‹ Le Nouveau Testament dans l'Église Chrétienne (volume 3)Chapitre 41 sur 239 · Adv. Tryph · texte numérisé non relu

Adv. Tryph

vinrent et l'adorèrent, Adv. Tryph. i06 = M atth. II. 1, 11. Les apôtres ont écrit que comme une colombe l'Esprit saint tomba sur Jésus sortant de l'eau, Adv. Tryph. 88 = Matth. III, 16; Marc, I, 10. Il est écrit dans les Mémoires des apôtres que le démon tenta Jésus jusqu'à lui dire : «Adore-moi j>,et que Jésus lui répondit : «Va derrière moi, Satan, Tu adoreras le Seigneurton Dieu et tu le serviras lui seu\y>, Adi>. Tryph. 103 = Marc, IV, 9, 11; Luc, IV, 7, 8. Il est dit que Jésus changea le nom de Pierre, un des apôtres, et cela est écrit dans les Mémoires de celui-ci, «ùtoû, et qu'il appela les deux frères, fils de Zébédée, Boanerges, c'est-à-dire fils du tonnerre, Adv. Tryph. 106 = Marc, III, 16, 17. (Nous verrons plus tard à qui sont attribués les Mémoires mentionnés ici.) Les apôtres dans leurs Mémoires, qu'on appelle évangiles, nous ont transmis que Jésus leur ordonna ceci : 11 prit du pain et, ayant rendu grâces, il leur dit : « Faites ceci en mémoire de moi : Ceci est mon corps. » Et, ayant de même pris le calice et rendu grâces, il dit : « Ceci est mon sang », I Apol. 66 = Luc, XXII, 19, 20; Matth. XXVI, 18. Lorsque Jésus était avec ses disciples il loua Dieu, comme il est montré dans les Mémoires des apôtres, Adv. Tryph. 106 =zAfntth. XXVI, 30; Marc, XIV, 20. Il est écrit dans les Mémoires composés parles apôtres et leurs disciples que la sueur découla comme des gouttes de sang de Jésus priant et disant : « Que ce calice passe, si c est possible », Adtf. Tryoh. 103 = Luc, XXII, 42. Il est écrit dans les Mémoires des apôtres que Jésus fut condamné par la synagogue, ib. 104 = Marc, XIV, 64. Jésus se lut et ne voulut rien répondre à Pilale, comme il est montré dans les Mémoires des apôtres, ib. 102 =: Marc, XV, 5 ; Luc, XXIII, 9. Les Mémoires des apôtres rapportent les paroles de ceuxqui assistèrentau crucifiement : «II

s'est dit fils de Dieu; qu'étant descendu (de la croix) il marche. Que Dieu le délivre », ib. 101 =. Matth. XXVII, 39, 40, 43; Marc, XV, 30; Luc, XXIII, 35. Et rendant l'esprit sur la croix, Jésus dit : « Père, je remets mon esprit entre tes mains. )> C'est ce que j'ai appris des Mémoires, ib. 105 =: Luc, XXIII, 46. Cette citation des paroles de Jésus est littérale.

Saint Justin a trouvé aussi dans les Mémoires ou dans l'évangile des paroles de Jésus que rapportent nos évangiles canoniques. Il est écrit dans les Mémoires que Jésus adit : « Si votre justice ne surpasse beaucoup celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux », ib. 105 = Matlh. V, 20. Il est écrit dans les Mémoires que ceux de votre race, dit-il à ïryphon (les Juifs), discutant avec Jésus, lui dirent: « Montre-nous un signe.» Et il leur répondit : « Une génération méchante et adultère demande un signe et il ne leur sera point donné de signe, sinon le signe de Jonas », ib. 107 =: Matth. XII, 39. Et dans l'évangile il est écrit que Jésus a dit : « Toutes choses m'ont été données par le Père, et personne ne connaît le Père, si ce n'est le Fils, ni ne connaît le Fils si ce n'est le Père, et ceux à qui le Fils l'aura révélé », ib. 100 ■=: Matth. XI, 27. Saint Justin cite deux fois dans sa première Apologie, 23, cette sentence comme parole de Jésus, mais toujours en intervertissant l'ordre de Matthieu, XI, 27.

Observons qu'aucun des traits cités plus loin, se rapportant à la vie du Seigneur, que saint Justin répèle et qui ne se trouvent pas dans les évangiles, n'est dit emprunté aux Mémoires, et puisque tous ceux qu'il dit provenir des Mémoires se retrouvent dans nos évangiles, il s'ensuit que par les Mémoires des apôtres, qu'on appelle, dit-il, les évangiles, il entendait nos évangiles canoniques.

Un certain nombre de textes évangéliques sont cités littéralement. Quelques exemples ont été déjà donnés ; en voici d'autres, I Apol. 33 : 'looù ouaH^ïj Iv yasTpi (Ix

rvïouLOtTCK î'f\o\») xat ?é$r) utôv, xai otôç îcitcroy xÀr,OT,ffETai xal /.«/.effet; tÔ ovotxa «ÙtoÎ; 'Ir.aoûv = A//C, I, 31. 'Auto; y«? ^wseï TOvXaov aÙTOÛ «Tcô twv a;a.apTitov aùtûv = Matlh. I, 21. La

citation est textuelle, sauf l'addition des mots entre parenthèses et l'omission de outo; l(rc«i (icy^c, Lac. La réponse de Marie à l'ange : FcvotTo fioi xa-:i to ^^ixot aoy, Lac, J. 38, est textuellement dans Adi'. Tryph. 100. — Adv. Tryph. 49: 'EYÔ>!Xsvuu5;Pa:rr{!iwêv Coati sîçuïTxvoiav, r^^ti 5à 6 t(r/ufo'':fpô;}ioy, oS oùx £l;jLt Ixavb; Ta ÛTtoSr'uata paata'ffat «Ùto; &U.Ï; SaTTTtffei £v irvgyyiaTi «y^V **^ in»pî. Ou xô tttuov «ùtov; èv T^ /e'p't «ÙT&y xat ^laxaOjpieî tV £Xc>jva «ÙTOÔ xat lôv olxov cuvotçet el; t:J;v 3TTo6r,xyiv, to oi a/upov xaTaxa'J7ei rupi iuZi^zM =z

Matlh. III, il. Au lieu de -^Çct, leçon soutenue par le latin du Codex de Bèze, qui autem venity Matthieu a : 65s ÔTtt'ffu) fxoi» «p/ôuEvo;; un mot, bùtoÙ, est omis. — Adv. Tryph. 51 : *0 vôuo; xai ol «poçT,Tai (xiypi 'Iwâwou toû ^arTiffioû • £; 5rou ^ ^affiXïi'a Ttûv oôpavûv ^idCfTat xal ^taffrat zpTtâJ^oufftv «ùrr^v. Kal et ôiXeri û£;aff6ai, ajTo; «ttiv 'HXîaç 6 [xeXXojv ?p/eff9at. '0 //,t«>v tota àxoûetv, àxoueTuj = Mattk. XI,

12, 14. il y a transposition de textes et changement d'une expression : i\ Stou pour «ttô ti twv f,tapwv 'loiâwou. Le passage : 'HXîa; fxèv iXeûfftTai [Matth. êp-y^erai), ^</i^. Triph. 49, est littéralement cité de Matthieu, XVII, 11-

13, sauf l'omission de la proposition : oStw; xai 6 ulôç. La parole du Seigneur, Matth.WX, 21 : Où itàç ôXc'ywv, est textuellement citée, I Apol. 16, sauf que saint Justin a oiyi 7i5;, au lieu de où tcSç. De même la sentence : Iiav (ôè) SévSpov, I Apol. 16 =r Matth. VIII, 19. La réponse de Jésus au sujet de l'impôt à payer à César : 'AnôSore, Matth. XXII, 21, est littéralement citée, I Apol. 17. La prière du Seigneur au jardin des Oliviers : llâtep t\ iiovoTÔv èffTiv, Matlh. XXVI, 39, sauf Tomission du

pronom fAou et une transposition de terme, est textuellement citée dans Adç, Tryph. 99. La prophétie de Notre-Seigneur sur les souffrances du fils de l'homme : Aet Tov uîov, Luc, IX, 22, est textuellement reproduite dans Adv. Tryph. 76, sauf l'omission d'un mot et lo changement de deux autres, et encore (xvacTr,vai au lieu de Èy^pô^vai est dans Marc, VIII, 31.

Les citations presque littérales des évangiles canoniques sont très nombreuses dans les écrits de saint Justin. Voici comment il présente l'institution de l'Eucharistie : (H yàp aTtocitoXoi Iv toîç y^vouÉvoi; Ott* aùxôiv ixtcojxvy)[xoveij[i.aaiv â xaXmat EÙayï^^'*? ouTto; Trapt'Stoxav IvxeTaAÔai «ÔtoTç* tov 'Irjffoïïv XaêôvTa dcpxov eù)(api(7TV]C7avTa etTreïv* toûto TToieTTÊ £Îç T"^|V dvâ(ji.vr)(Tiv (Aou, touto èartv to oSfAa (jlou, xal to 7roT>ipiovô[jLOiwçXa6ovTaxal £ijy(^api(iT7Îaavxa eÎtteîv TOUTO Éaxiv to aîjjia (JLOu xal fxovoiç a0Toîi;}ji.eTaoovivat, 1 Apol. 66. Il donne la substance des quatre récits, Matthieu, Marc, Luc, Paul, mais n'en suit aucun exclusivement.

De nombreux passages des évangiles sont fondus dans le récit et ont subi, comme nous le verrons, des modifications, dont on comprend la raison d'être. Remarquons enfin que saint Justin emploie un très grand nombre d'expressions que l'on retrouve dans les évangiles.

En résumé, il est certain que saint Justin a connu et utilisé les évangiles de saint Matthieu et de saint Luc, ainsi qu'il ressort de l'exposé précédent. 11 a emprunté à saint Marc quelques traits : I Apol. 16 = Marc, X, 17, 18; ib. 45 = Marc, XVI, 20, et l'a très probablement cité sous le litre de Mémoires de Pierre. C'est du IV" évangile que saint Justin a appris que Jésus était le fils unique du Père : MovoYcvf,; ^v tÇ icaTpl Twv oXwv, qu'il était son Verbe, X^yo;, et sa puissance, Suvajjii;, et qu'il était devenu homme par la Vierge : 'AvOptoTTo; Stà T^çTcapôévou yevôfxcvo;, Adv. Tryph. 105, 100,

qu'il l'était devenu non par une semence humaine, mais par la volonté de Dieu, èx. OeXr'fxaTo; 0eoî!, ib. 63 = Jean, I, 13. Cf. ib. 76, 84; I Ap. 61 = Jean, 111, 3-5. On trouvera dans le IV* volume, p. 61, de VHistoire des livres du Nouveau Testament, le relevé des autres emprunts de saint Justin au IV'* évangile. Enfin, dans le fragment 9 du De Resurrectione carnis, on rencontre des réminiscences ou des citations approximatives des quatre évangiles et des Actes des apôtres.

Nous conclurons donc que saint Justin a connu et utilisé les évangiles canoniques, et peut-être même qu'il n'a utilisé que ceux-ci, ce que nous allons essayer de prouver.

11. Cette conclusion est rejetée en entier ou en partie par quelques critiques : les uns soutiennent que saint Justin s'est servi d'un évangile différent de nos évangiles canoniques; les autres, qu'il a connu ceux-ci, mais qu'il a utilisé aussi d'autres sources orales ou écrites. Voici les preuves qu'ils fournissent de leurs hypothèses :

1° Excepté une fois, et dans un passage dont le sens n'est pas clair, saint Justin ne cite jamais les évangiles par le nom de leur auteur. Observons de suite qu'en agissant ainsi il a suivi l'exemple de ses prédécesseurs, de ses contemporains et même de ceux qui ont écrit après lui, Tatien, Alhénagore. Pour les citations de l'Ancien Testament, il a cent quatre-vingt-dix-sept fois indiqué la source, et cent dix-sept fois il ne l'a pas mentionnée. H a cité un passage de l'Apocalypse en l'attribuant à saint Jean. 2° Si l'on peut relever dans les écrits de saint Justin quelques passages que l'on rencontre dans les évangiles canoniques, passages qui sont tous des sentences du Seigneur, lesquelles ont pu lui être données par la tradition orale ou se retrouver dans l'évangile dont il se servait, les passages divergents,

en partie ou totalement, sont en si grand nombre qu'on est obligé de conclure que saint Justin ne citait pas les évangiles canoniques. 3° Saint Justin rapporte un certain nombre de faits que ne connaissent pas les évangiles canoniques.

Faisons d'abord quelques observations générales, puis nous examinerons dans le détail chacune de ces observations.

Reconnaissons tout d'abord qu'il y a une très grande divergence dans un bon nombre de passages entre le texte de saint Justin et celui des évangiles. Ces divergences, quand saint Justin cite un texte, proviennent d'un mélange de textes de plusieurs évangiles, d'une combinaison de mots ou de formes. Cependant, pour les passages qu'il dit provenir des Mémoires, il cite presque toujours littéralement. Remarquons ensuite que souvent saint Justin reproduit les faits évangéliques, sans avoir l'intention de citer les évangiles; il s'en sert comme d'une source, mais à la manière des historiens : il ne s'astreint pas à la reproduire littéralement. Assez souvent, cependant, il rapporte des faits ou des paroles évangéliques, mais il ne reproduit pas les textes de nos évangiles. Cette constatation qui est exacte prouve simplement que saint Justin citait ordinairement de mémoire, et ne s'astreignait pas à vérifier les textes. Sa mémoire a pu lui faire défaut quelquefois. N'oublions pas que celte liabitude de citer littéralement n'existait pas de son temps et que, si saint Justin a été un des écrivains le plus libre dans ses citations, d'autres ont agi de même. D'ailleurs, saint Justin n'a pas cité plus exactement les textes de l'Ancien Testament et les auteurs classiques. Ceci a été prouvé par les critiques, Semisch et Bousset, entre autres.

De plus, outre cette façon de citer que nous constatons aussi pour le Nouveau Testament, saint Justin

rapporte quelquefois différemment le même texte de l'Ancien Testament. Voici comment il reproduit le texte d'Isaïe, VI, 14, dans la première Apologie, 33, et dans le Dialogue avec Tryphon, 43, 66 (le texte est celui de l'Apologie et les variantes du Dialogue sont entre parentliè-

ses) : 'ïooù ^ Ttapôévoç Iv^at^Tp^ ^ti ["kr^ii-^fzon) xat xÉ^ETai uîov, x«\ èpouffiv ÊTCi Tw 3vôixaTi aÙTOÏ fieô' ^,uwv ô 0£Ô; x«t xaXÉ^CTsi to ^vo^ila aCiToû 'Euu.avo'jT,X, Ad^>. Tryph. 43; xat xaXeaouat To ôvotxa aÙToû 'Ea{iavour,X) , lè. 66. Observons qu'aucun de ces trois textes ne reproduit exactement celui d'Isaïe, non plus que celui de Matthieu, I, 23. Celui de VAdv. Tryphonem, QQ^ se rapproche de ce dernier, sauf un mot Xïi(ji<|»eTatau lieu de tin.

Il est à remarquer en effet que saint Justin reproduit quelquefois le texte des Septante avec les variantes qui se trouvent dans les évangiles ou dans les épîtres pauliniennes. Exemple :

idv.Tryph.l^:

«frwvTi èv Pa|xà

xXaudtiôi; xal

'Pa-/:?|X x/aio'jcoc

Ta TÉxva aûxri;,

xal oCx rfifXi

itapaxÀTidrivai,

Sri oOx ciatv.

Matth. II, 18 :

♦wvT^ èv Pajiql

x}ocu6(iô; xat àôupuôî iroÀû;" 'Pa/r)), xJotiovaa îà TÉxva aJT7,;, xai oOx TjOeXe ■;îafaxXiri6f,vat, ÔTt oOx îloîv.

LXX (B) /fVéw.

Page 1