qui fixe et concentre l'esprit sur ce point unique du for intérieur, afin de pénétrer dans ses profondeurs, la méthode qui se dit objective le promène, le disperse, le répand sur la surface entière de la nature humaine, de manière à en saisir toutes les manifestations extérieures. Il est encore une autre école de psychologie qui fait des rapports de l'état psychique et de l'état physiologique l'unique objet de la psychologie. Elle laisse à la vieille psychologie l'étude du simple phénomène psychique, qui lui paraît bonne seulement à découvrir des entités métaphysiques, pour s'occuper du phénomène complexe qu'elle considère comme la seule réalité observable. Elle croit faire ainsi de la psyohologie une science expérimentale,
A . Mélange% philosophiques, p. 362 à 366.
dans laquelle le calcul pourrait entrer pour une certaine part. « Du moment, nous dit M. Ribot, que le phénomène interne, au lieu d'être pris pour la manifestation d'une substance inconnue, est considéré dans sa liaison naturelle avec un phénomène physique, il devient possible d'agir sur lui par le moyen de ce con* comitant physique ; car celui-ci est, dans beaucoup de cas, sous la main de l'expérimentateur, qui peut mesurer son intensité , ses variations, le placer dans des circonstances déterminées, le soumettre à tous les pro* cédés qui constituent une investigation rigoureuse 1 .»
Avec de telles méthodes d'observation, on peut obtenir des résultats de nature à satisfaire la curiosité philosophique. On arrive à déterminer les conditions physiologiques de tous les phénomènes psychiques proprement dits, à en mesurer l'intensité et la durée. On arHve également à faire l'histoire descriptive de l'âme humaine, à la façon de l'histoire naturelle des animaux, dont le naturaliste ne devine les sentiments, les passions et les idées que par l'interprétation de leurs mouvements extérieurs. C'est là une partie intéressante et instructive de la psychologie que l'école de l'observation directe avait trop négligée. Mais aux nouvelles écoles il rie faut point parler d'unité, d'identité, de personnalité, de liberté, de finalité, de tout ce que l'ancienne a eu tant à cœur de mettre hors de doute. Il ne faut pas même leur parler de facultés, telles que la sensibilité, l'intelligence, la volonté. Elle ne connaît que des phénomènes de sensation, de pensée, de volition. Quant aux facultés ellesmêmes, entendues comme causes de ceà faits, elle n'y voit que des entités scolastiques qui, pas plus que l'âme et l'esprit, n'ont de place dans une psydhologiê vraiment scientifique. Et cela est tout simple, puisqbô