‹ Le Nouveau Testament dans l'Église Chrétienne (volume 2)Chapitre 40 sur 259 · Adv. Haer. V · texte numérisé non relu

Adv. Haer. V

périodp: des pères apologistes.

Papias les a rapportées, il ne s'ensuit pas qu'il était faible d'esprit, car, à ce compte-là, il faudrait porter le même jugement sur saint Irénée qui les a acceptées comme vraies. N'oublions pas que, vers le milieu du 11^ siècle, le millénarisme était en honneur dans l'Asie et ailleurs aussi. En fait, de ce que Papias a rapporté des légendes, cela n'infirme en rien son témoignage sur des faits positifs, à savoir l'existence et la nature des évangiles de saint Marc et de saint Matthieu.

Remarquons d'abord que le témoignage sur l'évangile de saint Marc est de haute valeur puisque, d'après Papias, il venait de Jean le presbytre, disciple du Seigneur. Toute la question est de savoir s'il se rapporte à notre évangile de saint Marc, tel que nous l'avons. Au dire de Papias, Marc avait rassemblé des faits et des paroles du Seigneur, le tout sans ordre, car il les reproduisait d'après la prédication de Pierre, laquelle ne formait pas un ensemble suivi des oracles du Seigneur. On se demande si ces notes caractéristiques peuvent s'appliquer à l'évangile actuel de saint Marc, ou si elles ne se rapporteraient pas à un Marc primitif, qui aurait été la source de celui que nous possédons maintenant. De la comparaison des deux autres synoptiques, il ressort bien que l'évangile canonique de saint Marc est incomplet, qu'il ne contient qu'une partie de la matière évangélique, mais peut-on dire que tout, faits et discours, y est rapporté sans ordre ou ne l'est pas dans l'ordre strictement chronologique? La question n'est pas de savoir si notre Marc canonique a conservé l'ordre réel des faits, mais de juger si Jean le presbytre a pu dire, à son point de vue, qu'il était sans ordre. Il est possible qu'il ait fait allusion à un ordre chronologique strict, lequel, peut-être, n'existe pas dans saint Marc, puisque, en définitive, si nous connaissons le rapport général

des événements importants, nous ne sommes pas assurés de la chronologie des faits de détail. Il est probable cependant que ce n'est pas à un ordre chronologique que faisait allusion Jean le presbytre, mais plutôt à une bonne ordonnance de la matière. A ce point de vue, Matthieu était mieux ordonné que Marc, et même le IV^ évangile devait représenter pour lui Févangile bien en ordre. De ce témoignage, rapporté par Papias, on ne peut donc conclure à un Marc primitif, différent de notre Marc actuel. S'il avait réellement existé, il serait bien étonnant qu'on n'en ait rien conservé et que, nulle part, on n'ait relevé des traces de son existence. Nous ne parlerons pas de l'hypothèse d'un Marc araméen, qui est complètement inconnu, et qui ne peut être celui dont parle Papias. S'il est remarqué que saint Marc était l'interprète de Pierre, c'est pour expliquer comment son évangile grec peut être la reproduction de la prédication araméenne de saint Pierre.

Le témoignage sur l'évangile de saint Matthieu présente des difficultés multiples, vu la divergence des explications qu'on peut en donner. Et d'abord, quelle en est la source ? Eusèbe relève seulement ce que Papias disait au sujet de Matthieu, tandis que, pour Marc, il constatait que c'était ce que disait Jean le presbytre. De ce que le témoignage sur Matthieu suit dans Eusèbe ce qui est dit sur Marc, nous ne devons pas en conclure que les deux témoignages ont la même provenance.

En second lieu, est-ce que Papias, en affirmant que Matthieu a mis en ordre, cruvsTàÇaTo, les sentences, a voulu le distinguer plus nettement de Marc, qu'il dit avoir écrit sans ordre? Ce serait possible, s'il était certain que ces deux passages étaient accouplés dans Papias, ce que nous ignorons.

La question principale à résoudre au sujet de ce témoignage de Papias est celle-ci. Papias parle-t-il

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ici d'un évangile araméen (hébreu) de saint Matthieu dont notre Matthieu canonique serait une traduction? Pour répondre à cette question, il faut savoir d'abord ce qu'il entend par les Logia du Seigneur. Fait-il allusion à cet hypothétique recueil de sentences qui, d'après la plupart des critiques actuels, serait une des sources de certains discours que l'on trouve dans Matthieu et Luc et même dans Marc, d'après quelques-uns? Nous n'en savons rien, car ce recueil n'est, pour le moment, qu'un postulat, nécessaire peut-être dans les systèmes actuels sur la question synoptique, mais d'une existence hypothétique. Personne ne Fa jamais vu et l'on ne s'entend pas même sur son contenu. S'il a réellement existé, comment a-t-il pu disparaître d'une façon aussi complète?

S'il n'a pas voulu parler de ce recueil, qu'est-ce que Papias a voulu viser en disant que Matthieu disposa en un tout les Logia du Seigneur? Logia signifie-t-il seulement des sentences ou englobe-t-il aussi des faits? En d'autres termes, Papias veut-il dire que Matthieu a rassemblé seulement des sentences ou qu'il a écrit un évangile, analogue à celui que nous possédons sous son nom? La réponse dépendra du sens que l'on donnera au terme Xoyia.

Aoyiov, diminutif de X^yo;, signifie, dans les auteurs classiques, réponses d'oracles, prédictions. Dans les Septante et dans Philon, il signifie oracles de Dieu, paroles inspirées, xà osxa Àoyia, les dix commandements \ En quelques passages il paraît avoir un sens plus étendu et embrasser tout à la fois des faits et des discours. Ce sens pourrait lui venir de l'hébreu. Les livres historiques de Samuel portent le titre de Dibrê Schemouel : paroles sur Samuel, par conséquent récits.

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