‹ Le Nouveau Testament dans l'Église Chrétienne (volume 3)Chapitre 10 sur 239 · CITATIONS CHEZ LES PREMIERS ECRIVAINS CHRÉTIENS · texte numérisé non relu

CITATIONS CHEZ LES PREMIERS ECRIVAINS CHRÉTIENS

II, 7 = Jér. VII, 22; Zach. VII, 10; VIII, 17. Cf. aussi Barn. IV, 7; IV, 8; IX, 8; XVI, 1. Clément Romain, aux Corinthiens : X, 3-6= Gen. XII, 1-3; XIII, 14-16; XV, 5, 6; Clem. XIV, 4 = Proi'. II, 21. 22 ; Ps. XXXVI, 9, 38. Cf. encore : Cl. XV, 2-6 ; XVI, 3-16. Dans Justin, Dialogue avec Tryphon, 22 = Anios, V, IS-VI, 7; Jér. VII, 21, 22; Ps. XLIX.

Remarquons aussi que les écrivains du Nouveau Testament et les premiers écrivains chrétiens citent comme Ecriture des passages qu'on n'a pas retrouvés dans les Ecritures canoniques. Ainsi, quel est le prophète qui a dit que Jésus sereitappelë Nazaréen, Matth. II, 23 ? Où se trouvent dans l'Ancien Testament des paroles que Jésus attribue à la sagesse de Dieu, Luc, XI, 49, et celte promesse de l'Ecriture que pour ceux qui croiront en lui (en Jésus), des sources d'eau vive couleront de son sein, Jean, VII, 38? Où saint Paul a-t-il lu : « Ce sont des choses que l'œil n'a point vues », 1 Cor. II, 9, ou encore : « Réveille-toi, toi qui dors, et relève-toi d'entre les morts, et le Christ fera briller sur toi sa lumière », Eph. V, 14?Et tous ces passages sont qualifiés d'Ecriture.

Faut-il croire que ces passages sont des citations libres de l'Ancien Testament? C'est probable pour quelques-uns. Ou bien sont-ils empruntés à des livres que nous n'avons plus ? C'est possible, car il est fait allusion assez souvent dans l'Ancien Testament à des livres disparus.

Nous retrouverons ce même phénomène chez les écrivains chrétiens, et nous ne devrons pas nous en étonner.

Examinons aussi les formules de citation de l'Ancien Testament. Elles sont très variées dans saint Paul :

Yotp; ^v tS vô(jiu) YéYP«''f T«ij -J) Ypasp^ ^sTfe«î fî XéY«t ^ YP*9'1> ^'^

Xéygi; ô vo'aoç eXeysv ; Mwijffyîç, 'Hffata;, AauetS ^Éyei, etc.

Dans les autres livres du Nouveau Testament, les citations sont introduites par yiypu-KTon, â; yi^paiz-zon, Ypacpr) ^éyet, OU d'autres formules dans lesquelles entre le terme y^i^ftà.

Les premiers écrivains chrétiens emploient les mêmes formules ou d'autres analogues. Saint Barnabe a des formules variées : "kiyti ô ©eo's, ô Kupioç, î) yp»?^» ^ 7rpo!pviT7]ç, "kiy&i Kupio; ivTw TrpocpT^xr), ou simplement : ysyp»- TTTai. Saint Clément Romain a yé'fpoi-KTixi, xb ysyp^f'-l^^'^o^î ^ Ypa<p7^. Saint Ignace martyr emploie YsypairTai; le Pseudo- Clément, ^s'yei -fi Yp«î>i. Chez saint Justin, les formules de citation sont moins précises et très différentes les unes des autres : TOTcpocprjTtxov Trveufxa Sià 'Haatou sIttev; Sià toÎÎ ■jrpocpT^TOu èXéy(6v] outwçj a çy](iiv 'Haataç; Stà 'Ispepou oSxo) cpT]ffiv; u)çaùxo; 'Hcaïaç ecp-/;; etpriviai Otto xoîi 'Haatou oSxwç; oii Mwufféwç xexpotYEv; ô ©soç ouxwç Àsyiov; Sixaio); po3 'Hffaïaç} w; Mcouarj; (pr,(jîv ; 'Haaiaç Xsyei; X^y^i ô 0eoç Sià 'Haaîou ouxw;; sîffi 8k 01 XoYoi o&Toi; xb £tp7)(iisvov uTrb xou 0£oyj elci Se oîoôxoi; 7) Ypaç^l oùx ej(et ; w; 7:poYéYP«''rTat ; ooxojç e^r] ô Xoyoc;, et d'autres similaires avec des variantes.

Nous aurons à comparer ces formules consacrées des citations de l'Ancien Testament avec celles que les écrivains ecclésiastiques emploieront pour introduire des passages du Nouveau Testament, afin de constater s'ils les traitaient de la même façon que les passages de l'Ancien Testament et, par conséquent, s'ils leur attribuaient la même autorité.

g 4. — Les premières communautés chrétiennes et la lecture des Livres saints.

Les Actes des apôtres nous apprennent qu'immédiatement après la descente du Saint-Esprit sur les apô-

très un grand nombre de Juifs adhérèrent à la nouvelle doctrine, et que ce nombre augmenta à la suite des prédications de Pierre. Ces disciples du Christ s'assemblaient pour prier et rompre le pain en commun, et souvent dans les Actes il est question de ces réunions de la communauté. A Jérusalem, ces réunions s'organisèrent sur le modèle de celles de la synagogue. Or, au temps de Notre-Seigneur, les livres de l'Ancien Testament étaient lus dans les synagogues juives; à chaque réunion, on lisait un passage de la loi et un passage des prophètes, de façon à ce que tous'Jes livres de la Bible fussent lus dans l'espace de trois ans. Ces livres que Josèphe appelait Upa\ piCkoi, ^i6Xia Upâ, Icpà Ypdfiuara. étaient tenus par les Juifs en la plus haute vénération. Ils étaient l'expression de la révélation de Dieu à son peuple ; ils étaient la voix de Dieu et, par conséquent, la source de toute vérité et la règle de la conduite. Ils étaient inspirés de Dieu jusque dans leurs termes mêmes, et ne contenaient aucune erreur. La loi de Moïse avait été préexistante en Dieu et était descendue tout écrite du ciel ; elle est la source du salut de l'homme, son souverain bien, source delà vie, de la lumière, de sanctification, de rafraîchissement. ■ Celui, dit le traité Sanhédrin, X, 1, qui prétend que la Thora ne vient pas du ciel n'aura point de part au monde à venir. »

Notre-Seigneur s'est servi de l'Ancien Testament, en a parlé et lui a attribué, comme ses compatriotes, l'autorité d'une parole divine. Il nomme la loi et les prophètes, Matth. XXII, 40. Il faut que soit accompli, dit-il, LuCf XXIV, 44. tout ce qui est écrit de moi dans laloide Moïse, dans les prophètes et dans les psaumes. Il énumérait ainsi l'ensemble des livres bibliques, groupés à cette époque et encore aujourd'hui on trois catégories : la Thora, les Nebiim, les Kethoubim. De ces

derniers il nomme les plus importants, les psaumes. Il n'est pas venu d'ailleurs pour abolir la loi, mais pour l'accomplir. A chaque page des évangiles se montre le respect de Jésus pour les Livres sacrés. Pour lui ils sont l'Ecriture par excellence, /i ypacprj, Z,ttc, IV, 21 ; Jean, VII, 38; l'Écriture ne peut être détruite, AuO^vai, Jean, X, 35. Il rappelle les commandements de l'Écriture, ye'YpaTtTai, pour appuyer ses paroles ou ses actes : Matth. IV, 4, 6, 7 ; XXI, 13; Marc, VII, 6; Luc, X, 26, etc.

Les apôtres eurent pour l'Ancien Testament la même vénération. Pour eux aussi, son texte était la parole de Dieu, la règle infaillible de la conduite. Pour établir que Jésus est le Messie, Pierre dans ses discours des Actes, II, 22 ss., III, 20 ss., etc., s'appuie principalement sur ce fait qu'il a réalisé en lui les Écritures.

Les épîtres de saint Paul sont un tissu de textes de l'Ancien Testament ; les raisonnements sont, comme cela se pratiquait dans les écoles rabbiniques, constamment établis par des preuves scripturaires. L'Écriture est inspirée de Dieu, Traça ypa^v) ôcÔTrveutxToç, II Tim. III, 16. « Il n'y a pas le moindre doute, dit Reuss \ que les apôtres et généralement les chrétiens de leur temps n'aient considéré la loi et les prophètes comme divinement inspirés et, par conséquent, les paroles de l'Écriture, non comme des paroles d'homme, mais comme des paroles de Dieu. C'est l'esprit de Dieu qui parle par la bouche des orateurs sacrés, Act. I, 16; III, 18, 21; Hébî\ III, 7; IV, 7; IX, 8, etc., et les prophètes en écrivant sont dans une situation toute particulière et exceptionnelle, qui exclut l'idée d'une erreur vulgaire et humaine, Matth. XXII, 43. A cet égard, le roi David, considéré comme l'auteur de tous les psaumes, parti-

1. Histoire du canon des saintes Écritures dans l'Église chrétienne, p. 13.

cipait aux privilèges des prophètes »>. Dieu a parlé par sdi bouche, Act. IV, 25; Ilébr. IV, 7.

A l'origine, les premiers chrétiens n'eurent pas d'autres livres saints que ceux de l'Ancien Testament, mais bientôt ils eurent leurs propres livres sacrés. Saint Pierre et les apôtres répétaient les enseignements du Seigneur qu'ils avaient entendus, et la parole du Seigneur fut tenue pour inspirée, comme l'avait été Jésus lui-même. Jésus était pour les premiers fidèles l'autorité suprême. Dans le IV* évangile. Jésus demande à ses disciples de se confier en lui, XI^^ 1, de garder ses commandements, ses paroles, qui sont les paroles de son Père, XIV, 21, 24, 26. Saint Paul fait appel aux paroles du Seigneur comme régulatrices de la conduite, I Cor. XI, 23; VII, 10; Act. XX, 35. Il appuie ses enseignements sur la parole du Seigneur, I Thess. IV, 15; il place un commandement de Jésus au même rang qu'un commandement des Livres saints, I Cor. IX, 9- 14. De l'ensemble de se- rt que, pour

saint Paul, la source infa; était l'Écri-

ture et le Seigneur. Ces paroles de Jésus furent placées au même rang que les livres de l'Ancien Testament, ainsi que l'atteste saint Pierre, dans sa seconde épître, quand il avertit ses lecteurs de se souvenir des paroles prononcées par les saints prophètes et du commandement du Seigneur et Sauveur donné par les apôtres, III, 2. Hégésippe* atteste aussi cette croyance : « Dans chaque succession, 2ta5o/îî, dit-il, et dans chaque ville on a ce qui est prêché par la loi, les prophètes et le Seigneur : OCtuk lyei, wç 6 vofioç xr,py«îi x«\ oî Ttpocprjat xai ô Kûpio;.

Ces paroles du Seigneur, répétées par les apôtres, furent, à une date que nous ne pouvons préciser, con-

\. ErsiBC, Bût. eccl. IV, *J, 3.

signées dans des écrits, puis furent réunies, ainsi que les récits de la vie de Jésus, pour former nos évangiles. On comprend que ces évangiles participèrent à l'autorité des paroles du Seigneur et devinrent pour les chrétiens, comme celles-ci, la parole de Dieu. Saint Ignace d'Antioche écrit aux Philadelphiens, V, qu'il se réfugie dans l'Évangile comme dans la chair de Jésus, Trpoaçuywv tw sùayYeXtw wç aapxi 'Iiqcroîi, et dans les apôtres comme dans le presbyterium de l'Église, et nous aimonsaussi lesprophètes. Aux Smyrniens, VII, il recommande de s'attacher, d'être attentifs aux prophètes et spécialement à T Evangile. L'Évangile devenait donc le livre de la nouvelle alliance, la nouvelle loi de Notre- Seigneur Jésus-Christ, ib. II. Remarquons que les épîtres sont placées à côté de l'Evangile. Dans la 11^ épître de saint Pierre, III, 2, il est parlé du commandement du Seigneur enseigné par leurs apôtres. La pseudo-épître de Clément, XIV, 2, appelle en témoignage les livres des prophètes et les apôtres, xà piôXi'a Twv TrpocpriTwv xat ol àTtoaxoXoi. Enfin, saint Justin déclare à Tryphon, 119, que la voix de Dieu nous a été parlée par les apôtres du Christ.

En effet, après avoir évangélisé les païens et formé des communautés, saint Paul leur écrivit des lettres dans lesquelles il résolvait les problèmes de doctrine et de morale que soulevaient les circonstances. Les autres apôtres agirent de même. Les communautés se communiquaient ces récits évangéliques et ces épîtres. L'ordre, que saint Paul donne aux Colossiens, IV, 16, de communiquer son épître aux Laodicéens et de lire celle qu'il a écrite à ceux-ci, le fait que certaines épîtres, celle de saint Paul aux Éphésiens, celle de saint Jacques, celle de saint Pierre sont des lettres encycliques prouvent que ces écrits ne restaient pas dans les communautés destinataires sans être com-

muniqués à d'autres. Les lecteurs de la II' épître de saint Pierre connaissaient, ainsi que nous le verrons, les épjtres pauliniennes. Cet échange de lettres entre les communautés chrétiennes nous est nettement attesté par saint Polycarpe dans sa lettre aux Philippiens, XIII : « Vous m'avez écrit, ainsi quignace, afin que, si quelqu'un va en Syrie, il y porte vos lettres, ce que je ferai, soit par moi-même, soit par un envoyé. Je vous ai envoyé, comme vous me le demandiez, les lettres d'Ignace qu'il m'a envoyées, ainsi que d'autres, toutes celles que j'avais chez moi. »

Cet échange de lettres s'opérait facilement, car il existait entre les communautés des communications plus fréquentes qu'on ne l'imaginerait. Nous le constatons, même dans le Nouveau Testament, par les déplacements répétés de saint Paul et d'autres chrétiens. Ainsi, nous voyons Priscille et Aquila aller de Rome à Corinthe, puis à Ephèse et ensuite à Rome. C'est qu'à celte époque les moyens de transport étaient nombreux et faciles. Pour toutes les côtes de la Mt diterranée, où se trouvaient des cités populeuses : Corinthe, Athènes, Ephèse, Smyrne, Alexandrie, on avait les routes de mer et les voyages n'étaient pas de longue durée. On allait de Puteoli à Alexandrie en douze jours ; de Corinthe à Alexandrie en cinq jours ; d'Ostia à Carthage en trois jours. Les voyageurs avaient à leur disposition les nombreux navires qui transportaient à Rome les produits de l'univers entier. Pour les cités de l'intérieur, on possédait de nombreuses routes ; les voies romaines reliaient entre elles toutes les villes de l'empire. De Rome, le centre de toutes ces voies, on allait aux extrémités de l'Occident et de 1 Orient.

Ainsi s'explique que bientôt les écrits apostoliques furent connus dans toutes les communautés chré-

tiennes de l'empire. Elles furent acceptées avec respect comme émanant d'hommes qui avaient reçu l'Esprit divin et lues dans les réunions des églises. On comprend que bientôt on attribua aux évangiles, reproduisant les paroles du Seigneur et aux écrits apostoliques, émanant d'hommes possédant l'esprit de Dieu, la môme autorité qu'aux livres de l'Ancien Testament et qu'on les traita de la même façon.

En effet, dans les réunions chrétiennes, outre les livres de l'Ancien Testament, on lisait les évangiles et les lettres des apôtres. Saint Justin affirme nettement cette pratique de l'Eglise : Au commencement, dit-il, du service public, on lisait les mémoires des apôtres (qu'un peu plus haut, 66, 3, il appelle évangiles) et les écrits des prophètes, I Apol. 67, 2. Et cela dut se faire dès l'origine, car les premiers chrétiens ne purent avoir connaissance des évangiles et des cpîtres apostoliques que par la lecture publique; beaucoup d'entre eux étaient incapables de les lire et surtout ne les possédaient pas. Or, nous avons vu que Paul avait ordonné de communiquer ses lettres aux Colossiens et aux Laodicéens.

De cette pratique il résulta qu'on tint ces écrits comme inspirés de Dieu, qu'on les collectionna et qu'enfin on en dressa des listes qui, officiellement approuvées, furent plus tard le canon du Nouveau Testament. C'est ce que nous avons à établir en étudiant les premiers écrits chrétiens.

Avant de procéder à cette étude, observons qu'il ne faut pas confondre la notion d'inspiration et celle d'écrit canonique. Un livre est inspiré, quand il a été écrit sous l'influence de l'esprit de Dieu; il est canonique, quand l'Eglise a déclaré que ce livre était inspiré et qu'elle l'a placé dans la liste des écrits canoniques. Les livres ont été longtemps regardés comme inspirés

SIGNIFICATION DU TERME CANON. 2t

avant que l'Eglise ne les ait déclarés tels, et ce n'est que tardivement qu'on en dressa des listes et que ces listes furent reconnues comme officielles par toute rÉglise et reçurent le nom de canon. Le concept du canon a virtuellement existé avant que le terme ait été employé pour désigner les listes de livres inspirés. Et même, les Juifs, bien qu'ils aient eu l'idée dune collection de livres saints, ne se sont jamais servis du terme « canon » pour désigner l'ensemble de leurs livres saints. Pour eux, c'était f, Upi Bi5).ck, II Macch.WU, 23, ou les Écritures, .)fatth. XXI, 42; Jean, V, 39: Act. XVIII, 24. Josèpbe' les appelle pi6>i'« 6iïa miriargKttéva. Le Talmud les nomme N"^p!2, miqra, c'est-àdire lecture, texte de lecture, ou Kilbebé ha-Qodescb, les Livres saints, ou encore dans ladaim^ III, 5 vi 'EduijothfN, 3, metammeim ethba-iadaïm, cest-à-dire « qui souillent les mains », expression singulière pour désigner la sainteté de ces livres'. C'est dans l'Eglise chrétienne que le mol « canon » a été employé la première fois pour désigner la collection des Livres sacrés. Pour obvier à tout malentendu, il est donc nécessaire de préciser la signification des mots : canon et canonique, et des ternies corrélatifs : proto-canonique, deutéro-canonique. apocryphe.

.' 5. — Signification des termes canon, canonique, protocanonique, deutérocanonique, apocryphe.

Le terme canon vient du grec xavwv, lequel est apparenté au terme hébreu gana, qui signifie tenir droit quelque chose, d'où le nom hébreu qanê, roseau, verge droite et chez les Grecs xawa, roseau, et xavwv qui, au

1. Contra ApioMin, I, 8. Hastibics, Dictionary of the Bible,t, p. M9, Edlnburgh, 1898.

*. CJISY5E, Encyelopaidia bibliea, I, col. M»; Londoa.IMO

sens propre, a des significations très diverses : tige de roseau, d'où en général toute barre de bois, longue et droite, bâton droit, bâton ou règle à mesurer, ligne droite en parlant des rayons du soleil, les bâtons qui maintiennent le revers du bouclier, l'ensuble du tisserand, les fléaux d'une balance, les colonnes d'un lit, etc. De l'idée de bâton à mesurer on passa à celle de chose mesurée. Les xavoveç 7r-/;Srj[ji«To; désignaient une étendue de terrain mesurée. Du sens propre on arriva naturellement au sens métaphorique de mesure, règle, qui reçut chez les Grecs les diverses applications de règle, type, modèle, principe. Euripide parle du canon du beau, du jugement; Démosthène des canons des choses bonnes. Le Doryphore du statuaire Polyclète ayant été regardé comme un type de beauté, ses proportions devinrent la règle et l'on parla du canon de Polyclète. De même, il y eut le canon de la musique, (aoikiixo; xavwv, appareil monocorde, qui servait de diapason ; le canon de la grammaire, modèles de conjugaison et de déclinaison. On appela /povtxo\ xavove; les époques principales de l'histoire qui servent de points de repère pour les événements. Les grammairiens alexandrins appelaient xavovs? les collections des anciens écrivains grecs qu'ils regardaient comme des modèles.

On peut présumer que c'est de ces listes appelées xavoveç qu'est venue l'idée d'appeler xavojv la liste des écrits sacrés.

Dans la Bible, le mot est employé tantôt au sens propre, tantôt au sens métaphorique. Dans Michée, VII, 4, on lit : paSiî^ojv im xavo'voç Iv ^i[x£pa ffxoTriaç, marchant vers le compte à rendre dans leur jour d'espionnage. Dans Judith, XIII, 6, xavwv signifie la colonne du lit d'Holopherne (Septante). Dans Psaume XVIII, 6, et Job, XXXVIil, 5, Aquila a traduit ^rt^*, ligne,

règle par xavtiv. Dans IV Macchabées, VII, 21, il est parlé du canon de la philosophie, tov tt,? jpiXoao^îa; xavo'va. Le mot est ici employé au sens métaphorique. Dans le Nouveau Testament, xavdiv a des sens analogues, propres ou métaphoriques. Paul emploie le mot xavwv au sens d'espace assigné à quelqu'un pour Tévangélisation ou bien de direction donnée à l'apôtre dans sa mission, ou encore de règle d'évangélisation. Cf. II Cor, X. 13, 15. 16. « Nous espérons, dit-il, que nous nous étendrons parmi vous beaucoup plus loin selon notre partage, xaTà tov x«vov« r,(Awv, sans nous glorifier de ce qui a été déjà fait dans le partage des autres, tv àXXotpiio xavôvi. » Dans Gai. VI. 16, xavtov signifie règle établie pour la vie nouvelle du chrétien. « Etre une nouvelle créature est tout. Et pour tous ceux qui s'attacheront à cette règle, tw x«vo'vi ToÛTO), paix sur eux ». Dans Phil. III, 16, d'après le Tejctus receptus, le mot xavwv est employé au sens de règle de conduite.

Chez les écrivains ecclésiastiques, le mot x«v«ôv fut employé le plus souvent au sens objectif de règle. Saint Clément Romain, I, 3, parle de la règle de l'obéissance, 6 xavwv Tr,ç uTroraYriç, de la règle de notre sainte vocation, xr.ç à^[<x<: xXi^atwç xavwv, et d'une règle déterminée du culte, ô wpnjfjiévoç Tr,« XeiToupYiaç xatvtov.

Hégésippe précise davantage le sens du mot x«va»v quand il parle de ceux qui essayent d'altérer la pure règle, TOV Oyiîî xavû'va, de la prédication du Sauveur. Pour l'auteur des Homélies Clémentines il y a un canon de l'Église, le canon de la vérité, le canon prophétique, le canon de l'union, 6 Xôyo^ toû irpo!pr,TtxoÙi xavôvo;, ô xotvwv Trjç ffuJ^UYi'otç.

Nous retrouvons ces mômes expressions dans les écrivains du temps : 'O xavwv tî;*; IxxXr.dîa;, dans Clémont d'Alexandrie. Str. VU, IC), iOr>; dans Origène,

De Princip. IV, 9; dans la lettre du pape Corneille à Fabien d'Antioche au sujet de Novatus, Eusèbe, Hist. eccl. VI, 43, 15; dans saint Irénée, Adv. Haer. I, 9, 4; XXII, 1 ; dans Novatien, De Trin. 21; ô xavwv T^ç TTicTTeto;, dans la lettre de Polycrate d'Éphèse au pape Victor ^ . Pour Clément d'Alexandrie ^ le canon ecclésiastique, xav(i)v IxxXïiaiaffxixo;, c'est l'accord harmonieux de la Loi et des prophètes avec le testament donné, quand le Seigneur était présent.

Peu à peu, le mot canon fut employé dans l'Église pour une chose concrète, pour une décision déterminée. Au synode d'Antioche, 266, la doctrine de Samosate fut déclarée étrangère au canon ecclésiastique. On retrouve la même expression dans les édits de Constantin, 311, dans le Synode d'Ancyre, 315, dans le Concile de Nicée, 325, pour désigner la doctrine générale de l'Eglise. Le premier concile qui donna à ses décisions le nom de canons, xavôveç, est celui d'Antioche, 341.

On employa aussi ce terme au sens plus particulier de règle qui obligeait les ministres sacrés : IIpsfféuTepot, dit le concile de Nicée, Can. 16, \ Siaxovot, v) éfXto; Iv tw xavo'vi eÇetaCo.w-svoi. Au sens passif, le mot canon désigna les règles de la liturgie.

Nous rencontrons le mot xavwv appliqué aux saintes Fioritures pour la première fois dans saint Amphiloque d'Iconium (f 395) :

OÔTOç a'IeuSÉffTaTo; Kotvwv àv eïr, twv ôeoTtvsuaTWV ypacpwv.

Tel est, dit-il, le canon des écrits inspirés de Dieu, qui serait le moins trompeur ^. Mais on trouve les

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