‹ Le Nouveau Testament dans l'Église Chrétienne (volume 2)Chapitre 49 sur 259 · Adv. Tryph · texte numérisé non relu

Adv. Tryph

2. HiLGENFELD, Novutu Testamentum extva caîi, recep^M?/i, XIX, 16-24.

PÉRIODE DES PÈRES APOLOGISTES. tl7

I rait-on pas croire à un emprunt par tous à la tradition orale plutôt qu'à une Harmonie évangélique, totalement inconnue ? Qu'on remarque d'ailleurs que saint Justin a cité ce même texte dans sa première Apologie, 16, avec une variante considérable : Où§£\ç (XYaôo; et (xï) {jlovo; 6 Seoç, b Troiviaaç TaTràvTa. Observons en terminant qu'il y a entre les citations de textes évan- ! géliques, faites conjointement par saint Justin et les j Homélies clémentines^ plus de différences que de resj semblances, ce qui prouve bien qu'ils n'empruntent i pas leurs textes à la même source.

Enfin, il est inutile de faire remarquer que si, à diverses reprises, saint Justin dit qu'il rapporte des paroles qui se trouvent dans Févangile et non dans les évangiles, cela ne prouve nullement, comme on Ta soutenu, que saint Justin ne connaissait qu'un évangile, mais provient de ce qu'il avait conservé la formule, venant de l'idée que les quatre évangiles I étaient le même évangile avec des noms d'auteurs j différents : EOayYe^^iov xaxa Maxôaîov, xaxà Mapxov, xaTot I Aouxav, xotToc 'Itodcvvriv. S'il n'a pas nommé les auteurs des évangiles, c'est qu'en agissant ainsi il a suivi l'usage de son temps.

[ 2^ Saint Justin a introduit, dit-on, dans son exposé ! des faits évangéliques et des paroles du Seigneur inconnus à nos évangiles et que l'on retrouve dans les apocryphes, ce qui prouve qu'il avait entre les mains un autre évangile que les canoniques. Ainsi, d'après lui, Marie descendait de David ; Quirinius a été le premier procurateur de la Judée; Marie après avoir reçu foi et joie, répondit à l'ange. Cf. Protémngile de Jacques, 12. Bethléem était à trente-cinq stades de I Jérusalem ; Joseph se retira dans une grotte, près de Bethléem, où Marie mit au monde son fils, Prt. Jacq. 18; aussitôt arrivèrent auprès d'IIérode les mages

d'Arabie; Jean-Baptiste était assis près du Jourdain; Jésus était sans gloire et sans beauté; il fabriquait des jougs et des charrues, É\>angile de Thomas, 11 ; E^fangile de l'enfance^ 38. Au moment de son baptême, un feu s'alluma sur le Jourdain, É{>angile des EbioîiiteSy et une voix^du ciel dit : « Tu es mon Fils bien-aimé, je t'ai engendré aujourd'hui », Codex de Bèze, Les témoins des miracles de Jésus disaient que c'étaient de la magie ; Jésus ordonna de lui amener une ânesse qui était attachée à une vigne ; Hérode avait succédé à Archélaûs ; on traîne Jésus, on le fait asseoir sur le siège du tribunal en lui disant : « Jugenous ». Ès^angile dePierre, 7. Les témoins du supplice de Jésus se tordaient les lèvres. Ses pieds et ses mains furent percés de clous et il fut décloué ; après le crucifiement tous ses disciples l'abandonnèrent et le renièrent.

Saint Justin enfin cite deux sentences du Seigneur qu'on ne retrouve pas dans les évangiles : "Edovxai (T/((T[jLaTa xai aipéasic, Adç, Tryph, 35 ; 'Ev oï; av u{xa<; xaiaXàêw, ev toutoi; xat xpivw, Ad{>, Tryph, 47. De plus, il rapporte une promesse du Seigneur, que nous ne retrouvons pas dans les évangiles canoniques : Jésus a promis de nous revêtir de vêtements préparés si nous observons ses commandements, et il a annoncé qu'il pourvoirait à un règne éternel, -4 rf^. Tryph. 116.

On a essayé de déterminer à quel évangile saint Justin avait emprunté ces faits et ces paroles du Seigneur, et on a nommé l'évangile de Pierre, les Actes de Pilate, l'évangile selon les Hébreux, le Protévangile de Jacques, Tévangile de Thomas. Voici les preuves que l'on présente pour étayer ces hypothèses.

Saint Justin, dit-on, affirme nettement que le changement de nom de Pierre et des fils de Zébédée par le Seigneur est rapporté dans les Mémoires de Pierre :

PÉRIODE DES PERES APOLOGISTES. 119

Kat TO EiTTetv ixETWVOfxaxEvat auTÎ)v IléTpov sva tcov aTrocrToXwv xal ^typi^^cm ev toTç a7roavr,fxoveu[Aa(jiv aùiou Y6Ygvv){jt.svov xal TOOTO [jLSTa ToZ xoù ofXXouç 5uo àSsXcpouç, otoîiç ZsêcSatou ovxa; aeTWvojJiaxÊvat ovojjiaTi toîî poavspyeç, o lortiv utol ppovTyj;, ilâff'. Tryph, 106. On a fait observer que aurou était une mauvaise lecture, qu'il fallait remplacer par auTwv. Le terme désignerait donc les apôtres et il serait question ici, comme ailleurs, des Mémoires des apôtres. Cette échappatoire n'a aucune valeur, car tous les manuscrits du Dialogue portent aùtou. Il est difficile aussi de croire que aùiou désigne Jésus. Nulle part Justin ne parle des Mémoires de Jésus, c'est-à-dire concernant Jésus.

De plus, ajoute-t-on, on relève dans saint Justin des traits qui ne se trouvent que dans l'évangile de Pierre. Voici le plus frappant :

1 ApoL 35 : Kat yàp, w; eluev ô TcpoçTQTY);, ôiadupovteç auTÔv èxàôiffat 6711 P/Q(i,aTo; xal sîtcov* xpïvov

1?1|1.ÎV.

Ev. Pierre, 7 : Kal èxàÔKjav a'jTov ÈTîl xaôéSpav xpCcreo); Xeyov- Te;* Sixai'wç xpïve, (ia^iXeu xoO 'I(7paiQX.

On remarque encore que saint Justin a employé des termes particuliers: Xaj^aoç, [xvyi[jia, qui ne se rencontrent pas dans les évangiles canoniques, mais dans l'évangile de Pierre.

Nous pourrions concéder, si Ton veut, que saint Justin a emprunté des faits ou des paroles du Seigneur à des évangiles apocryphes; d'autres écrivains ecclésiastiques avaient avant lui agi de même. Ce qui importe, c'est de savoir s'il a rangé un apocryphe, l'évangile de Pierre, parmi les Mémoires des apôtres, par conséquent, parmi les évangiles officiels. C'est, dit-on, ce que prouverait le premier texte que nous avons cité.

La question est de savoir si saint Justin, en parlant ies Mémoires de Pierre, a voulu désigner l'évangile

de Pierre. Il semble plus naturel de croire qu'en parlant ainsi, il se référait à la tradition répandue à cette époque, comme nous l'apprenons par Papias, que l'évangile de saint Marc reproduisait la prédi cation de saint Pierre. Et ce qui confirme cett conjecture, c'est que ce changement de nom pour Pierre et les fils de Zébédée, qui, d'après saint Justin, se trouverait relaté dans les Mémoires de Pierre, est en effet rapporté dans le même passage de Marc, III, 16, 17, et que, seul des évangélistes, celui-ci parle du nom de Boanergès, fils du tonnerre, imposé aux fils de Zébédée.

Ainsi que nous l'avons remarqué, le fait que seuls, saint Justin et l'évangile de Pierre racontent que les Juifs firent asseoir Jésus sur le siège du tribunal et lui demandèrent de les juger, paraît indiquer une dépendance du premier, par rapport au second, et cela d'autant plus que saint Justin raconte encore ici que le rôle principal dans le jugement, ainsi que dans le crucifiement et le partage des vêtements de Jésus a été joué par les Juifs; ce qui est, en partie, concordant avec l'évangile de Pierre. En partie, car il y a des différences assez sensibles entre les deux passages. Justin a omis d'ajouter Sixaiox; à xpivov uf/ïv, ce qui ne s'explique pas, s'il a eu l'évangile de Pierre sous les yeux. 11 se sert du terme évangélique,il/<2^^A. XXVII, 19;/ea/z, XIX, 3, p^ij^ta, au lieu de xaôsôpaxpiaewç, de l'évangile de Pierre. Ces constatations nous inclinent à croire que saint Justin ne dépend pas ici de l'évangile de Pierre, mais que tous deux ont eu recours à un autre écrit, que saint Justin nomme d'ailleurs quand il renvoie son impérial lecteur à consulter sur tous ces faits les Actes écrits sous Ponce Pilate : Kai lauxa Su •^i^OMe, Wvaaôe [xaôeîv èx. twv Itti Oovtiou riiXocTOu yevofjLSvwv axTO)v^ I ApoL 35, 9.

Quant à l'emploi de termes semblables par l'évangile

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de Pierre et par saint Justin, la preuve est trop insuffisante pour établir une dépendance.

En admettant même]^qu'il paraisse y avoir entre les deux des points d'accord, nous devons constater en même temps des divergences profondes. D'après l'évangile de Pierre, Jésus sur la croix se taisait, comme s'il n'avait ressenti aucune douleur, auxoçSs hiumci, wç (xyjôsva irovov e)^u)v ; saint Justin ^ , qui n'était pas docète, affirme au contraire que Jésus'a démontré par ses soufTrances qu'il était un homme vraiment capable de souffrir : AvjXoiv Sia ToÙTwv oTi àXïiôcoç TraôrjToç àvôpo)7roç Y£Y^vY]Tai. D'après l'évangile de Pierre, Jésus au moment de mourir, se serait écrié : « Ma force, ma force, tu m'as abandonné, y) Wvafxtc; fxou, y^ Suvafxtç xaTsXei^aç |jt.e », et après avoir dit ces paroles il fut enlevé, àveÀrj<p6ri. Saint Justin 2, au contraire, met dans la bouche de Jésus mourant les mêmes paroles que les évangélistes, Marc^ XV, 34; Matth. XXVII, 46; Luc, XXII, 46. Nous pouvons donc conclure que saint Justin n'a pas connu l'évangile de Pierre. Et cela d'autant plus que cet évangile était inconnu à Rome, où avait vécu si longtemps saint Justin. Saint Irénée, non plus que le fragment de Muratori, n'en fait mention.

En deux passages, I Apol. 35 et 48, saint Justin fait allusion aux Actes de Pilate. Nous avons déjà cité le premier; dans le second, il est dit que les miracles de Jésus sont attestés par les Actes de Pilate. Nous n'avons pas à rechercher ici ce qu'était ce document, constatons seulement que saint Justin lui a emprunté quelques détails sur la passion deNotre-Seigneur.

On croit que certaines paroles du Seigneur citées par saint Justin, telles que : Il y aura des schismes et des hérésies ; beaucoup de faux Christs et de faux apôtres

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