CHAPITRE PREMIER
ÉGLISES d'orient.
§ 1. — Église Alexandrie.
Origène et les écrits néotestamentaires. — Origène ('QptYsvv);, fils d'Horus) était né en Egypte, ainsi que son nom l'indique. Etait-il égyptien ou grec de race? On l ignore. La date de sa naissance est incertaine; on la fixe d'ordinaire vers 185 et celle de sa mort, à Tyr, en 253. Sa vie fut assez agitée ; il en passa la plus grande partie à Alexandrie comme didascale, mais il visita Rome, Ephèse, Athènes, et vécut assez longtemps à Césarée de Palestine. Son nom complet était 'OpiYevYiç 'A5a(jiavTio;. Ses travaux exégétiques sont considérables, mais ils ont presque tous disparu. Du Nouveau Testament il reste trente-neuf homélies sur saint Luc, en latin, des fragments grecs d'homélies sur les Actes et l'épître aux Hébreux, les livres X-XVII, en grec, sur saint Matthieu, XIII, 36-XXII, 33, et une adaptation latine de saint Matthieu, XVI, 13-XXVII, 63 ; le commentaire sur saint Jean, en grec, livres I, II, VI, X, XIII, XIX (incomplet), XX, XXVIII, XXXIl et des
fragments ^ ; de l'épître aux Romains un fragment grec et une adaptation en latin en dix livres par Rufm ; des fragments en latin des épîtres aux Galates, aux Éphésiens, aux Colossiens, aux Thessaloniciens, à Philémon, à Tite^. Nous trouverons son enseignement sur la canonicité dans ces ouvrages et dans les autres, qui nous ont été conservés : IIspi apjç^wv, Kaxà KéXdou, mais notre meilleure source sera Eusèbe, qui, dans le chapitre XXV du livre VP de son Histoire ecclésiastique, a donné le catalogue des saintes Écritures d'Origène.
En étudiant les données que nous a transmises Origène sur le Nouveau Testament nous remarquerons leur incertitude, leur diversité, quelquefois même leur contradiction. Il semble que tantôt il est guidé par l'examen des textes eux-mêmes, tantôt il rapporte les idées courantes de son temps. On n'est donc pas obligé de croire qu'il s'est contredit à différentes époques de sa vie ou que les passages que nous n'avons plus qu'en latin ont été altérés par le traducteur; il suffit de constater que, certains livres n'étant pas encore tenus pour canoniques dans toute l'Église, l'opinion d'Origène pouvait varier suivant le point de vue où il se plaçait. La suite nous fera toucher du doigt la justesse de cette observation.
Le témoignage d'Origène sur les livres du Nouveau Testament est d'autant plus important qu'outre sa propre opinion, il rapporte les affirmations de la tradition sur leur caractère et sur leur réception dans l'Eglise et précise avec soin pour quelques-uns les divergences d'opinions à leur égard.
Nous retrouvons dans Origène la division des livres
1. Ce commentaire a été publié par A. E. Brooke, The Commentary of Origen on saint JohrCs Gospel, Cambridge, 1896.
2. Voir pour la liste des écrits d'Origène sur le Nouveau Testament et le relevé de ce qui nous en reste : Bàtiffol, La Littérature grecque^ p. 109, 170.
du Nouveau Testament en deux collections : l'Évangile ou les Évangiles et l'Apôtre ou les Apôtres, telle que nous l'avons rencontrée précédemment, mais il les réunit sous le nom de Nouveau Testament et ce sont des Écritures divines, comme celles de l'Ancien Testament ^ « Le même Esprit (par lequel ont été composées les Ecritures avant l'avènement du Christ) et procédant d'un seul Dieu a fait la même chose avec les évangiles et les apôtres : Tb TrveufjLa... aTrb Tou Ivo; 0£ou, to o[xoiov xai IttI Ttov txiOL^ytkmv 7re7roiY)X£ xal eirt twv aTrodToXwv ^. »
Le témoignage d'Origène sur les évangiles est très net ^. Il distingue entre les évangiles acceptés sans contestation par toute l'Église et les évangiles des hérésies. «11 y eut, dit-il, dans l'Ancien Testament de faux prophètes ; il en fut de même dans le Nouveau : Outw xal vîîvlv TV) xaiVY) StaÔT^xriTà sùoL'^^i'kioL ttoXXoi £Ô5)>y)(iav ypavj^at, aXX' 01 ôoxiijLOi ipaiTE^tTai ou TcivTOL àvsxpivav, aXXà toc Teaaapa [jlovov ETrsXe^avTo. Ces écrivains se sont efforcés d'écrire, comme le dit saint Luc dans son prologue, parce qu'ils entreprirent de composer un Évangile sans avoir la grâce (du Saint-Esprit). Il n'en fut pas de même pour les évangiles : MaTÔaîoç y^p oux iTrsj^sipyiasv dXX' lypa^l^sv Iç àyiou xivoufjievo; 7rvsu|jt,aToç. '0[jloioj<; xa\ Mdtpxoç xai 'Iwàvvrjc;' 7rapa7:Xv](7itoç Ss xai Aouxaç. »
Origène nomme, parmi les évangiles qui ne sont pas inspirés : l'évangile selon les Égyptiens, l'évangile des Douze, l'évangile selon Thomas, selon Matthias, l'évangile de Basilides, et il conclut : Ta SsTeTTapa [f.ovoL Tupoxpivsi ii 0£ou lxxXy](7ia. Après avoir cité les évangiles hérétiques, le texte latin ajoute : « Quatuor tantum Evangelia sunt probata quibus sub persona Domini et Salvatoris nostri proferenda sunt dogmata. Scio