XXXI
4><t>vr, évPapiqi
f.xoy^jfluj
6pf,vou xat x).»u6-
|iO'j xai ô£'jp'(ioO.
'Payy;), ànox/aio-
oCix T,6el£
T:a0aa(T6at ^«l
Tûï; uloï; aCTf,;,
Ôt; oCxeîffiv.
LXX (Lucien) :
«I>ù>v^ iv Pajià
Tjxo-jfffir,,
Oprjvôî xaî x)av8-
(t6< xat àôup(iô;'
'Pajjy.X àîTOxiato-
(xi-.TjÇ èjti Twv utwv
aÔTij; xal o-jx
fiÔE).£ îiapaxXrj-
6i)vat, Sri oCx
eI<iî\ .
Voici un second exemple plus caractéristique, car saint Justin a tantôt abrégé, tantôt développé le texte des Septante, et cela sous l'influence du texte de saint Matthieu :
NOUVEAi; TESTAMENT.
L\X,Zach.\X,9:
Xatpe (T<pô5pa
OûyaTEp -iwv,
xiîpuffffE ôûyatep
'Iepou(ja).yi(ji"
ISoù 6 paaiXeù;
Ip^etaî aot
ôîxato; xaî «tùSÇcûv
a-JTOç îtpaO;, xat èuiêeoYixw;
xat TtwXov
VÉOV.
Adv. Tryph.aS:
Xaïpe trçoôpa OûyaTep Siwv, à).â),aÇov x:^pyff(T£ ÔuyaTep 'lepouaa- )>iQ|i., l?où ô pafft- Xeûi; crou ^Çtt ffoi ocxaio; xat a(tiï,(ùv aÛTÔç xal Tipaûç, xal 7:t(i)X<5ç,
ÈTttêeêTlxà);
xal nûXov ovou.
1 ><;)oi. 35 :
Xaîpe (içidSpa
ôûyaiep Stwv,
x'i^puo'de ôuyaTEo
'Iepou(Ta).ï)[A,
tôoù à pafftXeOç
(TOU k'pxEtaî (TOI
upào:,
èniêeêYiy.w;
eut ôvov
xat uwXov ulôv
îiTtoÇuY'O^-
i»fa»A. XXI, 5 :
EÏTraxe T^ Ouyarpi Siwv
tôoù à PaffiXeû; aou èpxetat aot
npaû;,
tTtlêïgYlxà);
Èïcl ôvov xat 87tt uwXov utèv ÛKoÇuYtou.
On remarquera que le texte de lAdt^. Trî/phonem se rapproche davantage des Septante et celui de l'Apologie de saint Matthieu.
Voici un passage où saint Justin reproduit le texte de saint Paul et non celui des Septante. Le texte est tiré de III Rois, XIX, 14.
Adv. Tryph.m :
Kûpte
Toù; TtpofioTa;
ffou àr.ÉxTEtvav
xaî là UvKîtaoTi^ptà
aou xaTÉ(Txat|/av,
xàyù) viTCsXetîpOTiv
}ji6vo;
xat Çr.toyCTi xrjv
«liy^i^iV |JL0U
Rom.\\,Z:
Kûpte
Toùc itpof»iTac doy àiïéxtetvav, Ta Oufftaaxiôptâ (Tou xaxéffxa'l'av,
xàyà) ûueXetçÔrjV
(i.ôvo;
xat !iir]TOÛffiv t9iv
«j^uxi^v {10".
LXX, III Tiois, XIX,10:
Ta Guatatriptà
aou xa9etX,av
xat Toùç TtpoçiÔTa; ffoy
àTïéxTEtvav Èv ^ofiçatqt,
xal 07toX£X£i[i.{iat
Èyà) [jiovtÔTato;
xal ÇYjToyori f^v
«J^y^i^iV fiouXa6Etvaù'rov.
Nous ferons donc observer que les divergences que l'on signale entre le texte de saint Justin et celui des évangiles canoniques, ne peuvent être alléguées comme preuve que celui-là provenait d'un évangile différent de ceux-ci, car saint Justin, de même qu'il avait fait pour les textes de l'Ancien Testament, ne cite pas non plus toujours les mêmes textes du Nouveau Testament de la même façon. Ainsi, Matthieu, VII, 22, 23 est
produit de la façon suivante dans I Apol. XVI et Vdç. Tnjph. 76 (les variantes de la seconde citation ont entre parenthèses) : IloXWi lï ipoyot fxoi (tt, T,jxÉpa :/ie(vri)' KûptE, KûpiE, où T<j) ffh) ovofiLatt èfolYouev xai Ijctof^ry /.al Suvâuei; éTtotrjdafjiEV ; (xat 7tpoe^riTeOff«;xev xat oaifiôvia 65e6oXo|XEv) xat tote Èpw outoT;* 'ATroywpEÎTE (iva^upeite) ait' e'ixoo, tpYa-rai ty,; àvouîaç. Cette dernière apostrophe n'est pas dans le Dialogue.
Dans l'exemple suivant, les divergences sont plus considérables [Marc, X, 17, 18; Luc, XVIIl, 18, 19) :
Adp. Tryph. 101 : Aétovto; avTqi Tivci;* Ai^ttoxayx iyaôé, direxpîvaTO' Tî |te i-éyei; à*)f«9ov; Ecc éoTiv àfaOo;, 6 nanjp |iou 6 èv Toï; oJpavot;.
1 .ipo2. 6 : Kal 7tpo<j£>>0ôvTOî aCtû Ttvo; xai eIwovtoî* AiSdtuxa) e àyaOÉ, iwtxfiîoTo ^Éycov OCôeI; àyaôb; tl (iiQ |iôvo; o ^eô;, i notr,aa; tô irâvta.
Il serait facile de multiplier ces exemples, car nous avons relevé dans l'index III de Otto. t. I, p. 307, ving:tcinq doublets de ce genre, et tous présentent des divergences plus ou moins considérables. On devra remarquer que ces divergences sont assez semblables à celles que nous allons citer avec les évangiles canoniques. Faisons une dernière observation. Quelquesunes de ces divergences que l'on relève entre le texte de saint Justin et celui de nos évangiles s'expliquent par le fait que celui-ci adopte quelquefois des leçons qui rappellent celles du texte occidental ou des verions syriaques. Baldusen a donné dix exemples '. Ces bservationsctablissentque saint Justin ne s'astreignait iUs à citer littéralement les textes, pas plus ceux de i Ancien Testament que ceux du Nouveau.
Kxaminons maintenant dans le détail les preuves qu'on allègue pour établir que saint Justin avait entre les mains un autre évangile que les nôtres.
I. Das Verhâllnit Juslins des Marlyrer$ zu tinsern tynoptitchen angelien, Muuster, iS'Jb, p. 32-35.
1° Saint Justin cite, remarque-t-on, de la façon suivante des enseignements de Jésus, analogues à ceux que nous trouvons dans Matthieu, XVIII, 9. (Nous plaçons entre parenthèses le texte de saint Matthieu, quand il est différent de celui de saint Justin.) I Apol. 15 : l£i ô é!p6aX[jioç ffou ô Se^ioç cxavâaXiÇei ce exxo4»ov (l^eXe) aÙTOv (xal ^aXe im dou) ffuiAcpspEi yap (xaXov) croi [xovo'^OaXjxov £t(jgX6eïv Eiç T^v ^affiXeiav twv oùpavtov (^wyjvjrj [xerà SuOTrefxcpÔîjvai (8uo ô:pOaX|xoi/;Ej(ovTa pX7)6yivai) iic, xo auoviov Trup (si; r/iv yÉevay Touirupoç).
Ce qui doit nous faire penser, dit-on, que saint Justin reproduisait un autre évangile que les canoniques, c'est que pour les paroles de Notre-Seigneur lesquelles, d'ordinaire, dans les autres écrivains ecclésiastiques sont presque toujours littérales, il les cite le plus souvent avec quelques variantes, qui n'en altèrent pas le sens mais doivent provenir d'un texte que nous ne connaissons pas. Exemple, I Apol. 15 : Et àYaTtare toù; àYa7twvTa(;uiji.aç ti xaivovTroieÎT£,"xai yàp oÎTropvoi touto Troioufftv. 'Eyw hï ujjlTv Xe'yoj" Eû^EffÔe Ouàp twv è/Opwv ujxwv xal àyai^aTe Toùç (jucyouvTaç u(jLaç xai eÙXoyeïte toÙç xaTapw[ji£vou; u[ji.ïv xal eûj^eaôe GTcÈp twv £7ry)peaCovTwv ufjLaç. Et saint Justin continue à citer le Sermon sur la montagne avec de nombreuses variantes et en ne suivant ni l'ordre de saint Matthieu, ni celui de saint Luc. Voici les textes qu'il cite iMatth. V,4G,44, 42; Luc, VI, 34; Matlh. VI, 19, 20; XVI, 26 \ Luc, VI, 36; 7>/a«/i. V, 45; VI, 25, 26, 31, 32, 33, 21 ; VI, 39, 22, 41, 16, etc. II n'avait donc sous les yeux ni le texte du premier, ni celui du second ; autrement, pourquoi aurait-il renversé ainsi l'ordre des sentences, lequel est beaucoup plus naturel dans saint Matthieu que chez lui, et aurait-il emprunté à saint Luc des textes qui étaient au même endroit dans saint Matthieu?
Il est d'ailleurs des textes qu'il est, ajoute-t-on, dif-
ficile de croire que saint Justin les ait empruntés à nos évangiles, car ils se présentent sous une forme trop divergente pour en dériver.
Voici comment il cite une parole du Seigneur, I
Apol. 16 : MtYÎffTTq IvtoatÎ ÈdTr KûpiovTOvOfiôv ffO'j :rpocxuvT.a£iç xalaùtû) jxôvw X^Tpeûffeiç s;5Xr,; tt;; xapot'aç aou xa\ i\ 5Xr,; tî;; t(Ty uo< ffou, K'jpiov TÔV0EÔV tÔv TTOf^ffavTi de z=: Marc, XII, 29, 30, et parallèles. Nous avons là un mélange de passages évangéliques. Cependant, saint Justin cite les mêmes paroles du Seigneur presque dans leur forme canonique dans Adv. Tryph. 93 = Matth. XXil, 37, 39. Saint Justin a donc cité deux fois et différemment les mêmes paroles qu'il attribue au Seigneur et qu'on ne trouve textuellement dans aucun évangile.
Nous ne contestons pas les faits, mais prouvent-ils que saint Justin avait sous les yeux pour en citer les textes un autre évangile que les évangiles canoniques? Est-on en droit de supposer qu'il a existé un évangile donnant le Sermon sur la montagne dans l'ordre où saint Justin en a cité quelques sentences? S'il na pas adopté l'ordre de saint Matthieu, c'est qu'il voulait appuyer quelques vérités morales par des textes, et non citer le Sermon sur la montagne; ce qui explique pourquoi il emprunte ses textes tantôt à saint Matthieu, tantôt à saint Luc. La lecture de ce paragraphe de l'Apologie le prouve. Il a d'ailleurs traité les textes de l'Ancien Testament de la même façon, en les mélangeant pour établir sa démonstration. Quant aux leçons divergentes, elles proviennent de la manière ordinaire de citer de l'auteur.
Il est certain que saint Justin n'avait pas sous les yeux les textes quand il les citait, mais s'en rapportait à sa mémoire qui, après tout, n'était pas trop infidèle. Voici encore un exemple :
I Apol. 5 : rîveaOe 5e y^r\'sxo\ xai otXTÎp(jiov£; «b; xal 6 TtaxY)?
■/.ai Tov ■îî^iov aÙToy àvatDXet ètîI à(xapTto>oùç xai Sixafouç xai Trovr,poyç.
yldv. Tryph. 96 : Hvedôe xp>1- (jTot xal oixTt'p|Jiove; cb; xal ô Ttar^p 0(jit5v ô ojpâvioç xal yàp xbv Trav- Toxpàtopa 0ÎOV xpriuTèv xal ol- XTÎp(xovaôpwu.£v,
TÔv iî>,iov aÛTOù àvaxéXVjVTa èrcl àxapîfftou; xal Stxatoy; xal ppe- -/ovxa èttI ôtîou; xal Tîovr,90"j;.
Ce qui induirait à supposer que saint Justin cite ici un autre évangile que les canoniques, c'est que lemême texte ou ses parties sont rapportés presque dans les mêmes termes par/^ow. Clémentines, 111, 57 ; Hilaire, Ps. 118; Clément d'Alexandrie, ^fro/«. Il, 19, 100; Épii^h[[.ne,IIaer. 66, 22, les Naasséniens d'après Ilippolyte, Pkilosophoumena, V, 7, etc. Nous expliquons plus loin ce qu'il faut penser de cet accord des citations dans les divers écrivains ecclésiastiques.
D'autres fois, saint Justin a changé les textes intentionnellement et on peut voir pourquoi; enfin, quelquefois on ne se rend pas compte de la raison du changement. Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons pas accepter le jugement que porte sur ces citations du Sermon sur la montagne l'auteur de The supernatiiral religiony p. 240. « Aucun de ceux qui ont examiné attentivement l'ensemble de ces passages du Sermon sur la montagne et encore moins ceux qui connaissent la règle générale des variations dans la masse de ses citations, comparées avec leurs parallèles dans nos évangiles, ne l)Ourront manquer d'être frappés de leur différence systématique d'avec l'ordre et la langue des synoptiques. L'hypothèse que ces passages sont des citations de nos évangiles implique contre saint Justin l'accusation d'un manque de soin et d'une négligence, sans parallèle aucun dans la littérature. Le caractère et l'éducation de saint Justin ne justifient en aucune manière une telle calomnie, car elle n'a aucun fondement. En vérité,
si l'on n'avait pas essayé arbitrairement d'établir l'identité des Mémoires des apôtres avec nos évangiles, on n'aurait jamais pensé à porter cette accusation contre lui. Il est déraisonnable de supposer que des citations avouées, mûrement délibérées des paroles de Jésus, faites dans le but exprès de fournir une preuve écrite
luthentique des preuves que saint Justin donnait du christianisme, puissent, comme parune règle générale, être si singulièrement incorrectes, et cela surloutquand on considère que ces citations se trouvent dans une apologie du christianisme travaillée avec soin et adressée aux empereurs romains et dans une controverse soigpiée et étudiée avec un Juif pour la défense de la nouvelle foi. La conclusion simple et naturelle, soutenue par beaucoup de puissants arguments, est que saint Justin tirait ces citations d'un évangile qui était différent des nôtres, quoique évidemment très apparenté à ceux-ci par le sujet et le but. Son évangile,
n fait, diffère de nos synoptiques autant que ceux-ci «liffèrent les uns des autres. »
Quelques pages plus loin, le môme auteur examine le texte du Dialogue avec Tryphon, 100 : K«t ^v -cw tùay- YeXîo) oiyiy^fK-zaitl'KÛi'é'ïli'^t'x uou TcapaSéSoTst uitoToy iraTpôç, xal oùceiî Yivwdxêi xôv Ttarspa el ttr, 6 ulôç, oùSl tov utôv il [x:)| 6 TaT?;p xaî oi; av 6 uioç (xiroxaXu(|rr„ qui rappelle Matth. XI,
11, et Luc, X, 22, et prétend que ce texte a été cité I>ar des hérétiques dans la même forme que par saint Justin. En réalité, chacun doux présente quelque variante. Enfin, cet auteur soutient que l'évangile de saint Justin était l'évangile de Pierre. Nous verrons plus loin ce qu'il faut penser de cette hypothèse.
On présente encore une autre observation, tendant a prouver que saint Justin utilisait un autre évangile '[ue celui de nos évangiles canoniques. On trouve dans les Homélies clémentines, écrit du commence-
ment du m" siècle, les textes évangéliques cités avec les mêmes divergences que dans saint Justin : Adç. Tryph. 35 = Hom. Clém. XVI, 21. Nous avons cité précédemment un texte analogue. On a présenté diverses hypothèses pour expliquer ces ressemblances. D'après Credner et Renan, saint Justin et l'auteur des Homélies auraient puisé leurs citations dans l'évangile des Hébreux ou dans l'évangile de Pierre. D'après Bousset, Justin aurait été influencé par les Logia de Matthieu, source primitive du premier évangile. Sanday et Rendel Harris croient qu'ils ont cité tous les deux le passage d'après une Harmonie évangélique, analogue à celle de Tatien. Ce qui pourrait induire à accepter cette dernière hypothèse, c'est le mélange de textes évangéliques, qui se rencontre dans saint Justin et que nous avons déjà constaté chez d'autres écrivains chrétiens. Voici le plus caractéristique : Saint Justin expose à l'empereur (I Apol. XV) les enseignements de Jésus sur la charité, et il les emprunte à Matlh. V, 44, 46; Luc, VI, 32; Matth. V, 42, 46; Luc, VI, 30, 34 ; Matth. VI, 19, 20; XVI, 26 ; VI, 20; Luc, VI, 36 ; Malth. V, 45; VI, 25etss.,31-33;LMC, XII, 22-24,34 ; Matth.Yl, 1. Il fait le même mélange de textes sur le devoir de l'humilité et de la douceur, XVI. Il nous semble que le mélange a été fait par saint Justin lui-même, qui citait de mémoire, sans se demander à quel évangile il empruntait ses textes.
Mais voici un texte cité par saint Justin^ : Ti (xe ^éysiç àya^ov. elç lativ àvaOôç, ô TraTiqp (jiou ô Iv toT; oupovoTi;, que l'on trouve identique dans Hom. Clém. XVIII, 1, dans les écrits des Marcosiens, des Naasséniens, et enfin dans l'évangile selon les Hébreux -. Ne pour-
i. Adn. Tryph. KM.
2. HiLGENFELD, Novitm Teslamentum cxtra cati. receplum,W\, 16-44.
PÉRIODE DES PÈRES APOLOGISTES. îH
rait-on pas croire à un emprunt par tous à la tradition orale plutôt qu'à une Harmonie évangélique, totalement inconnue ? Qu'on remarque d'ailleurs que saint Justin a cité ce même texte dans sa première Apologie, 16, avec une variante considérable : OùSei; «Y«Ôôi; Et jjlt; ixôvo; ô Bïôç, 6 iroirjffaç xiTrâvrat. ObservOnS en
terminant qu'il y a entre les citations de textes évangéliques, faites conjointement par saint Justin et les Homélies clémentines, plus de différences que de ressemblances, ce qui prouve bien qu'ils n'empruntent pas leurs textes à la même source.
Enfin, il est inutile de faire remarquer que si, à diverses reprises, saint Justin dit qu'il rapporte des paroles qui se trouvent dans l'évangile et non dans les évangiles, cela ne prouve nullement, comme on l'a soutenu, que saint Justin ne connaissait qu'un évangile, mais provient de ce qu'il avait conservé la formule, venant de l'idée que les quatre évangiles étaient le même évangile avec des noms d'auteurs différents : EùayYéXiov xaxà MatOaîov, xati Ma'pxov, xatà Aooxîv, xa-cà 'Iwbtvvriv, S'il n'a pas nommé les auteurs des évangiles, c'est qu'en agissant ainsi il a suivi l'usage de son temps.
2" Saint Justin a introduit, dit-on, dans son exposé des faits évangéliques et des paroles du Seigneur inconnus à nos évangiles et que Ton retrouve dans les apocryphes, ce qui prouve qu'il avait entre les mains un autre évangile que les canoniques. Ainsi, d'après lui, Marie descendait de David; Quirinius a été le premier procurateur de la Judée; Marie après avoir reçu foi et joie, répondit à l'ange. Cf. Protévangile de Jacques, 12. Bethléem était à trente-cinq stades de Jérusalem ; Joseph se retira dans une grotte, près de Bethléem, où Marie mit au monde son lils, Prt. Jacq. 18; aussitôt arrivèrent auprès d'Hérode les mages
d'Arabie; Jean-Baptiste était assis près du Jourdain; Jésus était sans gloire et sans beauté; il fabriquait des jougs et des charrues, Evangile de Thomas, il; Évangile de l'enfance^ 38. Au moment de son baptême, un feu s'alluma sur le Jourdain, Evangile des Ebionites, et une voix du ciel dit : « Tu es mon Fils bien-aimé, je t'ai engendré aujourd'hui », Codex de Bèze. Les témoins des miracles de Jésus disaient que c'étaient de la magie; Jésus ordonna de lui amener une ânesse qui était attachée à une vigne ; Hérodc avait succédé à Archélaûs; on traîne Jésus, on le fait asseoir sur le siège du tribunal en lui disant : « Jugenous ». Évangile de Pierre, 7. Les témoins du supplice de Jésus se tordaient les lèvres. Ses pieds et ses mains furent percés de clous et il fut décloué ; après le crucifiement tous ses disciples l'abandonnèrent et le renièrent.
Saint Justin enfin cite deux sentences du Seigneur qu'on ne retrouve pas dans les évangiles : 'EaovTat c/^i'criAaTa xal aipIffEiç, Adv. Tryph. 35 ; 'Ev oT; av ujjiaç xataXotêo), Iv toutoiç xai xpivw, Adv. Tryph. 47. De plus, il rapporte une promesse du Seigneur, que nous ne retrouvons pas dans les évangiles canoniques : Jésus a promis de nous revêtir de vêtements préparés si nous observons ses commandements, et il a annoncé qu'il pourvoirait à un règne éternel, -4 rf^. Tryph. 116.
On a essayé de déterminer à quel évangile saint Justin avait emprunté ces faits et ces paroles du Seigneur, et on a nommé l'évangile de Pierre, les Actes de Pilate, l'évangile selon les Hébreux, le Protévangile de Jacques, l'évangile de Thomas. Voici les preuves que l'on présente pour étayer ces hypothèses.
Saint Justin, dit-on, affirme nettement que le changement de nom de Pierre et des fils de Zébédée par le Seigneur est rapporté dans les Mémoires de Pierre :
Kcà th elffEÎv uETb)vo;xaxévai «ùràv ïlérpov Iva twv «iroaroXcov xa\ Y^YP*?^^' -"^ "f^^^ àTCouvr,(xovEUjxaaiv «ùtov! yi'{t'rr\iié'éO>i xs\ TOÎÎTO lAîTa Toû xsl aXXouç oûo àosX^'jç, uîo'j; Zs^êîaîo'j ovxaç aETOJvoaaxévai «îvo'ixsTi toC ^oavepYéç, 5 èffriv uîol PpovtTiç, Adç. Tri/ph. 106. On a fait observer que atùroy était une mauvaise lecture, qu'il fallait remplacerparaùtwv. Le terme désignerait donc les apôtres et il serait question ici, comme ailleurs, des Mémoires des apôtres. Cette échappatoire n'a aucune valeur, car tous les manuscrits du Dialogue portent aù-roû. Il est difficile aussi de croire que aùrot» désigne Jésus. Nulle part Justin ne parle des Mémoires de Jésus, c'est-à-dire concernant Jésus.
De plus, ajoute-t-on, on relève dans saint Justin des traits qui ne se trouvent que dans l'évangile de Pierre. Voici le plus frappant :
I Apol. 35 : Kai yÀp, «1>C eIkîv 6 nfoçiÎTr,ç, ôioaûpovTE; aytov ixibiccu lit\ ^rnLOL-zoi xai eîtcov xfïvov f.jiïv .
if. l' terre, 1 : Kad £xi8t(T«v a'JTov iiû xaôÉ^pav x&îotu»; Iéyov- T(;' Stxxios xpîvE, t^oioiXeû toO 'Iipar,/ .
On remarque encore que saint Justin a employé des termes particuliers: Xa^aôç, |Av9ijii«, qui ne se rencontrent pas dans les évangiles canoniques, mais dans l'évangile de Pierre.
Nous pourrions concéder, si l'on veut, que saint Justin a emprunté des faits ou des paroles du Seigneur à des évangiles apocryphes; d'autres écrivains ecclésiastiques avaient avant lui agi de môme. Ce qui importe, c'est de savoir s'il a rangé un apocryphe, l'évangile •le Pierre, parmi les Mémoires des apôtres, par conséquent, parmi les évangiles officiels. C'est, dit-on, ce que prouverait le premier texte que nous avons cité.
La question est de savoir si saint Justin, en parlant Jes Mémoires de Pierre, a voulu désigner l'évangile
de Pierre. Il semble plus naturel de croire qu'en parlant ainsi, il se référait à la tradition répandue à cette époque, comme nous l'apprenons par Papias, que l'évangile de saint Marc reproduisait la prédication de saint Pierre. Et ce qui confirme cette conjecture, c'est que ce changement de nom pour Pierre et les fils de Zébédée, qui, d'après saint Justin, se trouverait relaté dans les Mémoires de Pierre, est en effet rapporté dans le même passage de Marc, III, 16, 17, et que, seul des évangélistes, celui-ci parle du nom de Boanergès, fils du tonnerre, imposé aux fils de Zébédée,
Ainsi que nous l'avons remarqué, le fait que seuls, saint Justin et l'évangile de Pierre racontent que les Juifs firent asseoir Jésus sur le siège du tribunal et lui demandèrent de les juger, paraît indiquer une dépendance du premier, par rapport au second, et cela d'autant plus que saint Justin raconte encore ici que le rôle principal dans le jugement, ainsi que dans le crucifiement et le partage des vêtements de Jésus a été joué parles Juifs; ce qui est, en partie, concordant avec l'évangile de Pierre. En partie, car il y a des différences assez sensibles entre les deux passages. Justin a omis d'ajouter Stxafwç à xpi'vov u(jlîv, ce qui ne s'explique pas, s'il a eu l'évangile de Pierre sous les yeux. Il se sertdu terme évangélique,il/(2/M. XXVII, 19;/e«/z, XIX, 3, Pïiu.«, au lieu de xaôsSpa xpi'aewç, de l'évangile de Pierre. Ces constatations nous inclinent à croire que saint Justin ne dépend pas ici de l'évangile de Pierre, mais que tous deux ont eu recours à un autre écrit, que saint Justin nomme d'ailleurs quand il renvoie son impérial lecteur à consulter sur tous ces faits les Actes écrits sous Ponce Pilate : Kai rauTa 5ti -{iyo\ie, SuvaaOe [jiaôeîv èx. xwv Iki IlovTtou ntXoiTOU yevoiJiEvwv axTtov, I Apol. 35, 9.
Quant à l'emploi de termes semblables par l'évangile
de Pierre et par saint Justin, la preuve est trop insuffisante pour établir une dépendance.
En admettant même qu'il paraisse y avoir entre les deux des points d'accord, nous devons constater en même temps des divergences profondes. D'après l'évangile de Pierre, Jésus sur la croix se taisait, comme s'il n'avait ressenti aucune douleur, aùxoçSi £cio»jta, ùk {XT,5ev« itdvov éj^wv ; saint Justin * , qui n'était pas docète, affirme au contraire que Jésus a démontré par ses souffrances qu'il était un homme vraiment capable de souffrir : At,XÔ)v Six TOÛTtov ?Ti àXrjôûl; 7ra6r,To; àvôpwtcoç -{l'^ivr^z'xt. D'après l'évangile de Pierre, Jésus au moment de mourir, se serait écrié : « Ma force, ma force, tu m'as abandonné, ^, Sova|jiî; {aok, f, Sûvoiak; xaTÉXEnj/aç {xe », et après avoir dit ces paroles il fut enlevé, (xveXr.cpOri. Saint Justin', au contraire, met dans la bouche de Jésus mourant les mêmes paroles que les évangélistes, Marc, X'V, 34; Matth. XXVII, 46; Luc, XXII, 46. Nous pouvons donc conclure que saint Justin n'a pas connu l'évangile de Pierre. Et cela d'autant plus que cet évangile était inconnu à Rome, où avait vécu si longtemps saint Justin. Saint Irénée, non plus que le fragment de Muratori, n'en fait mention.
En deux passages, I Apol. 35 et 48, saint Justin fait allusion aux Actes de Pilate. Nous avons déjà cité le premier; dans le second, il est dit que les miracles de Jésus sont attestés par les Actes de Pilate. Nous n'avons pas à rechercher ici ce qu'était ce document, constatons seulement que saint Justin lui a emjjrunté quelques détails sur la passion de Notre-Seigneur.
On croit que certaines paroles du Seigneur citées par saint Justin, telles que : 11 y aura des schismes et des hérésies ; beaucoup de faux Christs et de faux apôtres
i. Adv. Tryph. 99.
*. Adv. Tryph. 99.
apparaîtront, et peut-être aussi la mention du feu qui s'allume dans le Jourdain au moment du baptême de Jésus, sont empruntées à l'évangile selon les Hébreux, mais on n'a aucune preuve établissant que ces textes étaient dans cet évangile.
C'est dans l'évangile des Ebionites que nous trouvons mentionne le feu du Jourdain, mais avec des détails différents de ceux donnés par saint Justin. D'après l'évangile des Ebionites, le feu brilla après que Jésus fut sorti de l'eau, et que la voix du ciel eut proclamé la filiation divine de Jésus : Kai w; àvriXOEv àiro toî! uSaToç... x«t £Ù6oç iteptéXa[jn|>£ tov tottov cptoç ^léfoi. D'après saint Justin, le phénomène parut au moment où Jésus descendit dans l'eau : KarsXOôvTOç roZ 'Iv^dou I-kX to uccop xai Tcop àwicpô-/; £v Tw 'lopSavY) ^ . Le fait seul est identique, les expressions qui le rapportent et les circonstances sont différentes. Nous en concluons que saint Justin a connu ce fait par ailleurs. Il était très répandu à cette époque et plus tard ; on le trouve dans deux manuscrits vieux latins : Vercellensis et Sangermanensis : « Et cum baptizaretur Jésus, lumen magnum fulgebat de aqua » , dans plusieurs écrits de saint Ephrem, dans la Praedicatio Pétri et Paulij dans le traité De Hebaptistnate, faussement attribué à saint Cyprien, où il est remarqué que cela n'est écrit dans aucun évangile. Il semble donc que saint Justin a connu ce fait par la tradition du temps.
Remarquons que l'on ne peut conclure du texte de saint Justin que ce fait ait été consigné dans les Mémoires des apôtres. 11 s'exprime ainsi : KaTeXôo'vToçToTî 'Irjaoû lui Toôâtop, xa\ Ttûp àvTQtpOyi Iv Tto 'lopSâvy], xat àvaSûvtoç... wç wepiffTîpàv TO Syiov TTveufxa lTn7rTr|V0(i Itz «otÔv eYpa'^'av ot «TroffTO- Xoi^. La conclusion ne serait pas exacte, carJechange-
\. Adv. Tryph. 88. 2. Adv. Tryph. 88.
ment de temps, d abord l'indicatif, puis l'infinitif, indique que la seconde partie seule de la phrase a été écrite par les apôtres. Enfin, la variante ' : YXôç (xou si ou, lyw ff-/i(jLepov ^eYé^v^xâ at, est occidentale; on la trouve dans le Codex de Bèze.
On prétend aussi que saint Justin aurait connu par le Protévangile de Jacques et par l'évangile de Thomas certains détails de la vie du Seigneur : Du premier, que Marie descendait de David et que Jésus était né dans une grotte ; du second, que Jésus fabriquait <les jougs et des charrues. En réalité, saint Justin a pu conclure la descendance davidiquede Marie des généalogies évangéliques de Jésus et connaître la naissance de Jésus dans une grotte par une tradition très répandue; enfin, la rencontre avec l'évangile de Thomas sur ce que fabriquait Jésus le charpentier ne signifie rien.
On a signalé des rapprochements très étroits dans l'annonciation de la conception de Jésus par l'ange à Marie, entre saint Justin, \Apol. 33; Adi». Tryph. 100 et le Protévangile de Jacques. XI, 2, 3. En fait, les paroles de lange et celles de Marie dérivent de part et d'autre des évangiles canoniques, largement cités. Enfin, l'expression : /«pàv Xaooù<ja, employée par saint Justin et le Protévangile, n'est pas dans le même contexte et de plus saint Justin dit : Ttî(rcivSîxal/«pàvXa6oîicra.
De cet examen il résulte qu'en dehors des quatre évangiles canoniques, saint Justin n'a connu et utilisé aucun évangile grec apocryphe. Tous les détails qu'il semble avoir empruntés à ceux-ci lui viennent de la source qui les a fournis à ces évangiles, à savoir prol)ablement la tradition orale. Il n'est pas prouvé d'ailleurs que ces évangiles aient déjà été composés au