Harnack, Mission^ t.. II, p. 2G5. Leipzig, 190G
perfectionner, mais abroger la loi. 11 n'était pas le Messie, fils de David, annoncé par les prophètes. L'Emmanuel d'Isaïe n'est pas le Messie; la Vierge sa mère est une jeune femme et les souffrances du serviteur de Jahvé ne sont pas la prophétie de la passion et de la mort de Jésus. Celui-ci n'est pas né d'une vierge ; c'était impossible. Il est descendu du ciel et il est remonté au ciel; son corps n'était pas une substance humaine, et sa divinité n'a pas été dégradée par le contact avec la chair.
Cette doctrine était en opposition complète avec l'Ancien Testament et, en partie, avec plusieurs écrits du Nouveau que, d'après Marcion, les apôtres judaïsants avaient altérés. Il rejeta donc l'Ancien Testament tout entier et, comme il prétendait que saint Paul avait été le premier promulgateur de la doctrine qu'il préconisait, il accepta dix de ses épîtres : les épîtres aux Galates, aux Corinthiens, aux Romains, aux Thessaloniciens, aux Laodicéens (Éphésiens), aux Philippiens, aux Colossiens, à Philémon, ainsi que le troisième évangile qui, d'après lui, était l'évangile paulinien. Il est probable qu'il a choisi ces livres parce qu'ils lui j paraissaient répondre à ses enseignements, et il les a I d'ailleurs adaptés à ceux-ci, ainsi que nous le verrons.
On ne peut dire que Marcion ait rejeté positivement les autres écrits du Nouveau Testament, mais seulement qu'il ne les a pas admis dans son catalogue parce qu'ils ne favorisaient pas ses doctrines. Le premier évangile était trop juif, et surtout il était imprégné de cette idée que Jésus avait réalisé en sa personne les prophéties de l'Ancien Testament. Le second évangile et les Actes des apôtres donnaient une place prépon- j dérante à saint Pierre que Marcion tenait pour l'adversaire de saint Paul. Il semble qu'il aurait dû accepter le IV® évangile, mais l'auteur était un juif strict, et.
surtout, Jésus, dans cet évangile, était uni pour la création du monde avec le Dieu mauvais de l'Ancien Testament. L'épître aux Hébreux était trop entachée de judaïsme et donnait une trop large place à l'Ancien Testament pour qu'il l'admît dans sa collection. Quant aux épîtres pastorales, elles étaient, à son point de vue, d'un intérêt local et particulier, n'offrant, d'ailleurs, aucune des doctrines spécifiquement pauliniennes. Les épîtres de saint Pierre, de saint Jacques et de saint Jude émanaient d'apôtres judaïsants. Quant à l'Apocalypse, c'est un écrit juif.
Nous pouvons savoir approximativement par les nombreuses citations qui ont été faites de ses écrits, quel était le texte des livres de la collection néotestamentaire de Marcion. Il ne paraît pas avoir fait subir de trop graves mutilations ou changements aux épîtres pauliniennes, qu'il acceptait. Il a cependant, d'après saint Irénée^j abrégé les épîtres pauliniennes : « Similiter autem et apostoli Pauli epistolas abscidit, auferens quaecumque manifeste dicta sunt ab apostolo de eo Deo qui mundum fecit, quoniam hic Pater Domini nostri Jesu Christi, et quaecunque ex propheticis memorans apostolus docuit praenunciantibus adventum Domini. » Ainsi, d'après Tertullien^, il omettait dans l'épître aux Galates, III, 6-9 et 16-18, les ch. XV et XVI de l'épître aux Romains; d'après saint Epiphane^, les épîtres aux Thessaloniciens et aux Philippiens étaient fortement altérées. On trouvera rassemblés dans Zahn^* tous les passages des épîtres pauliniennes qui nous restent de la collection de Marcion.
C'est surtout le troisième évangile que Marcion