La physique moderne, p. 172 et
au delà de leurs limites, les parties extrêmes de la nébuleuse ont dû cesser de faire corps avec le reste de la masse, et s'en séparer sous forme d'un anneau tournant dans son plan et autour de son centre, avec la vitesse qu'il possédait à l'instant où il s'est détaché.
On comprend dès lors comment notre nébuleuse, en se refroidissant continuellement, a dû abandonner, dans le plan de son équateur, divers anneaux de matière, qui ont continué à tourner dans ce plan, et autour de leur centre commun. La masse centrale, à laquelle la nébuleuse a fini par se réduire, à la suite de ses condensations successives, n'est autre chose que le soleil, et les anneaux concentriques ont donné naissance aux planètes. Voici comment cette transformation des anneaux a pu s'opérer, selon Laplace. Pour conserver indéfiniment sa forme annulaire, chacun de ces anneaux aurait dû conserver la condition d'une régularité parfaite dans tout son contour. Cette condition ne pouvant être considérée que comme exceptionnelle, il est naturel d'admettre qu'elle ne se rencontrait pas dans les anneaux dont il est question. Dès lors, la matière de chacun d'eux a dû se réunir peu à peu autour de certains centres d'attraction, et bientôt ces concentrations partielles ont dû les diviser en divers fragments qui ont continué à se mouvoir séparément. Les vitesses des diverses parties qui constituaient précédemment un même anneau, n'étant pas rigoureusement les mêmes, soit qu'elles fussent déjà différentes au moment de la séparation de ces parties, soit qu'elles aient été altérées ultérieurement par les actions perturbatrices auxquelles toutes les parties du système se trouvaient soumises, il a dû en résulter que toutes les parties du même anneau ont pu se rejoindre successivement, et finir par se confondre eti une seule
masse circulant autour du soleil, à peu près suivant la circonférence de Vanneau dont elle s'est formée. Cette masse unique, en continuant à se condenser, a produit une planète.
Gomment a-t-elle pu produire une planète tournant sur elle-même, avec les satellites qui raccompagnent? Dans la condensation progressive, les parties les plus éloignées du soleil se sont rapprochées de cet astre, et les parties les plus rapprochées s'en sont éloignées. Les • premières ayant une vitesse plus grande, et les dernières une vitesse plus petite que celle de la partie moyenne vers laquelle les unes et les autres se concentrent de plus en plus, il a dû en résulter un mouvement de rotation de la masse tout entière autour de son centre, et dans le sens même de la révolution de cette masse autour du soleil. C'est ainsi que ces matières ont constitué un système entièrement analogue à la grande nébuleuse, formant une nébuleuse nouvelle qui, tout en se mouvant autour du centre de la première, tournait sur elle-même et dans le même sens. Cette nébuleuse est devenue une véritable planète, en se condensant par un refroidissement perpétuel 1 .
L'auteur de la Mécanique céleste n'a présenté qu'avec réserve cette magnifique hypothèse, la plaçant modestement dans une note qui termine son exposition du système du monde, pour faire bien comprendre qu'elle ne faisait point partie intégrante du système lui-même. Elle n'en garde pas moins une grande place dans la science astronomique. Elle est la seule conception, dit M. Saigey, qui rende compte des principaux phénomènes planétaires. Elle explique pourquoi toutes les planètes circulent autour du soleil à peu près dans un même plan ; pourquoi ce plan de circulation générale est pré-