‹ Le Nouveau Testament dans l'Église Chrétienne (volume 2)Chapitre 27 sur 259 · Patres apost, p. 236, 237, note · texte numérisé non relu

Patres apost, p. 236, 237, note

PÉRIODE POST-APOSTOLIQUE

Saint Ignace a certainement connu la première épître de saint Paul aux Corinthiens ; il en est tout imprégné, ainsi que le prouvent les nombreuses réminiscences de cette épître que l'on relève dans ses lettres : Eph. XVI, 1 = I Cor, VI, 9, 10; Magn, X, 3 = I Cor. V, l .RomAX, 2z=I Cor. XV, 8-10; TralL H, 3 = I Cor, IV, 1 ; Rom, VI, 1 = I Cor. IX, 15 ; Philad, IV, 1=1 Cor. X, 16, 17, etc. Quelques passages sont presque littéralement cités :

Éphésiens, XVIII, 1 : Hs-

pov, ô èffxiv (jxàvôaXov toi; aTii- (TTOÎiaiv, y][jLÏv ôè (JWTTQpîa y.at ^w?]

n©u (jocpoç; 710U cruÇy)T7iTrj; ; ttou

Rom. V, 1 : 'AXV o j Tiapà tout

I Cor, I, 18, 20, 23 : 'Oloyoç y cep 0 Tou (TTaupoO ToT; (lèv aTioX-

>.U{JL£VOtÇ (JLWpl'a £(JT:V, TOÎÇ 0£ (TCO-

^ofiévot; Yi{JLÏv ôuvauLi; 0£oO èdTtv...

IIou aoïo; TtoO cyvS^yiTYiTïiç toO alwvoç TOuToy;... vi{Ji.£ïç ôè 7ty)p0(7-

(TO^JLEV XpKTTOV £ffTaupW[X£VOV 'loU"

oatoi; (xèv (7xàv6aXov.

GaZ. IV, 4 : IxâvôaXov toO GTaupou.

I Co7\ IV, 4 : 'A)>X' cOx èv totjtw Ô£Si/:a((Oîxat.

Les rapprochements avec Tépître aux Éphésiens sont aussi très frappants. Le début de l'épître que saint Ignace écrivit aux Ephésiens rappelle de très près le commencement de l'épître de saint Paul aux mêmes Ephésiens. Plusieurs expressions sont identiques dans les deux lettres rxovxaivbv àvÔpwTuov, Iv h\ awuLaTi, {jLi[jLr,Tal TOU 0SOU. Quelques phrases rappellent l'épître de saint Paul.

Polyc. I, 2 : IlàvTcov avÉ^ou £V aYauTr).

Eph. IV, 3 : 'Av£xoix£vot àXkn-

Rappelons que saint Ignace parle aux Éphésiens de saint Paul, le sanctifié, dont ils ont été les co-initiés et qui se souvient d'eux dans toute sa lettre : IlauXou

(JUfJLfJLUGTTOfl TOU T^y^^^f^^^^^ • • • TldcdYl eTTiaToX^ |/.V7)tX0V£U£ l

u(jLwv £v XpiaTw IriGou. Cf. encore Polyc, Y, 1 = Eph,

V, 25 ; Polyc, VI, 2 = Eph, VI, 13-17.

Les ressemblances entre les épîtres de saint Ignace et les autres épîtres de saint Paul, citations approximatives ou réminiscences, sont en si grand nombre que Ton doit conclure que Févêque d'Antioche les savait pour ainsi dire par cœur. Voici les plus saillantes : Eph. VIII, 2 = i2o/?2. VIII, 5, ^\Eph, XIX, 3= Rom.

VI, 4; Sm7jrn, I, 1 = Rom, I, 3, 4; Eph, XV, 3 II Cor. VI, 16; Phil, I, 1 rz. Gai, I, 1; Eph. XVI, 1 = Gai. V, 21 ; Trall. X, 1 = Gai. II, 21 ; Smj/rn. XI, 3 = Phil. III, 15; Eph. XIV, 1; XX, 1; Magn, VIII, 1 = I Tim, I, 3-5; Magn, VIII, 1 = m I, 14; III, 9*.

Enfin, relevons les expressions qui, dans le Nouveau Testament, ne sont que dans saint Paul et qui se retrouvent dans les épîtres de saint Ignace : aSoxifxoç, àva^l'uj^Eiv, aTTEptaTcacTTOi;, 8XTpo3(j(.a, évoTr^ç, 67]pto(Jt.ay^eTv, 'louoatcriJLOç, otxovojjita, cpuaiouv, etc. ; lvôuva{xo(o (1 fois dans les Actes), at/jji.aXoTi^o> (1 fois dans Luc), ©eotî oixovd(jLo;.

Saint Ignace a connu aussi Fépître aux Hébreux : Magn, III, 2 = Héb,lN, i3;Philad,IX, i = Héb.Yll, 7, 19, 22, 23, 26, etc., — peut-être les Actes : Magn. V, l = AcL I, 25; Smyrn, III, 3 — Act, X, 41, — probablement la première épître de saint Pierre, Eph, V, 3 = I Pr, V, 5 ; Rom, V, 1 = I Pr, II, 25 ; V, 2.

Cette connaissance étroite de presque tous les livres du Nouveau Testament, que Ton constate dans les épîtres de saint Ignace, a fait croire à quelques critiques que Févêque d'Antioche possédait une collection, déjà formée des écrits néotestamentaires et divisée en deux parties, VÉvangile et les Apôtres. Il nomme, en effet, conjointement FEvangile et les Apôtres, mais a-t-il

4. Cf. pour d'autres ressemblances : The Nciv Testament in the apostille Fathcrs, Oxlord, 1905, p. 73 et ss.

PÉRIODE POST-APOSTOLIQUE

voulu désigner par ces mots des livres écrits ou bien la tradition vivante dans TÉglise? Il semble que les deux sens se rencontrent dans les mêmes textes. Écrivant auxPhiladelphiens, VIII, 2, il s'exprime ainsi : « Jevous prie de ne rien faire en esprit de contention, mais d'agir suivant la doctrine du Christ. Car j'en ai entendu qui disaient : « Si je ne trouve pas (cela) dansles archives, dansl'Évangile, je ne crois pas, » et lorsque je leur dis que c'est écrit, ils me répondirent que c'était à prouver. Pour moi, mes archives, c'est Jésus-Christ, mes archives immaculées, sa croix, sa mort et sa résurrection et la foi qui est par lui, dans lesquelles je veux être justifié par vos prières... » Plus loin, IX, l'Evangile paraît employé dans le sens général de bonne nouvelle du salut : « Mais l'Évangile a quelque chose de particulier, la venue, irapoudta, du Sauveur, Notre-Seigneur Jésus-Christ, sa passion et sa résurrection. Car les bien-aimés prophètes l'ont annoncé, mais l'Évangile est l'achèvement de Timmortalité. Toutes ces choses ensemble sont bonnes, si vous croyez dans la charité. ))

Un peu auparavant, V, 1, 2, saint Ignace ferait, dit-on, clairement allusion à l'Évangile et aux Apôtres en tant que livres : « Votre prière à Dieu me rendra pariait, afin que j'atteigne le but qui m'est assigné par la miséricorde, me réfugiant dans l'Évangile comme dans la chair de Jésus, et dans les Apôtres comme dans le presbyterium de l'Église. Et aimons aussi les prophètes, parce que, eux aussi , ils ont annoncé l'Évangile. »

Le texte n'est pas cependant tellement clair que l'on soit obligé de croire que saint Ignace fait allusion ici à des écrits. Il semble bien que, pour l'Évangile, il est question d'un livre; pour les Apôtres, il s'agirait plutôt de la tradition apostolique. Enfin, l'Évangile qu'ont annoncé les prophètes, c'est la bonne nouvelle

de la venue du Christ, et non le livre où est contenue cette bonne nouvelle ; par conséquent, la question n'est pas résolue, quoique raffirmative soit probable.

En résumé, le jugement de Lightfoot reste exact ^ : « La connaissance qu'Ignace a des écrits du Nouveau Testament se traduit par des mots ou des expressions semblables, des coïncidences isolées de pensées, mais de citations littérales du Nouveau Testament il n'y en a aucune » .

Saint Ignace a donc connu presque tout le Nouveau Testament; il s'en est servi dans ses épîtres et il l'a estimé à l'égal des écrits de l'Ancien.

g 3. — L'épître de saint Polycarpe de Smyrne.

Saint Polycarpe et saint Ignace étaient contemporains. L'épître de saint Polycarpe aux Philippiens se rattache donc étroitement aux épîtres de saint Ignace. Elle fut d'ailleurs écrite peu de temps après le martyre de l'évêque d'Antioche, vers l'an 110-117. Elle est de première importance pour l'objet de notre étude. Gregory ^ constate que « l'épître de Polycarpe est pleine du Nouveau Testament. Il est évident qu'il a entre les mains l'évangile de Matthieu et peut-être les quatre évangiles. Il a toutes les épîtres de Paul, la première épitre de Pierre et la première épître de Jean. Dans le premier chapitre, il se réfère aux Actes. Il est, si l'on peut parler ainsi, saturé de Pierre, mais il est aussi paulinien à un très haut degré ».

Il faut reconnaître cependant que les citations littérales du Nouveau Testament sont très rares dans l'é-

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