Haer. Fab
ÉGLISES DORIENT (170-220,. 243
remarquer que Tatien a voulu faire une œuvre populaire et simplement retracer la \ie de Noire-Seigneur à l'aide des quatre évangiles, ce qui l'autorisait à ne pas suivre trop strictement les textes. S'il a omis la préface de saint Luc, c'est qu'elle n'entrait pas dans son plan ; la péricope de la femme adultère n'était probablement pas dans son exemplaire du IV* évangile. Quant au changement d'ordre chronologique et au mélange de discours identiques, on ne peut reprocher trop vivement cette hardiesse au compilateur, étant donnée l'incertitude des évangiles eux-mômes sur ces divers points. Enfin et surtout, n'oublions pas que Tatien ne parait pas avoir eu le souci de respecter les textes sacrés, puisque nous savons par Eusèbe qu'il avait corrigé diverses expressions des cpîtres pauliniennes. On peut soupçonner que le Diatessaron n'était pas conforme de tout point à la tradition orthodoxe. Après avoir indiqué les passages évangéliques omis dans le Diatessaron de Tatien, Théodoret ajoute : « Cet ouvrage était en usage non seulement chez les adhérents de la secte, mais encore parmi ceux qui suivent la doctrine apostolique, car ils ne soupçonnaient pas la malice de cette composition, mais s'en servaient en toute simplicité à cause de sa brièveté. J'en ai trouvé moi-même plus de deux cents copies que l'on tenait en honneur dans nos églises. Je les ai toutes rassemblées et détruites et remplacées par les évangiles des quatre évangélistes. « En définitive, Tatien était un hérétique qui, à un moindre degré que Marcion, mais à son exemple ne craignait pas de changer les expressions évangéliques. Remarquons en terminant qu'il a utilisé au même degré les quatre évangiles, même la finale actuelle de saint Marc et ceux-là seulement, ce qui prouve que, de son temps, ces évangiles étaient tous acceptés comme
divins par toute l'Église, à Texclusioii des évangiles apocryphes, et même qu'ils étaient, à cette époque, réuuis en collection, puisque Tatien a pu intituler son Harmonie : « Évangile de Jésus-Christ au moyen des quatre. » On a soutenu que cette Harmonie était formée des trois synoptiques et de l'évangile des Hébreux, ou même que le Uiatessaron était seulement cet évangile des Hébreux, évangile adopté par les Encratites, secte dont faisait partie Tatien. Saint Epiphane^ afhrme que le Diatessaron est appelé par quelques-uns évangile selon les Hébreux. Ces hypothèses ne sont pas admissibles, si le Diatessaron que nous possédons est bien celui de Tatien, car il reproduit nos quatre évangiles canoniques et eux seuls. De plus, les quelques fragments qui nous restent de l'évangile des Hébreux ne se trouvent pas dans le Diatessaron ^.
La, Doctrine d'Addaï. — Nous apprenons par la Doctrine d'AdJai, écrit publié à la lin du iv« siècle, mais dont la première rédaction serait du milieu du m® siècle, que le Diatessaron était lu dans les églises syriennes. Nous pouvons croire que ce document renferme la tradition de l'église syrienne et accepter son témoignage sur le recueil des livres du Nouveau Testament, en usage au m* siècle dans cette église, quoiqu'il ne soit pas certain que la liste des écrits scripturaires qu'on y trouve fasse partie delà première rédaction^. Le voici tel qu'il a été mis dans la bouche d'Addaï mourant : « La Loi, les Prophètes et TE vangile, dans lesquels vous faites chaque jour des lectures au peuple, et les é^jîtres de Paul que Simon Pierre nous a envoyées de la ville de