‹ Le Nouveau Testament dans l'Église Chrétienne (volume 2)Chapitre 48 sur 259 · Ad\). Tryph · texte numérisé non relu

Ad\). Tryph

PÉRIODE DES PÈRES APOLOGISTES

vinrent et l'adorèrent, Adi^. Tryph. 106 = Matth. Il, 1, 11. Les apôtres ont écrit que comme une colombe l'Esprit saint tomba sur Jésus sortant de Teau, Adç>. Tryph. 88 =r MaUh. III, 16; Marc, I, 10. Il est écrit dans les Mémoires des apôtres que le démon tenta Jésus jusqu'à lui dire : « Adore-moi « , et que Jésus lui répondit : «Va derrière moi, Satan. Tu adoreras le Seigneurton Dieu et tu le serviras lui seu.hi,Adi>, Tryph. 103 = Marc, IV, 9, 11; D^c, IV, 7, 8. Il est dit que Jésus changea le nom de Pierre, un des apôtres, et cela est écrit dans les Mémoires de celui-ci, aÙTou, et qu'il appela les deux frères, fils de Zébédée, Boanerges, c'est-à-dire fils du tonnerre, Adi>, Tryph, 106 = Marc, III, 16, 17. (Nous verrons plus tard à qui sont attribués les Mémoires mentionnés ici.) Les apôtres dans leurs Mémoires, qu'on appelle évangiles, nous ont transmis que Jésus leur ordonna ceci : 11 prit du pain et, ayant rendu grâces, il leur dit : « Faites ceci en mémoire de moi : Ceci est mon corps. » Et, ayant de même pris le calice et rendu grâces, il dit : « Ceci est mon sang », I ApoL 66 = Luc, XXII, 19, 20; Matih, XXVI, 18. Lorsque Jésus était avec ses disciples il loua Dieu, comme il est montré dans les Mémoires des apôtres, Adi>. Tryph. 106 z=iMaUh. XXVI, 30; Marc, XIV, 20. Il est écrit dans les Mémoires composés parles apôtres et leurs disciples que la sueur découla comme des g'outtes de sang de Jésus priant et disant : « Que ce calice passe, si c'est possible », Adi^, Tryph. 103 := Luc, XXII, 42. Il est écrit dans les Mémoires des apôtres que Jésus fut condamné par la synagogue, ib. 104 Marc, XIV, 64. Jésus se tut et ne voulut rien répondre à Pilate, comme il est montré dans les Mémoires des apôtres, ib. 102 =: Marc, XV, 5 ; Lucy XXIII, 9. Les Mémoires des apôtres rapportent les paroles de ceux qui assistèrent au crucifiement : «Il

104 PREPARATION DU CANOiX DU NOUVEAU TESTAMENT.

s'est dit fils de Dieu; qu'étant descendu (de la croix) il marche. Que Dieu le délivre », ib. 101 Matth, XXVII, 39, 40, ki\Marc, XV, 30; Luc, XXIII, 35. Et rendant l'esprit sur la croix, Jésus dit : « Père, je remets mon esprit entre tes mains. >; C'est ce que j'ai appris des Mémoires, ib, 105 ~ Luc, XXIII, 46. Cette citation des paroles de Jésus est littérale.

Saint Justin a trouvé aussi dans les Mémoires ou dans l'évangile des paroles de Jésus que rapportent nos évangiles canoniques. Il est écrit dans les Mémoires que Jésus adit : « Si votre justice ne surpasse beaucoup celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux », ib. J05 Matth. V, 20. Il est écrit dans les Mémoires que ceux de votre race, dit-il à Tryphon (les Juifs), discutant avec Jésus, lui dirent : « Montre-nous un signe.» Et il leur répondit : « Une génération méchante et adultère demande un signe et il ne leur sera point donné de signe, sinon le signe de Jonas », ib, 107 = Matth, XII, 39. Et dans l'évangile il est écrit que Jésus a dit : « Toutes choses m'ont été données par le Père, et personne ne connaît le Père, si ce n'est le Fils, ni ne connaît le Fils si ce n'est le Père, et ceux à qui le Fils l'aura révélé », ib, 100 = Matth, XI, 27. Saint Justin cite deux fois dans sa première Apologie, 23, cette sentence comme parole de Jésus, mais toujours en intervertissant l'ordre de Matthieu, XI, 27.

Observons qu'aucun des traits cités plus loin, se rapportant à la vie du Seigneur, que saint Justin répète et qui ne se trouvent pas dans les évangiles, n'est dit emprunté aux Mémoires, et puisque tous ceux qu'il dit provenir des Mémoires se retrouvent dans nos évangiles, il s'ensuit que par les Mémoires des apôtres, qu'on appelle, dit-il, les évangiles, il entendait nos évangiles canoniques.

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Un certain nombre de textes évangéliques sont cités littéralement. Quelques exemples ont été déjà donnés; en voici d'autres, I ApoL 33 : 'ISoù (yu>.Xrjt^rj Iv ya^rpl (l>c TTveuaaioç ayiouj xai ts^y) uiov, xoti uioç u']/i'(ttou x)vY)6Y^(y£Tai xat xaXeffÊK; to ovoua autoî» 'Ir,(jouv = L^t<?, I, 31. 'Auibç yàp (jtoasi TOvXaov aiiTou aTub tcov àaapTuov auxiov zz: Matth, I, 21. La citation est textuelle, sauf l'addition des mots entre parenthèses et l'omission de oOto; £<jTai jAsyac, Luc, La réponse de Marie à Fange : FevoiTo (xoi xaxoc to ^rifxa cou, Luc^ 1, 38, est textuellement dans Ad^. Tryph, 100. — Tryph. 49: 'Eyw M"'^vu{jLaçpa7rT((^wlvuo3CTi£Î<;fji£Tàvoiav, vj^si 5s ôî(7y(^upOT£po^(ji.ou, o6 oux Êiui txavoç Tot uTToSr^tjLaTa potffTacrai aOxbi; ufiiaç paiTTidsi £v 7rv£'j;jt.aTt ayio) xal TTOpt. OO to tctuov «utou Iv TY) yjipi otuTOU xat âiaxaÔ-xpiEt T7)v aX(ova aÙTou xai xbv aÏTOV cruvaÇ£i £i;TrjV àîroOiQXVjv^ xb Ô£ ayupov xaTaxau(j£i Tiupt àdêÉdTW m: Matth. III, 11. Au lieu de rjçct, leçon soutenue par le latin du Codex de Bèze, qui autem venity Matthieu a : 6§£ oTTtarw (jlou IpptjLEvoç; un mot, auTou, est omis. — ^(^f^. Tryph, 51 : '0 vou.o; xal oi irpocpyjTat (Jt.£/pi 'Iwavvou loîl ^a- TTTiaTOu • Iç orou paaiXfiia twv oupavwv pia^STat xat piadtat apTrà^ouŒiv auiv^v. Kal et Ô£X£rs 8£;aaôai, ajTO; Igtiv 'HXiaç ô (jisaXojv Ip/^ÊdOat. '0 £/(ov wra axouEiv, axou£Tt»j = Matth, XI,

12, 14. 11 y a transposition de textes et changement d'une expression : 1^ ô'ioo pour cxTrb twv ri(ji£p(r)v'Io)àvvou. Le passage : 'HXiaç (jlev IXEudExat [Matth, £p;(£Tai), Ad(^. Triph, 49,est littéralement cité de Matthieu, XVII, 11-

13, sauf l'omission de la proposition : oStw; xai ô uioç. La parole du Seigneur, Matth. VII, 21 : Où Traç ô Xe^ov, est textuellement citée, I Apol. 16, sauf que saint Justin a Tuaç, au lieu de ou tzv.c,. De même la sentence : Ilav [U] SsvSpov, I ApoL m =1 Matth, VIII, 19. La réponse de Jésus au sujet de l'impôt à payer à César : 'AttoSots, Matth, XXII, 21, est littéralement citée, I ApoL 17. La prière du Seigneur au jardin des Oliviers : riaxgp et ^uvaxov èaxiv, Matth, XXVI, 39, sauf l'omission du

pronom [aou et une transposition de terme, est textuellement citée dans Ad^, Tryph, 99. La prophétie de Notre-Seigneur sur les souffrances du fils de l'homme : AstTov Luc, IX, 22, est textuellement reproduite dans Adçf. Tryph. 76, sauf l'omission d'un mot et le changement de deux autres, et encore «vacrT/ivai au lieu de eyEpô^vat est dans Marc, VIII, 31.

Les citations presque littérales des évangiles canoniques sont très nombreuses dans les écrits de saint Justin. Voici comment il présente l'institution de l'Eucharistie : 01 yoLp dTcocjToXot Iv toÎç Ysvojxévotç utt' aoxwv aTTouvy)fxov£u(jLaffiv S xaXsïxat suaYye^ia, oStoiç TcapsSwxav IvTsxaXôai auToTç* Tov 'Iy)<tolIv Xaêovia apxov gUy^apiaTT^oravTa sittsiv toÎîto ttoisÎtê eiç TYjV àvafjLVVjŒiv [aou, touto laiiv to cwfxà [xou, xal to TTOTTipiov ôjjLOiwçXaêovTaxal su^apKJTvjaavTa etTcetv touto écrTtv to aiuLot (JLOU xal iàovoiç auxoï; [xsTaoouvat, I Apol. 66. Il donne la substance des quatre récits, Matthieu, Marc, Luc, Paul, mais n'en suit aucun exclusivement.

De nombreux passages des évangiles sont fondus dans le récit et ont subi, comme nous le verrons, des modifications, dont on comprend la raison d'être, llemarquons enfin que saint Justin emploie un très grand nombre d'expressions que l'on retrouve dans les évangiles.

En résumé, il est certain que saint Justin a connu et utilisé les évangiles de saint Matthieu et de saint LuC; ainsi qu'il ressort de l'exposé précédent. 11 a emprunté à saint Marc quelques traits : I Apol. 16 = Marc, X, 17, 18; ib. 45 — Marc, XVI, 20, et Ta très probablement cité sous le titre de Mémoires de Pierre. C'est du IV® évangile que saint Justin a appris que Jésus était le fils unique du Père : MovoYsvr); ^vtw iraTpl Twv SXtov, qu'il était son Verbe, Xoyoç, et sa puissance, SuvajjLiç, et qu'il était devenu homme par la Vierge : *Av6p(D7rû; 8ià T^çTuapÔevou YcvofJLevoç, Adç^, Tryph. 105, 100,

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qu'il l'était devenu non par une semence humaine, mais par la volonté de Dieu, Ix ^{kr^if.(XTo^ ©sou, ib. 63 = Jean, I, 13. Cf. ib. 76, 84; I Ap, 61 — Jean, III, 3-5. On trouvera dans le IV® volume, p. 61, de VHistoire des liç^res du Nouveau Testament, le relevé des autres emprunts de saint Justin au IV® évangile. Enfin, dans le fragment 9 du De Resurrectione carnis, on rencontre des réminiscences ou des citations approximatives des quatre évangiles et des Actes des apôtres.

Nous conclurons donc que saint Justin a connu et utilisé les évangiles canoniques, et peut-être même qu'il n'a utilisé que ceux-ci, ce que nous allons essayer de prouver.

II. Cette conclusion est rejetée en entier ou en partie par quelques critiques : les uns soutiennent que saint Justin s'est servi d'un évangile différent de nos évangiles canoniques; les autres, qu'il a connu ceux-ci, mais qu'il a utilisé aussi d'autres sources orales ou écrites. Voici les preuves qu'ils fournissent de leurs hypothèses :

1^ Excepté une fois, et dans un passage dont le sens n'est pas clair, saint Justin ne cite jamais les évangiles par le nom de leur auteur. Observons de suite qu'en agissant ainsi il a suivi l'exemple de ses prédécesseurs, de ses contemporains et même de ceux qui ont écrit après lui, Tatien, Athénagore. Pour les citations de l'Ancien Testament, il a cent quatre-vingt-dix-sept fois indiqué la source, et cent dix-sept fois il ne l'a pas mentionnée. Il a cité un passage de l'Apocalypse en Fattribuant à saint Jean. 2° Si l'on peut relever dans les écrits de saint Justin quelques passages que l'on rencontre dansles évangiles canoniques, passages qui sont tous des sentences du Seigneur, lesquelles ont pu lui être données par la tradition orale ou se retrouver dans l'évangile dont il se servait, les passages divergents,

en partie ou totalement, sont en si grand nombre qu'on est obligé de conclure que saint Justin ne citait pas les évangiles canoniques. 3^ Saint Justin rapporte un certain nombre de faits que ne connaissent pas les évangiles canoniques.

Faisons d'abord quelques observations générales, puis nous examinerons dans le détail chacune de ces observations.

Reconnaissons tout d'abord qu'il y a une très grande divergence dans un bon nombre de passages entre le texte de saint Justin et celui des évangiles. Ces divergences, quand saint Justin cite un texte, proviennent d'un mélange de textes de plusieurs évangiles, d'une combinaison de mots ou de formes. Cependant, pour les passages qu'il dit provenir des Mémoires, il cite presque toujours littéralement. Remarquons ensuite que souvent saint Justin reproduit les faits évangéliques, sans avoir l'intention de citer les évangiles; il s'en sert comme d'une source, mais à la manière des historiens : il ne s'astreint pas à la reproduire littéralement. Assez souvent, cependant, il rapporte des faits ou des paroles évangéliques, mais il ne reproduit pas les textes de nos évangiles. Cette constatation qui est exacte prouve simplement que saint Justin citait ordinairement de mémoire, et ne s'astreignait pas à vérifier les textes. Sa mémoire a pu lui faire défaut quelquefois. N'oublions pas que celte habitude de citer littéralement n'existait pas de son temps et que, si saint Justin a été un des écrivains le plus libre dans ses citations, d'autres ont agi de même. D'ailleurs, saint Justin n'a pas cité plus exactement les textes de l'Ancien Testament et les auteurs classiques. Ceci a été prouvé par les critiques, Semisch et Bousset, entre autres.

De plus, outre cette façon de citer que nous constatons aussi pour le Nouveau Testament, saint Justin

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rapporte quelquefois différemment le même texte de F Ancien Testament. Voici comment il reproduit le texte d'Isaïe, VI, 14, dans la première Apologie, 33, et dans le Dialogue avec Tryphon, 43, 66 (le texte est celui de l'Apologie et les variantes du Dialogue sont entre parenthèses) : 'I5où ^ TrapÔEVo; Iv •^olgtçH ?^£i (\riif.^exoLi) xal TSÇSTai uiov, xa\ Ipoudiv Itti tw ôvofxaTt auTOÎî fjieô' yjfxwvô ©eoç (xat xaXsasTat TO ovo^ta auTou 'Efxut.avouiqA, Adç>. Ti^yph. 43; xat xaXsdouort To ovofjia auTou 'E|jLtjLavou75X), ib. 66. Observons qu'aucun de cestrois textes ne reproduitexactementceluid'lsaïe, non plus que celui de Matthieu, I, 23. Celui de VAd{>. TryphonerUy 66, se rapproche de ce dernier, sauf un mot X>i|jLiJ^eTat au lieu de é'^et.

Il est à remarquer en effet que saint Justin reproduit quelquefois le texte des Septante avec les variantes qui se trouvent dans les évangiles ou dans les épîtres pauliniennes. Exemple :

Adv. Tryph.l? :

4>(*)vr) èv Pa^xà

yjxouffÔYi, xXauôptoç xal

*Pa^9lX x)aiouTa xà TÉxva aÛTyjç, xai oûx YiÔsXe 7:apaxXvi6^vai, ÔTt oyx eldcv.

Maith. II, 18 :

<ï>a)VY) £V Pa[x^

yjxoyffôr), x>au6(jLb; xal

'Payj^X x>atou(7a xà T£xva auT-?]^, xal OTjx T^ôeXs TrapaxXyjÔrjvai, ÔTi oyx stotv.

LXX (B) Jérém.

XXXÏ, 15 :

<ï>a)VY) dvPajjia y]X0U(y6r] Ôp^voy xal xXayO- [jLou xal ôôupixoù, 'Payj^X aTTOxXato-

oùx Y^ôsXs TTayoaaôai iid toi; yîotç ayxTÎç, ÔTi oyx eldév.

LXX {Lucien) :

<ï>a)VTO Iv Pa(jLà

yjxoyerÔY], Ôpyivbç xal xXauôfjLoç xat ôSuppio;* *Pax^X aTCOxXaio-

ayiyi; xal oyx yiôeXe TcapaxXy)- 6fjvat, ÔTi oyx

Voici un second exemple plus caractéristique, car saint Justin a tantôt abrégé, tantôt développé le texte des Septante, et cela sous l'influence du texte de saint Matthieu :

LXX,Zac/i.IX,9:

Xaipe o-çoSpa OuyaTep Siwv,

xiopudcre OuyaTep *Iepou(îa>if](x*

êpj^exat (joi oixato; xat cjwÇwv

aÛToç TTpaO;, xai èirtêeoyixw; ÈTii OTTO^uyiov xai TTwXov véov.

Adv. Tryph.^S :

Xaïpe dçoôpa ôuyaxEp Stwv, àXâXa^ov xTQpixjo-s ÔuyaTSp *Iepou(Ta- Xyi(jL, l6où ô pao-t-

ôtxaioç xat awJJwv a-jTÔç xat Tcpaôç,

Xal TTTWXOÇ,

sTttêeêrjxwç

£7Ul UTCOJ^ÛYtOV

xal TTÔXOV ôvou.

XaTpe ffçdôpa OuyaTEp Siwv, xTQpuaae GuyaTep

'Iepou(jaXTQ(x, tôoù ô pamXeuç cou k'pxetaiaot

TCpàoç, eTitêeêyixà); èiri ôvov xat TiwXov vibv uTcoÇuycou.

Matth. XXI, 5 :

EÎTcaie ôuyaTpi Siwv

tôoù ô padiXeij; (Tou èpxsTai (70'.

Tipauç,

STriêeêYixw; iTcl ôvov

xat ÈTIt TTÛXOV

ulàv uTroîJuY'o^*

On remarquera que le texte de VAdif, Tryphonem se rapproche davantage des Septante et celui de l'Apolo gie de saint Matthieu.

Voici un passage où saint Justin reproduit le texte de saint Paul et non celui des Septante. Le texte est tiré de III Rois, XIX, 14.

Adv. Tryph.Sd :

Kypte

(70U ànÉxTEtvav xal là 6uaiaoTY)pià (jûu xaTÉdxavlav,

xa-yà) vTtsXetcpÔYiv (xdvoç xal îr,TO\}<jt T7)V

tJ^U/TlV {JLOU

/Î0?7î.XI, 3:

Kupte

Toù; ixpoçTQxaç (Tou àuéxTeivav, xà ôudtaaTTiptà (jou xaxé(jxa'{/av,

xàyo) ÛTTeXei'^Oyiv

{XÔVOÇ

xal ÇY)TOÎ;artv xi^v

4'UXTQV [1.01

LXX, m iîoi5,XIX,lO:

Tà ôuataxT^ptà (TOu xaÔeîXav xal Touç TTpocpiQxaç coii àTtéxxsivav ev f oitçaiqt,

xal uTioXéXetfJLfjLai èyà) {jLOvwxaxo; xat Çy|xoûat ty)v 4;u/r,v [xou XaêsTv OLx^x-fyt

Nous ferons donc observer que les divergences que Ton signale entre le texte de saint Justin et celui défi évangiles canoniques, ne peuvent être alléguées comme preuve que celui-là provenait d'un évangile différent de ceux-ci, car saint Justin, de même qu'il avait fail pour les textes de l'Ancien Testament, ne cite pas noi) plus toujours les mêmes textes du Nouveau Testament de la même façon. Ainsi, Matthieu, VII, 22, 23 esl

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reproduit de la façon suivante dans I ApoL XVI et Ad^. Tryph. 76 (les variantes de la seconde citation sont entre parenthèses) : EloXXot Ipouci [xot (ty] ^[xspa IxeivYi)" Kupie, Kupie, où xÇ) cw ovofxaTt icpotYOuev xat ertto|jL6v xal §uva|ji,£i(; £7roi7Î(ja(jt.£V ; (xal 7rpoecpyiT£v5(Ta[j(.£V xat 8at[jt.ovia £^£6àXo(X£v) xa\ T0T6 Ipto auTOÏç* 'A'jro)(^wp£lT£ (ava^upEiTs) cxTr' Iuloî;, IpYotrat t^ç àvotjLiaç. Cette dernière apostrophe n'est pas dans le Dialogue.

Dans l'exemple suivant, les divergences sont plus considérables [Marc, X, 17, 18; Luc^ XVIII, 18, 19) :

I Apol. 6 : Kal TTpoa£).66vTo; aÙTô) Tivo; xat £itc6vto;* Aiôàa-xaXt à^aès, àTre'/pivaxo ).eYwv OCoeU àYa6b; el [it^ (Jlovoç ô Osdç, 6 tioit^- (laç xà Tuàvxa.

.li^t;. Tryph. 101 : AeYo^'toÇ aûxti) xivoç* AïoàaxaXe aYaôé, àTCExptvaxo* Tt (jls Xé^et; aYaôov; Et; èaiiv à-^cL^z^ ô TiaxiQp (lou ô £V xotç O'jpavoï;.

Il serait facile de multiplier ces exemples, car nous avons relevé dans l'index III de Otto, t. I, p. 307, vingtcinq doublets de ce genre, et tous présentent des divergences plus ou moins considérables. On devra remarquer que ces divergences sont assez semblables à celles que nous allons citer avec les évangiles canoniques. Faisons une dernière observation. Quelquesunes de ces divergences que l'on relève entre le texte de saint Justin et celui de nos évangiles s'expliquent par le fait que celui-ci adopte quelquefois des leçons qui rappellent celles du texte occidental ou des versions syriaques. Baldusen a donné dix exemples ^ Ces observations établissent que saint Justin ne s'astreignait pas à citer littéralement les textes, pas plus ceux de l'Ancien Testament que ceux du Nouveau.

Examinons maintenant dans le détail les preuves qu'on allègue pour établir que saint Justin avait entre les mains un autre évangile que les nôtres.

l. Bas Verhàltnis Justins des Martyrers zu imscrn synoptischen Evangelien, Munster, 4895, p. 3-2-3o.

1° Saint Justin cite, remarque-t-on, de la façon suivante des enseignements de Jésus, analogues à ceux que nous trouvons dans Matthieu, XVIII, 9. (Nous plaçons entre parenthèses le texte de saint Matthieu, quand il estdiflférent de celui de saint Justin.) I Apol. 15 : El ô oqpOaXfxo; (jou ô Ss^to; <jxav$aXtÇst <je exxo^ov (e^eXs) auTov ()cai ^éXt airo dou) Œujxcpspsi yap (xaXov) aoi (jLovocpÔaXfjLOv eidsXOeîv eiç t^jv paaiXei'av twv oupavwv (Çw^jv)?! (xsTà Su07re(xcp69jvai (§uo 6cp6aX(jLoî/Ç£)^ovTa pXYiOvjvai) et<; to auoviovTrup (eiç xvjv yeevay

TOU TTUpOç).

Ce qui doit nous faire penser, dit-on, que saint Justin reproduisait un autre évangile que les canoniques, c'est que pour les paroles de Notre-Seigneur lesquelles, d'ordinaire, dans les autres écrivains ecclésiastiques sont presque toujours littérales, il les cite le plus souvent avec quelques variantes, qui n'en altèrent pas le sens mais doivent provenir d'un texte que nous ne connaissons pas. Exemple, I Apol. 15 : Et ayaTiars toù; àyaTTwvTaç ujjiaç ti xaivov TroisÏTs; xai yàp otTiopvot touto Tuotouaiv. 'Eyw u[jLtv Xsyw Eu)(£<jÔ£ uTièp twv l/^Opwv ufjicov xai ayaTraTS Toùç {jLtŒoovTaç u(i.a<; xai suXoYstTE Toù; xaTapwfjLEvouç ô(jLtv xal £U)^£a6£ uTTEp TWV £7ry)p£aCovTa>v u(xa<;. Et saint Justin continue à citer le Sermon sur la montagne avec de nombreuses variantes et en ne suivant ni l'ordre de saint Matthieu, ni celui de saint Luc. Voici les textes qu'il cite iMatth. V, 46, 44, 42 ; Luc, VI, 34 ; Matth. VI, 19 20 ; XVI, 26 ; Luc, VI, 36 ; Matth. V, 45 ; VI, 25, 26, 31 32, 33, 21 ; VI, 39, 22, 41, 16, etc. Il n^avait donc sous les yeux ni le texte du premier, ni celui du second; au trement, pourquoi aurait-il renversé ainsi l'ordre de sentences, lequel est beaucoup plus naturel dans sain Matthieu que chez lui, et aurait-il emprunté à saint Luc des textes qui étaient au même endroit dans sain Matthieu?

Il est d'ailleurs des textes qu'il est, ajoute-t-on, dif

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ficile de croire que saint Justin les ait empruntés à nos évangiles, car ils se présentent sous une forme trop divergente pour en dériver.

Voici comment il cite une parole du Seigneur, I ApoL 16 : Mr/tCTY) IvTOAT^saTf KupiovTov0eov cou Trpoaxuvjqosiç xatauTw (Jidvw Xatpeuaei; I^oXtqç Trjç xapSiaç aou xai I; oXy^; T/jç W/yoc, (jou, Kupiov TOV0EOV TOVTuoirjŒavTa ae =Marc^ Xll, 29, 30, et parallèles. Nous avons là un mélange de passages évangéliques. Cependant, saint Justin cite les mêmes paroles du Seigneur presque dans leur forme canonique dans Adv, Tnjph. 93 — Matth. XXII, 37, 39. Saint Justin a donc cité deux fois et différemment les mêmes paroles qu'il attribue au Seigneur et qu'on ne trouve textuellement dans aucun évangile.

Nous ne contestons pas les faits, mais prouvent-ils que saint Justin avait sous les yeux pour en citer les textes un autre évangile que les évangiles canoniques ? Est-on en droit de supposer qu'il a existé un évangile donnant le Sermon sur la montagne dans Tordre où saint Justin en a cité quelques sentences ? S'il n'a pas adopté Tordre de saint Matthieu, c'est qu'il voulait appuyer quelques vérités morales par des textes, et non citer le Sermon sur la montagne; ce qui explique pourquoi il emprunte ses textes tantôt à saint Matthieu, tantôt à saint Luc. La lecture de ce paragraphe de l'Apologie le prouve. Il a d'ailleurs traité les textes de T Ancien Testament de la même façon, en les mélangeant pour établir sa démonstration. Quant aux leçons divergentes, elles proviennent de la manière ordinaire de citer de l'auteur.

Il est certain que saint Justin n'avait pas sous les yeux les textes quand il les citait, mais s'en rapportait à sa mémoire qui, après tout, n'était pas trop infidèle. Voici encore un exemple :

I Apol. 5 : ri'vsdÔe Sè -/pyiaxot xai oiXTipfXove; cb; xocî ô TuaTYip

xal Tov •î}>,iov aOrou àvaxD.Xet stiI àixaptwXoùç xal ôtxaiouç xal novrr pouç.

^dv. Tryph, 96 : Hvsaôe XP'^- (iTol xal olxTtppLove; w; xal ô Tiain^p 0(JLtov ô O'jpàvioç xal yàp tov Ttav- ToxpàTopa Osbv xp^T^'^^v xal ol-

XTlpfJLOVa Ôpà)|J.£V,

TOV i^Xtov aÙToO àvaaéXXovxa èîil àxapto"Tou; xal Sixaiou; xal ppsyovTa £ttI ôdiouç xal Tiovr^po^:.

Ce qui induirait à supposer que saint Justin cite ici un autre évangile que les canoniques, c'est que le même texte ou ses parties sont rapportés presque dans les mêmes termes ^^vHorn. Clémentines^ 111, 57 ; Hilaire, Ps, 118; Clément d'Alexandrie, 11, 19, 100; Épi-

phane, /fce/'. 66, 22, les Naasséniens d'après Hippolyte, Philosophoumenay V, 7, etc. Nous expliquons plus loin ce qu'il faut penser de cet accord des citations dans les divers écrivains ecclésiastiques.

D'autres fois, saint Justin a changé les textes intentionnellement et on peut voir pourquoi; enfin, quelquefois on ne se rend pas compte de la raison du changement. Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons pas accepter le jugement que porte sur ces citations du Sermon sur la montagne l'auteur de The supeimatural religion^ p. 240. « Aucun de ceux qui ont examiné attentivement l'ensemble de ces passages du Sermon sur la montagne et encore moins ceux qui connaissent la règle générale des variations dans la masse de ses citations, comparées avec leurs parallèles dans nos évangiles, ne pourront manquer d'être frappés de leur différence systématique d'avec l'ordre et la langue des synoptiques. L'hypothèse que ces passages sont des citations de nos évangiles implique contre saint Justin l'accusation d'un manque de soin et d'une négligence, sans parallèle aucun dans la littérature. Le caractère et l'éducation de saint Justin ne justifient en aucune manière une telle calomnie, car elle n'a aucun fondement. En vérité.

PÉRIODE DES PÈRES APOLOGISTES

si l'on n'avait pas essayé arbitrairement d'établir l'identité des Mémoires des apôtres avec nos évangiles, on n'aurait jamais pensé à porter cette accusation contre lui. Il est déraisonnable de supposer que des citations avouées, mûrement délibérées des paroles de Jésus, faites dans le but exprès de fournir une preuve écrite authentique des preuves que saint Justin donnait du christianisme, puissent, comme parune règle générale, être si singulièrement incorrectes, et cela surtout quand on considère que ces citations se trouvent dans une apologie du christianisme travaillée avec soin et adressée aux empereurs romains et dans une controverse soignée et étudiée avec un Juif pour la défense de la nouvelle foi. La conclusion simple et naturelle, soutenue par beaucoup de puissants arguments, est que saint Justin tirait ces citations d'un évangile qui était différent des nôtres, quoique évidemment très apparenté à ceux-ci par le sujet et le but. Son évangile, en fait, diffère de nos synoptiques autant que ceux-ci diffèrent les uns des autres. »

Quelques pages plus loin, le même auteur examine le texte du Dialogue avec Tryphon, 100 : Ka\ Iv tw euay- YsXi'tp §è Y^YpotT^Tat ÊiTctovIIavTa uiou TcapaSsSoxat uiro toÎÎ Traxpdç, xai ou§£iç Ytvcoffxet tov Tuatépa et [xy] û uioç, ouSI tov utov et [i^ ô TraT^jp xalotç av 6 uioç à7roxo(Xut|^Yî, qui rappelle Matth. XI, 27, et Luc^ X, 22, et prétend que ce texte a été cité par des hérétiques dans la même forme que par saint Justin. En réalité, chacun d'eux présente quelque variante. Enfin, cet auteur soutient que l'évangile de saint Justin était l'évangile de Pierre. Nous verrons plus loin ce qu'il faut penser de cette hypothèse.

On présente encore une autre observation, tendant à prouver que saint Justin utilisait un autre évangile que celui de nos évangiles canoniques. On trouve dans les Homélies clémentines^ écrit du commence-

ment du in^ siècle, les textes évangéliques cités avec les mêmes divergences que dans saint Justin : Adç>. Tryph. 35 = Horji, Clém. XVI, 21. Nous avons cité précédemment un texte analogue. On a présenté diverses hypothèses pour expliquer ces ressemblances. D'après Credner et Renan, saint Justin et Fauteur des Homélies auraient puisé leurs citations dans l'évangile des Hébreux ou dans l'évangile de Pierre. D'après Bousset, Justin aurait été influencé par les Logia de Matthieu, source primitive du premier évangile. Sanday et Rendel Harris croient qu'ils ont cité tous les deux le passage d'après une Harmonie évangélique, analogue à celle de Tatien. Ce qui pourrait induire à accepter cette dernière hypothèse, c'est le mélange de textes évangéliques, qui se rencontre dans saint Justin et que nous avons déjà constaté chez d'autres écrivains chrétiens. Voici le plus caractéristique : Saint Justin expose à l'empereur (I ApoL XV) les enseignements de Jésus sur la charité, et il les emprunte k Matth. V, 44, 46; Luc, VI, 32] Matth, V, 42, 46; Luc, VI, 30, 34; Matth. VI, 19, 20; XVI, 26; VI, 20; Luc,\l, 36]Matth.Y, 45; VI, 25 et ss., 31-33 ; Lwc, XH, 22-24, 34 ; Matth.Yl, 1. Il fait le même mélange de textes sur le devoir de Thumilité et de la douceur, XVI. Il nous semble que le mélange a été fait par saint Justin lui-même, qui citait de mémoire, sans se demander à quel évangile il empruntait ses textes.

Mais voici un texte cité par saint Justin^ : ït (xe 'kiys.iç ayaôov. gTç Idxiv «vaÔoç, ô TraxT^p [jlou ô Iv TOtç oùpavotç, que l'on trouve identique dans Hom. Clém. XVIII, 1, dans les écrits des Marcosiens, des Naasséniens, et enfin dans l'évangile selon les Hébreux ^, Ne pour-

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