Lettre du 14 mai
thériens n'établissaient plus de distinction entre les livres du Nouveau Testament au point de vue de l'autorité doctrinale, mais il restait néanmoins que les préfaces placées par Luther en tête des quatre livres, lépître aux Hébreux, lépître de saint Jacques, celle de saint Jude et l'Apocalypse, qu'il rejetait du canon, étaient maintenues dans les éditions de la Bible mises entre les mains des luthériens. Richard Simon fait ressortir avec force cette contradiction entre la théorie et la pratique. Rappelant une objection de Luther contre Tépitrc de saint Jacques, il ajoute : « Mais cette objection est si faible et si peu sensée, que les Luthériens n'y ont eu aucun égard, non plus qu'à plusieurs autres que leur maître a faites contre l'épître de saint Jacques. Car ils la reçoivent aujourd'hui de la même manière que les catholiques. Ils ne sont pas néanmoins excusables, en ce qu'ils gardent encore dans quelques éditions de leur Bible allemande les Préfaces de Luther qui sont au commencement de l'épître aux Hébreux et de celle de saint Jacques, après les avoir canonisées. Car ils détruisent par ces Préfaces ce qu'ils autorisent dans le corps de leur Bible'. » Il fait la même observation à propos de l'épître de saint Jude : « Luther en a néanmoins douté, aussi bien que de l'épître de saint Jacques. Mais ceux qui suivent ses sentiments, bien loin de la rejeter, présentement font tout leur possible pour adoucir les paroles de leur maître ^ ». A propos de l'opinion de Luther qui ne considérait pas l'Apocalypse comme prophétique et apostolique, il constate que : « Ses disciples qui reconnaissent tous ce livre comme divin et canonique, ont tâché de le justifier. Ils veulent, sans avoir égard à
1. Histoire crilique du texte du \ouc«au Testament, p. !«). RoUerdam. 1<j89.
i. Op cit. p.*>l.
son ancienne préface, qu'il n'ait dit autre chose dans celle qu'on lit présentement dans ses ouvrages, que ce qui a été observé par quelques anciens Pères, savoir : qu'il n'était pas constant que l'Apocalypse fût de l'apôtre saint Jean '. »
Il reste néanmoins, dit Reuss, que « toutes les éditions du Nouveau Testament allemand jusqu'à nos jours ont conservé l'ordre et la disposition que Luther avait introduits, séparant l'épître aux Hébreux de celles de Paul et celles de Jacques et de Jude des autres épîtres catholiques... Il y a plus : les préfaces de Luther continuèrent pendant longtemps à être mises en tête de chaque livre et popularisèrent ainsi sa critique... 11 y a même des éditions qui donnent aux quatre livres mis à part par Luther un titre spécial en les qualifiant d'apocryphes, comme ceux de l'Ancien Testament^ ». De nos jours, les préfaces de Luther ont disparu des Bibles allemandes usuelles.
La question du canon des livres du Nouveau Testament fit place dans la suite pour les théologiens luthériens à celle de l'authenticité de ces livres'.
J. Salomo Semler (-|- 1791) cependant s'est occupé spécialement du canon dans son ouvrage Abhandlung von der freien Untersuchung des kanonsy Halle, 1771. Il a rejeté la canonicité de l'Apocalypse et a émis des doutes sur celle de l'épître à Philémon. Ainsi que le remarque Bleek, il n'a pu dire clairement ce qu'il fallait comprendre sous le terme canonicité. Pour lui, l'utilité générale du contenu d'un livre était le critérium de sa canonicité.
Les opinions de Semler ont été savamment réfutées par Ch. F. Schmid (f 1778), dans son ouvrage His-