‹ Le Nouveau Testament dans l'Église Chrétienne (volume 2)Chapitre 134 sur 259 · De VirginibuSy VU, 1, 8. Adv. Haer, lU · texte numérisé non relu

De VirginibuSy VU, 1, 8. Adv. Haer, lU

Ces gens, qu'on ne connaît pas d'ailleurs et qui ont reçu d'Épiphane le nom d'Aloges, attribuaient le IV*' évangile et l'Apocalypse à Cérinthe. Ils n'admettaient pas ces écrits comme johanniques, parce qu'ils étaient en opposition avec les évangiles synoptiques et qu'ils contenaient des erreurs. Les Aloges paraissent avoir eu une action très limitée dans le temps et dans Tespace et, en tout cas, ils ne représentaient d'aucune façon une tradition.

§ 7. — Résumé et conclusions.

Pendant la période que nous venons d'étudier, 170-220, tous les livres du Nouveau Testament ont été connus, plus ou moins, et même des écrits extracanoniques ont été reçus dans quelques églises. Passons en revue brièvement les uns et les autres.

Nos quatre évangiles canoniques sont acceptés partout, réunis en collection. C'est l'évangile tétramorphe de saint Irénée ou Xinstrumentum e{>angelicum de Tertullien et le Diatessaron de Tatien. Saint Irénée affirme aussi nettement que possible que l'Église a reçu par tradition l'évangile sous quatre formes et, comme nous ne constatons nulle part une décision de l'Église de son temps à ce sujet, nous devons en conclure que cet état de choses était déjà ancien. Remarquons que l'évangile de saint Matthieu était cité beaucoup plus souvent que les trois autres, et celui de saint Marc beaucoup moins.

Les Actes des apôtres, en Gaule, à Rome, en Afrique et à Alexandrie, étaient connus comme l'œuvre de saint Luc et sont fréquemment et abondamment cités comme Écriture, surtout par saint Irénée et TertuUien.

Treize épîtres de saint Paul sont acceptées et utilisées dans les mêmes contrées ; d'ordinaire, on dis-

tinguait entre celles qui étaient adressées à des communautés et celles qui l'étaient à des particuliers, mais elles jouissaient toutes de la même autorité, ainsi que le fait remarquer Tertuilien à Marcion. Elles étaient réunies en une collection, souvent désignée par le terme ô (XTroaToXo;. Nous les trouvons nommément désignées dans les écrits de la fin du ii® siècle, mais leur autorité était déjà ancienne.

L'épître aux Hébreux était regardée comme paulinienne et inspirée par Téglise d'Alexandrie ; cependant, la tradition ne devait pas être bien ferme sur son origine paulinienne, car nous verrons plus tard Origène hésiter sur ce point. Les églises de Rome et des Gaules ont peut-être connu l'épître aux Hébreux, mais ne l'attribuaient pas à saint Paul et ne la rangeaient pas parmi les écrits néotestamentaires. Le fragment de Muratori ne la mentionne pas. Tertuilien affirme qu'elle a été écrite par saint Barnabé, et la tient en haute estime, sans cependant la placer dans Vinstrumentu/n apostoUcum.

L'épître de saint Jacques était, avons-nous vu, connue de Clément Romain et d'Hermas, et plus tard de saint Irénée. Cependant, ni le Muratorianum ni Tertuilien ne l'ont placée dans leur recueil des écrits néotestamentaires. Elle était dans le canon d'Alexandrie, si toutefois les Hypotyposes contenaient le commentaire de toutes les épîtres catholiques, ainsi que Taflirme Eusèbe.

La épître de saint Pierre était reçue dans toute TEglise ; pourtant, le fragment de Muratori ne la mentionne pas, mais on peut supposer que le texte du passage est défectueux ou qu'il s'est produit là une omission involontaire, car cette épître était connue à Rome. La IP épître de saint Pierre n'était pas connue des églises de Rome, d'Afrique. Peut-être l'était-elle de celle de

RÉSUMÉ ET CONCLUSION

Lyon? Elle devait faire partie du recueil alexandrin, si Ton admet que Clément a commenté toutes les épîtres catholiques. Elle était connue à Alexandrie à cette époque, puisque nous verrons que, quelques années plus tard, Orio^ène parle très nettement d'une seconde épître de saint Pierre.

L'épître de saint Jude était tenue dans toute TÉglise pour un écrit de Tapôtre Jude et elle se trouve dans les recueils de Rome, de Carlhage et d'Alexandrie. Cependant, nous verrons plus tard qu'Eusèbe la range parmi les antilégomènes ou écrits contestés, non acceptés par tous.

La l^^ épître de saint Jean était connue et acceptée dans toute l'Église comme Écriture. La IPet la IIP épître, vu leur brièveté et leur moindre importance dogmatique, sont moins souvent citées. Cependant, on trouve des traces de la seconde à Lyon et à Alexandrie; saint Irénée Ta citée en l'attribuant à Jean, le disciple du Seigneur; Clément d'Alexandrie l'a commentée en la disant écrite pour les vierges, ainsi qu'il appert des Adunibrationes^ IV. Elle était dans le Muratorianunty et même la mention qui en est faite s'applique peut-être aux deux petites épîtres de saint Jean, la première ayant été cataloguée auparavant. En fait, nous ne trouvoas, à cette époque, aucune trace certaine de la troisième. On peut seulement conjecturer qu'elle était connue de ceux qui mentionnaient la seconde, vu l'étroite connexion de ces deux épîtres.

Tous les écrivains de cette époque, saint Irénée à Lyon, TertuUien à Carthage, saint Méliton à Sardes, saint Théophile à Antioche, saint Hippolyte à Rome, Clément à Alexandrie ont connu l'Apocalypse et l'ont citée comme une prophétie de Jean l'apôtre. Elle était dans le Maratorianum. Seul, Gaïus, à Rome, en nie

Tauthenticité johannique et paraît l'attribuer à Cérinthe.

A côté des écrits canoniques, nous en trouvonî d'autres qui ont été acceptés comme Écriture par quelques églises.

L'épître de saint Clément Romain était tenue poui scripturaire par Clément d'Alexandrie et par saint Denys de Corinthe. Elle a été fréquemment citée par saint Irénée. Au témoignage d'Eusèbe et de saint Jérôme elle était lue dans de nombreuses églises. Elle était placée dans certains manuscrits à la suite des écrits canoniques. :

L'épître de saint Barnabé était tenue pour une épître catholique par Clément d'Alexandrie, mais nei paraît pas avoir été regardée ailleurs comme telle! ou même connue, car les traces qu'on en relève chezi saint Justin et saint Irénée sont légères.

La Doctrine des apôtres a été citée comme Écriturepar Clément d'AIexaadrie et elle se trouve parmi desj passages extraits des épîtres pauliniennes dans l'o-l puscale De Aleatoribus. C'est peut-être à la Didachè, XI, XII, qu il est fait allusion par Apollonius d'Ephèse * : « Ést-ce que toute Écriture ne vous semble pas défendre à ua prophète de recevoir des pré-l sents et de l'argent? » Elle n'est pas cependant dans le Muratorianum, ce qui nous porte à croire qu'elle n'était pas tenue pour Écriture par l'église romaine.

Le Pasteur d'Hermas était regardé comme Écriture à Rome, où l'auteur du De Aleatoribus l'appelle Écriture divine ; en Gaule, où saint Irénée ^ en introduit un passage par la formule ^ Yp«f^; en Afrique, par

\. EusÈBE, Hisl ecch Y, 18, 4.

2, Adv, Haer, IV, îO.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

Tertullien dans son De Oratione, 16, où il le cite comme Scriptura; plus tard il le rejeta. A Rome, il I était moins en faveur, puisque le Muratorîanum déclare qu'il ne doit pas être lu dans les assemblées des fidèles, car il n'est ni prophétique ni apostolique, mais qu'il peut être lu dans un motif d'édification. Clément d'Alexandrie tenait le Pasteur pour inspiré et pour Écriture, puisqu'il en mélange des passages à des citations scripturaires, plaçant ainsi les uns et les autres sur le même pied. Enfin, Eusèbe ^ nous apprend que, si quelques-uns ne rangent pas le Pasteur parmi les écrits authentiques, d'autres pourtant estiment qu'il est très nécessaire à ceux surtout qui ont besoin d'une instruction élémentaire. 11 sait du reste qu'on le lit publiquement dans des églises, et il a constaté que certains des écrivains les plus anciens s'en sont servis. Son témoignage se rapporte à l'époque dont nous traitons.

Outre ces écrits extracanoniques qui ont été reçus comme Écriture dans de nombreuses églises, il faut mentionner plusieurs écrits apocryphes, qui ont pu jouir d'une certaine estime dans leur pays d'origine. Clément d'Alexandrie a cité les évangiles des Hébreux, des Égyptiens, les Traditions de Matthias, les Actes de Jean, et surtout la Prédication et l'Apocalypse de Pierre, dont il fait grand cas. Ces deux écrits, très répandus en Orient, étaient estimés. Apollonius ^ rapporte comme transmis par la tradition un ordre du Seigneur qui se trouve seulement dans la Prédication de Pierre ^. L'Apocalypse de Pierre est placée, avec une réserve, dans le Muratorîanum^ à côté de l'Apocalypse de Jean. Clément l'avait commentée

\.HisU ecclAW, 3, 6.

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