‹ Le nouveau spiritualismeChapitre 73 sur 86 · Revue des Deux Mondes, 1 er septembre · texte numérisé non relu

Revue des Deux Mondes, 1 er septembre

sophe, qui ne veut point sonder de tels mystères, cette Providence qu'on n'a point à prier, à solliciter, à bénir ou à maudire, gouverne son immense empire avec une sagesse qu'un pessimisme absurde peut seul contester. En mettant dans le sein de tout être le mouvement vers le Bien, il a fait du chaos universel le Cosmos. En mettant dans l'esprit de l'homme la conception, et dans son cœur l'amour de l'idéal, il a fait à toute créature le plus beau, le meilleur don qu'elle pouvait espérer. Le mal existe. Quelle intelligence, quelle âme peut le nier? Il est une imperfection inhérente à toute réalité. La destinée de l'Univers est de faire, par l'immense évolution qui le travaille, de la réalité une représentation de plus en plus complète de l'idéal, La destinée de l'homme n'est pas autre; seulement, il a l'incomparable dignité d'accomplir son œuvre avec conscience et liberté. C'est ce qui fait le véritable prix de la vie. Ce n'est pas le plaisir, ce n'est même pas le bonheur, quoiqu'il n'y ait point de bonheur sans une conscience satisfaite; c'est le sentiment d'une perfection que nul être humain ne peut atteindre, mais dont se rapproche le sage, le juste, le saint, par un constant progrès. L'homme qui demande plus à la Providence ne comprend pas sa vraie destinée. Le philosophe chez lequel le spectacle du mal provoque le blasphème ou l'ironie oublie les enseignements de la science. Chose curieuse! l'antiquité, essentiellement religieuse, n'avait que des paroles d'admiration pour cette divinité dont elle connaissait mal les œuvres. C'est du monde moderne, si instruit des choses de la Nature, que sont partis les cris de désespoir et les insultes à la Providence. La vérité est dans un optimisme qui voit les choses en grand, à l'exemple de Malebranche et de Leibniz. Le monde moral a ses monstres, comme le monde physique; mais, tandis que l'un va fatalement à ses fins, sous

Faction des lois physiques, l'autre va aux siennes d'un mouvement libre, sous l'action des lois morales, à travers tous les désordres de la Nature et de V Humanité. Voilà la Providence du philosophe.

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