‹ Le Nouveau Testament dans l'Église Chrétienne (volume 2)Chapitre 83 sur 259 · Ep, ad Dam, M, L. XXIX, col. 5î · texte numérisé non relu

Ep, ad Dam, M, L. XXIX, col. 5î

crits. On ne peut en tirer aucune conclusion tant qu'on ne saura pas comment et à quelle époque elles se sont produites. Ce qui est dit du Magnificat, du Pater et de la péricope de la femme adultère est pure conjecture ^

3. De l'évangile des Hébreux et de l'évangile de Pierre il ressort que l'on n'hésitait pas, pour exalter un personnage ou pour enseigner une doctrine, à altérer les traditions évangéliques. — Nous demanderons en quoi ce procédé d'évangiles particuliers, d'autorité très restreinte, atteint la valeur des évangiles canoniques.

4. La façon dont les premiers écrivains chrétiens ont cité les évangiles prouverait qu'ils ne tenaient pas ceux-ci pour divinement inspirés, sans quoi ils en auraient respecté la lettre. Leipoldt passe en revue les premiers écrivains, et chez tous il relève des citations non littérales ; il rappelle Marcion qui, à l'aide de l'évangile de saint Luc, s'était formé un évangile particulier ; Papias qui déclarait qu'il tenait pour préférable à la parole écrite la parole vivante, c'est-à-dire parlée; Hégésippe qui déclare que dans chaque ville on maintient ce que la loi, les prophètes et le Seigneur ont enseigné.

Ces constatations, qui sont exactes, ne prouvent nullement qu'on ne tenait pas les évangiles pour des écrits inspirés, car s'il en était ainsi, il faudrait soutenir que, même après le ip siècle, Origène et les autres écrivains chrétiens ne regardaient pas comme canoniques les évangiles, puisqu'ils ne les citaient pas toujours littéralement. On devrait en conclure aussi que les premiers écrivains chrétiens ne tenaient pas non plus l'Ancien Testament comme Écriture, puisque, ainsi

1. Il a été parlé de ces divers passages dans VHistoire des livres du Nouveau Testament, III, IV.

que nous l'avons vu, ils ne le citaient pas toujours littéralement; saint Justin nous a fourni des exemples caractéristiques de ce fait. Nous avons déjà expliqué les paroles de Papias et de saint Hégésippe et le procédé de Marcion ; ils ne prouve nt rien contre l'autorité des évangiles écrits.

5. Enfin, les écrits de l'Ancien Testament étaient cités littéralement, tandis que les évangiles ne l'étaient pas. — En fait, ils sont cités, d'ordinaire, plus littéralement, mais il y a suffisamment d'exemples de nonlittéralité pour atténuer la force de cet argument. Il nous semble qu'aucun des arguments de Leipoldt n'est suffisant pour infirmer nos conclusions précédentes.

2^ D'après Harnack, les évangiles auraient d'abord été locaux : l'évangile de Matthieu était lu par les églises de Palestine, celui de Marc par l'église de Rome, celui de Luc par les églises de la Grèce, et celui de Jean par les églises d'Asie Mineure. Les communautés judéo-chrétiennes de Palestine avaient l'évangile selon les Hébreux ; celles d'Égypte, l'évangile selon les Égyptiens; des communautés de Syrie, l'évangile de Pierre. Les sectes hérétiques avaient chacune leur évangile. C'est pour lutter contre les gnostiques et les montanistes, et à l'instar du recueil des évangiles et des épîtres pauliniennes établi par Marcion, que l'Église chrétienne détermina les écrits qui devaient être regardés par tous comme inspirés et représentant la tradition des apôtres, et qu'elle les plaça à côté des Écritures saintes de l'Ancien Testament. Le canon du Nouveau Testament apparaît tout d'un coup dans une phrase de Méliton, évêque de Sardes, que nous a conservée Eusèbc ^ Il parle des livres de l'Ancien Testament : Tà t/Jç TuaXaia; StaOrjXrjc; piêXia, ce qui

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