CHAPITRE PREMIER
ÉGLISES d'orient.
g 1. — Église d'Alexandrie.
Saint Atbanase. — Il était d'usage à Alexandrie que la date de la fête de Pâques fût fixée par une épître du patriarche. En Tan 367, saint Athanase, évêque d'Alexandrie, écrivit sa trente-neuvième lettre festale dans laquelle il rapporte la liste des livres des saintes Écritures, telle qu'elle était acceptée à Alexandrie. Il fait précéder sa liste de quelques réflexions sur la nécessité de dresser celle-ci ; ce qui nous explique l'état du canon néotestamentaire à cette époque. Il craint que les chrétiens ne soient trompés par les ruses des hommes et qu'ils ne se mettent à lire les livres appelés apocryphes, égarés qu'ils seront par la ressemblance de leurs titres avec ceux des livres véritables et, à l'imitation de saint Luc, il dira aussi : « Puisque quelquesuns ont entrepris de fabriquer pour eux-mêmes des écrits dits apocryphes et de les mêler avec l'Écriture inspirée sur laquelle nous sommes pleinement informés, à savoir de la manière dont elle a été transmise aux Pères qui ont été dès le commencement les témoins oculaires et auriculaires de la parole, il m'a semblé bon à moi aussi, poussé par les vrais frères, et l'ayant appris précédemment, de jplacer en ordre les livres qui sont
canonisés, xavoviÇoVeva, et qui nous ont été transmis par tradition, xal TuapaSoôlvTa, et que Ton croit divins, TTidxeuôsvTa ts ôeta cîvai piêXta, afin que chacun, s'il a été trompé, connaisse ceux qui l'ont trompé et que celui qui est demeuré pur se réjouisse du rappel de ces livres. »
Saint Athanase cite d'abord les livres de l'Ancien Testament, au nombre de vingt-deux. « Mais, continue t-il, il ne faut pas tarder de parler de ceux du Nouveau Testament. Car ce sont ceux-ci : les quatre évangiles, selon Matthieu, selon Marc, selon Luc, selon Jean ; ensuite les Actes des apôtres et les épîtres des apôtres, appelées catholiques, au nombre de sept : une de Jacques, mais deux de Pierre, ensuite trois de Jean •et avec celles-ci une de Jude. Ajoutées à celles-ci, il y a quatorze épîtres de Paul, écrites dans l'ordre suivant: la première aux Romains, ensuite deux aux Corinthiens et après celles-ci une aux Galates et, en suivant, une aux Ephésiens, puis aux Philippiens et aux Colossiens ; après celles-ci deux aux Thessaloniciens et celle aux Hébreux, et immédiatement après deux à Timothée et une à Tite et, la dernière, celle à Philémon et enfin l'Apocalypse de Jean.
« Ces livres sont les fontaines du salut, de sorte que ceux qui ont soif soient abreuvés de ces paroles; en eux seuls l'enseignement de la piété est transmis. Que personne ne les augmente, ni ne les diminue... Mais pour une plus grande exactitude, j'ajoute aussi qu'il y a encore, outre les précédents, d'autres livres, non canonisés à la vérité, mais placés par les Pères pour être lus par ceux qui veulent être instruits sur la parole de j la piété : La Sagesse de Salomon, la Sagesse de Sirach, 1 Esther et Judith, Tobie et la Doctrine appelée des apôtres et le Pasteur. Et pareillement, mes chers (frères), ces livres étant canonisés et étant lus, qu'il ne soit fait aucune mention des livres apocryphes. Car ce sout
des inventions d'hérétiques, qui les ont écrits comme ils ont voulu, leur attribuant des années, afin que, rejetant les anciens livres, ils puissent tromper les simples par leurs livres. »
Des paroles mêmes de saint Athanase, il ressort que, de son temps, à Alexandrie, il n'y avait pas de liste officielle des livres du Nouveau Testament, puisqu'il reconnaît que c'est, de sa part, une grande hardiesse de dresser cette liste. Cependant, il n'innove rien, déclarant canonisés les livres que recevait la tradition alexandrine. Toutefois, il n'admet pas parmi les livres canonisés la Doctrine des douze apôtres et le Pasteur qui, à un moment donné, avaient été reçus comme inspirés à Alexandrie. Il ne veut pas cependant les rejeter complètement et déclare qu'ils peuvent être lus pour l'enseignement de la piété.
Le canon des livres néotestamentaires que dresse saint Athanase est exactement celui du concile de Trente, sauf pour l'ordre des livres; les épîtres catholiques sont placées immédiatement après les Actes des apôtres. Il mentionne celles-ci ainsi que l'Apocalypse, sans rappeler les doutes qui avaient été soulevés à propos de quelques-uns de ces livres. Il n'avait pas à le faire dans une lettre pastorale; s'adressant au peuple, il devait s'en tenir à l'opinion générale.
Didyme d'Alexandrie.— L'accord cependant n'existait pas encore, au sujet de la seconde épître de saint Pierre, en particulier. Dans son Commentaire sur les épîtres catholiques, Didyme d'Alexandrie (f circa 395) déclare que la seconde épître de saint Pierre est apocryphe : « Non est igitur ignorandum praesentem epistolam esse falsatam, quae licet publicetur, non tamen in canone est^ » 11 ne veut pas dire que