Revue det Deux Mondes, t. XXX, p
Leur vérité, leur autorité tient à une autre source de certitude. L'esprit humain ne se contente ni d'observer, ni de décrire, ni de généraliser, ni de classer, ni d'aucun des procédés scientifiques proprement dits. Quand il a fait tout cela, il a fait la science. Le savant peut s'en tenir là, et il est peut-être bon qu'il se renferme dans son œuvre propre, pour la mieux faire. La confusion de la métaphysique avec la science n'a pas porté bonheur à celle-ci. La séparation a été considérée avec raison comme un grand progrès opéré dans l'organisation des connaissances humaines. Reste le problème métaphysique, l'explication vraie de la réalité scientifiquement connue. Pourquoi l'ordre, pourquoi le progrès, pourquoi le bien et le beau en tout? Jamais on ne fera entrer dans une cervelle humaine que tout cela est l'effet du hasard. Quand la science répond que c'est l'effet des lois immuables, universelles et éternelles, sa réponse est excellente. Seulement, elle n'est point une explication définitive. La raison va plus loin, et demande comment ces lois elles-mêmes peuvent être l'effet du hasard. Là est le mystère. On peut s'y arrêter, comme on peut chercher à le pénétrer. Le savant ne s'en inquiète pas. Le philosophe positiviste dort tranquille, après l'avoir déclaré impénétrable. L'esprit humain ne peut s'y tenir. Si la philosophie refuse de le lui expliquer, il appelle à son secours l'imagination et le sentiment. La métaphysique a été et sera toujours la ressource des intelligences qui ne peuvent ni se reposer dans un mystère, ni s'enchanter d'un rêve, comme dit l'auteur du Phér don. La vérité, l'autorité, la raison d'être éternelle de la métaphysique, c'est la nécessité de ses explications, c'est l'insuffisance ou l'absurdité des explications purement scientifiques. Sans la métaphysique, on ne comprend rien à l'ordre universel. Avec elle, tout y de-
vient intelligible. Après cela, qu'on dise que la métaphysique n'est pas une science, c'est-à-dire un ordre spécial de connaissances obtenues par telle méthode expérimentale ou démonstrative, je n'aurai aucune peine à en convenir. La métaphysique n'est ni science ni rêve; elle est la pensée supérieure qui éclaire toute science et dissipe tout rêve.