‹ Le Nouveau Testament dans l'Église Chrétienne (volume 2)Chapitre 209 sur 259 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

LES PREMIERS REFORMES

Critérium de canonicité des saintes Écritures d'après les écrivains de la Réforme. — Le canon des saintes Écritures de l'Ancien et du Nouveau Testament était déterminé par l'autorité de l'Eglise. Ne reconnaissant plus cette autorité, les réformés ont été obligés de lui donner une autre base, de fixer un autre critérium qui servît à reconnaître si tel livre était inspiré ou non. Les thèses fondamentales du protestantisme sur la régénération, sur la justification par la foi, sur l'union immédiate du chrétien au Christ amenèrent les réformés à conclure que la canonicité d'un livre était attestée parle témoignage intérieur du Saint-Esprit à l'âme du croyant. Les diverses confessions protestantes émettent d'une manière plus ou moins nette ce principe que nous trouvons clairement exprimé dans la confession des églises des Pays-Bas, art. 5 : « Hosce libros pro sacris etcanonicis recipimus... idque non tam quod ecclesia eos pro hujusmodi recipiat et approbet quam imprimis

1. A consulter H. Howorth, The origin and authority of the biblical Canon according to the continental reformers — Journal of theological Studies, London, vol. vni, p. 321-365 : Luther and Karlstatd; vol. IX, p. 188-230: Luther^ Zwingli, Lefèvre and Calvin,

quod Spiritus Sanctus in cordibus nostris testetur a Dec profectos esse, comprobationemque eius in se habeant. » « C'est donc le Saint-Esprit, dit ReussS qui dans nos cœurs mêmes rend témoignage aux Écritures, soit en nous convainquant de leur canonicité, c'est-à-dire de leur caractère de livres inspirés et normatifs, d'une manière immédiate et directe et comme par intuition, soit en nous apprenant à en distinguer tout ce qui n'a pas ce même caractère. » Reuss ^ reconnaît que « l'historien consciencieux ne peut manquer de constater que cette théorie, malgré sa vérité intrinsèque, malgré l'élévation de son point de vue et sa conformité avec Tessence de l'Évangile, s'est montrée insuffisante dans la pratique, et que ceux qui l'avaient formulée ont été les premiers à en dévier, à se laisser aller à d'étranges inconséquences. » Ajoutons qu'il n'en pouvait être autrement. Il est permis de se demander si un protestant lisant l'épître aux Hébreux y sent moins le souffle de l'Esprit-Saint que dans les Actes des apôtres par exemple. En fait, les réformés ont pu poser ce principe, mais ils ont été guidés dans leur critique des Livres saints par d'autres considérations. Ils rejettent l'autorité des Pères de l'Église, et, d'autre part, ils se laissent souvent guider par eux dans leur acceptation et surtout dans le rejet de tel ou tel livre. Ils ne se sont pas dégagés, autant qu'ils le disent, de la tradition de l'Église.

Ce critérium de canonicité, l'Esprit-Saint parlant à l'âme du croyant, aurait produit des effets multiples et même contraires puisque, ainsi que nous allons le voir, les réformés ont été loin d'être en accord sur les livres qu'on devait accepter ou rejeter. Tout dépendait de leur point de vue théorique.

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