‹ Le Nouveau Testament dans l'Église Chrétienne (volume 3)Chapitre 128 sur 239 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ÉGLISES d'orient,

{s 1. — Église d'Alexandrie.

Origène et les écrits néotestamentaires. — Origène ('ûpiféviii;, fils d'Horus) était né en Egypte, ainsi que son nom l'indique. Etait-il égyptien ou grec de race? On l'ignore. La date de sa naissance est incertaine ; on la fixe d'ordinaire vers 185 et celle de sa mort, à Tyr, en 253. Sa vie fut assez agitée; il en passa la plus grande partie à Alexandrie comme didascale, mais il visita Rome, Ephèse, Athènes, et vécut assez longtemps à Césarée de Palestine. Son nom complet était 'ûpiyévTiç 'ASa[xotvctoç. Ses travaux exégé tiques sont considérables, mais ils ont presque tous disparu. Du Nouveau Testament il reste trente-neuf homélies sur saint Luc, en latin, des fragments grecs d'homélies sur les Actes et lépître aux Hébreux, les livres X-XVII, en grec, sur saint Matthieu, XIII, 36-XXII, 33, et une adaptation latine de saint Matthieu, XVI, 13-XXVII, 63 ; le commentaire sur saint Jean, en grec, livres I, II, VI. X, XIII, XIX (incomplet), XX, XXVIII, XXXIi et des

fragments ^ ; de l'épître aux Romains un fragment grec et une adaptation en latin en dix livres par Rufm ; des fragments en latin des épîtres aux Galates, aux Éphésiens, aux Colossiens, aux Thessaloniciens, à Philémon, à Tite^. Nous trouverons son enseignement sur la canonicité dans ces ouvrages et dans les autres, qui nous ont été conservés : Ilepi <xp)^wv, Kaxà KéXaoo, mais notre meilleure source sera Eusèbe, qui, dans le chapitre XXV du livre VP de son Histoire ecclésiastiquey a donné le catalogue des saintes Écritures d'Origène.

En étudiant les données que nous a transmises Origène sur le Nouveau Testament nous remarquerons leur incertitude, leur diversité, quelquefois même leur contradiction. Il semble que tantôt il est guidé par lexamen des textes eux-mêmes, tantôt il rapporte les idées courantes de son temps. On n'est donc pas obligé de croire qu'il s'est contredit à différentes époqaes de sa vie ou que les passages que nous n'avons plus qu'en latin ont été altérés par le traducteur; il suffit de constater que, certains livres n'étant pas encore tenus pour canoniques dans toute l'Eglise, l'opinion d'Origène pouvait varier suivant le point de vue où il se plaçait. La suite nous fera toucher du doigt la justesse de cette observation.

Le témoignage d'Origène sur les livres du Nouveau Testament est d'autant plus important qu'outre sa propre opinion, il rapporte les affirmations de la tradition sur leur caractère et sur leur réception dans l'Église et précise avec soin pour quelques-uns les divergences d'opinions à leur égard.

Nous retrouvons dans Origène la division des livres

1. Ce coaimenlaire a élé publié par A. E. Iîrooke, The Commentary of Origen on saint John's Gospel, Cambridge, 189C.

2. Voir pour la liste des écrits d'Origène sur le Nouveau Testament et le relevé de ce qui nous en reste : Batiffoi., La Littérature grecque, p. 169, 170.

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du Nouveau Testament en deux collections : l'Evangile ou les Evangiles et lApôtrc ou les Apôtres, telle que nous l'avons rencontrée précédemment, mais il les réunit sous le nom de Nouveau Testament et ce sont des Ecritures divines, comme celles de l'Ancien Testament*. « Le même Esprit (par lequel ont été composées les Ecritures avant l'avènement du Christ) et procédant d'un seul Dieu a fait la même chose avec les évangiles et les apôtres : To TniZact... iith -roZ évôç SeoZ, to ^uotovxcù eiti Twv txKxyytXiia'^ ■KtizoirfXt xo\ èm Twv aTtocTÔXiov ^. »

Le témoignage dOrigène sur les évangiles est très net ^. Il distingue entre les évangiles acceptés sanscontestation par toute l'Eglise et les évangiles des hérésies. " 11 y eut, dit-il, dans l'Ancien Testament de faux prophètes ; il en fut de même dans le Nouveau : OCtw xai vîv èv TT, xaivr, oiatôî^xT] tk eCia.'^ytkKa icoXXoi EOéXTjffa'v vpâ^t, «XX' oî Soxtuoi TpaTceJ^Tat où Ttav-ra «vsxpivav, àXXi xà Té'aoapa jxôvov eTteXÉîavTo. Ces écrivains se sont eflbrcés d'écrire, comme le dit saint Luc dans son prologue, parce qu'ils entreprirent de composer un Evangile sans avoir la grâce du Saint-Esprit}. Il n'en fut pas de même pour les

évangiles : Matôaîoç yàp oùx iitE/EtpT,«vàXX' lypa-^sv il «ytou xtvoufjLEvo; TTWïutxaTOÇ. 'Ouot'oK xa\ Motpxo; xa\ 'Iwàvvr,;* napaTrXr.tTÎuK Sa xa\ AouxSç. »

Origène nomme, parmi les «'vangiles qui ne sont pas inspirés : l'évangile selon les Egyptiens, l'évangile des Douze, l'évangile selon Thomas, selon Matthias, l'évangile de Basilides, et il conclut : Ta SÈTÉTrapa uova irpoxpivEi ^ BtoZ lxxXr,ffîa. Après avoir cité les évangiles hérétiques, le texte latin ajoute : « Quatuor tantum Evangelia sunt probata quibus sub persona Domini et Salvatoris nostri proferenda sunt dogmata. Scio

i. Deprincip. IV, i.

â. De princip. IV, 16. 3. Hom. in Lucam, UI.

quoddam Evangelium, quod appellatur secundum Thomam et juxta Matthiam et alia plura legimus, ne quid ignorare videremur, propter eos qui se putant aliquid scire, si ista aliud cognoverint. Sed in his omnibus nihil aliud probamus nisi quod ecclesia, id est quatuor tantum evangelia esse recipienda^ - Origène rend un témoignage identique dans son premier livre sur l'évangile de saint Matthieu : 'ùç Iv •jtapaSoaei (jiaôwv Ttgpt twv xeaffotpœv eùaYYsXtojv, à xai u,ova «vavTippifjTà IcTiv Iv TV) uito Tov oùpavbv lxxXy)<jta tou 0£Ou, 8xi TtpwTov [xsv yé^pamoLi to xarà tov ttote TgX(ovY]v, Sarepov ol (XTTOffToXov 'Itjitoû XpiffTOÎi MaTOaîov,. . . SeutEpov Ss to xarà Mapxov... x«t TpiTOv TO xotxà Aouxav..., itzi TtSaiv to xaià 'Itoavvrjv.

Pour Origène, saint Luc est l'auteur de l'évangile et des Actes-. Il cite de nombreux passages de ce dernier livre et assez souvent les attribue nettement à Luc, dans les Actes des apôtres.

Ce que nous rapporte Eusèbe ^ sur le témoignage d'Origène à propos des épîtres pauliniennes est court et imprécis : « Dans le cinquième livre de ses Exégétiques sur l'évangile selon Jean, Origène parle ainsi à propos des épîtres des apôtres... Paul qui a prêché complètement l'Evangile, TtsTrXïjptoxw; to eùayYéXiov, depuis Jérusalem et dans les pays environnants jusqu'à l'Illyricum, n'a pas écrit à toutes les églises qu'il avait instruites, mais même à celles auxquelles il a écrit, il a envoyé peu de lignes, oX^you; aTij^ouç. » Cependant, Origène a cité abondamment toutes les épîtres de saint Paul, en les introduisant assez souvent par la formule : riauXoç Xe'Yei, IXeyev, et ajoutant quelquefois le nom de ceux à qui il s'adresse. Dans son Contra Celsum, XX,

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