Geich. des nt. Kanons, I, p
leurs désigné dans la littérature chrétienne primitive, ainsi qu'il appert des ouvrages de saint Irénée. De plus, Jean est exhorté par ses évêques ; par conséquent, par les évêques qu'il avait établis et qui étaient sous ses ordres. Cette prééminence ne peut convenir qu'à Jean l'apôtre, duquel la tradition nous apprend le séjour à Ephèse et à qui elle attribue le gouvernement de l'église d'Asie.
La suite du texte, introduit par et ideo, n'a aucun rapport avec ce qui précède et avec ce qui suit le développement terminé par faluram est. On dirait que nous avons ici une enclave apologétique qui n'est placée là, après la mention des quatre évangiles, que pour répondre à ceux qui attaquaient la valeur historique des évangiles, sous prétexte qu'il existait entre eux des divergences. Elles sont tout extérieures, alTirme le Muralorianiim : les évangiles racontent les mêmes faits principaux de la vie de Jésus, sous l'impulsion d'un seul et souverain esprit.
« Et c'est pourquoi, bien que des doctrines diverses soient enseignées dans chacun des livres des évangiles, licet vaj'ia singulis ei>angeliorum libris principia * doceantur, il n'y a cependant aucune différence pour la foi des croyants, nihil tamendiffert credentium fîdei^ puisque dans tous (les évangiles) sont exprimées [declarata] par un seul et souverain esprit toutes choses sur la naissance, la passion, la résurrection, la vie intime, conversatione, du Seigneur avec ses disciples, sur son double avènement, de gemino ejus adventu, le premier, méprisé dans l'iiumilité, qui est arrivé, primo in humilitate despecto qaod fuit, le second
1. Principia, neutre pluriel, a le sens de principes, fondement, règles, lois morales. C'est dans ce sens qu'il a été employé ici. Quelques critiques ont cru cependant qu'il est fait allusion aux commencements différents des évangiles.
magnifique dans le pouvoir royal du prince qui est à venir, secundo potestate regali principis praeclaro quod futurum est. »
De ce passage ressort nettement la position unique et incontestée qu'occupaient les évangiles dans l'Eglise chrétienne. Au nombre de quatre et tous également inspires, ils sont la règle de la foi pour tout ce qui concerne Notre-Seigneur soit pour le passé, soit pour le futur. 11 n'est pas question d'autres évangiles.
Après cette digression , l'auteur revient au témoignage de saint Jean. « Qu'y a-t-il donc d'étonnant si Jean publie, expose, /?ro/è/-rt/, avec tant de fermeté de persévérance), tant constanter. chaque chose, même dans ses épîtres, disant de lui-même : Nous vous avons écrit ce que nous avons vu de nos yeux et entendu de nos oreilles et ce que nos mains ont touché'. Car il professe ainsi qu'il a été non seulement le témoin oculaire du Soigneur, mais aussi l'écrivain de toutes ses œuvres merveilleuses dans leur ordre. » L'auteur du Muratorianum répond dans ce passage à ceux qui niaient l'authenticité et la valeur historique du IV* évangile. L'auteur est bien Jean l'apôtre qui a vécu avec le Seigneur et qui a vu tous les actes du Seigneur et entendu ses paroles, le même qui a écrit une épîtrc dans laquelle il déclare qu'il a écrit ce qu'il a vu et entendu.
Il est question ensuite des Actes des apôtres, mentionnés ici pour la première fois par leur titre, si ce fragment est antérieur à saint Irénée.
Âcta aulë omniû apostolorum s-ub unu libro scribta sunt Lucas obtime Iheufi le comprindit quia sub praesentia eius singula gerebantur sicute et semote passioné pétri
i. Ce teite est une citation libre de I Jean, l. i. i.
euidenter déclarât Sed profectionè pauli au ur bes ad spaniâ proflcescentis
Correction du texte. — Acta autem omnium apostolorum sub uno libro scripta sunt. Lucas optimo (optime, W.) rheopliilocomprehendit(comprenditW.), quia sub praesentia eius singula gerebantur, sicuti et semota (semote, W.) passione (passionem, W.) Petri evidenter déclarât scd et profectionè (profectionem, W.) ab urbe ad Spaniam proficiscentis.
« Mais les actes de tous les apôtres ont été écrits dans un seul livre. » Le reste du passage concernant les Actes doit être corrompu. Voici ce qui paraît s'en dégager : & Luc les y a renfermés, comprehendit, pour l'excellent Théophile, parce que chacune de ces choses a été faite en sa présence, comme il le déclare, excepté la passion de Pierre, ainsi que le départ de Paul partant do la Ville pour l'Espagne. » Ces derniers mots pourraient être interprétés différemment ; il nous suffit de constater qu'il s'agit bien dans ce passage des Actes des apôtres, tels que nous les avons.
Epislulae aulem pauli quae a quo loco uel qua ex causa directe sint uûluntatibus intellegere Ipse déclarant Primura omnium corintheis scysmc heresis in terdicens, deinceps b callatis circumcisione Romanis autê ornidinc scripturarum sed In principium earum ese esse xpm Intlmans prolexius scripsit do quibus sincolis neces se est ad nobis desputari Cum ipse beatus apostulus paulus sequens prodecessuris suis lohannis ordinë non nisi domenatî semptaë eccleses scribat ordine tali A corenthios prima ad efesius seconda ad philippinsis ter tia ad colosensis quarla ad calatas quin ta ad tensaolenccinsis sixta ad romanus septima Uerum corentheis et desaolecen
sibus licit pro pcorrebtione iteretur una tamen per omnem orbem terrae ecclesia defTusa esse denoscitur Et lohannis enï In a pocalebsy licet septT eccleseis scribat tamen omnibus dicit uerum ad filemonem unâ et at titû una et ad tymotheû duas pro affec to et dilectione In honore tamen eclesiae ca tholice In ordinatione eclesiastice descepline scificate sunt fertur etiam ad laudicensis alia ad alexandrinos piuli no mine fincte ad hesem marcionis, et alia plu ra quae In chatholicam eclesiam recepi non potest fel enim cum melle misceri non con cruit
Correction du texte. — Epistulae autem Pauli, quae, a quo loco vel qua ex causa directae sint, volenlibus intellegere ipsae déclarant. Primum omnium Corinthiis schisma [ta et] haereses (haeresis, W.) interdicens, deinceps(B?)Galatis circumcisionem, Romanis autem ordinem ordine, W.) scripturarum, sed et principium earum esse Christumintimans,prolixius scripsit; de quibus singulis [non] necesse est a nobis disputari, cum ipse beatus apostolus Paulus, sequens prodecessoris sui Johannis ordinem, nonnisi nominalim septem ecclesiis scribat ordine taîi : ad Corinthios primam (prima, W.; ; ad Ephesios secundam (secunda, W.), ad Philippenses tertiam (tertia, W.) — adColossenses quartam (quarta, W.), ad Galatas quintam (quinta, W.), ad Thessalonicenses sextam (sexta, W.), ad Romanos septimam (septima, W.) — verum Corinthiis et Thessalonicensibus, licet pro correptione, iteratur (iteretur, W.) — una tamen per omnem orbem terrae ecclesiadiffusaessedignoscatur(dinoscitur, W.). Et Johannes enim in apocalypsi, licet septem ecclesiis scribat, tamen omnibus dicit. Verum ad Philemonem una unam, W.) et ad Titum una (unam, W.) et ad Timotheum duae (duas, W.) pro afTectu et dilectione,
in honorem (honore, W.) tamen ecclesiae catliolicae, in ordinationem (ordinatione, W.) ecclesiaslicae disciplinae significatae sunt. Ferlur etiam ad Laudicenses (Laodicenses W.)î alia ad Alexandrinos, Pauli nomine lînctae ad haeresem (haeresim, W.) Marcionis et alia plura, quae in catholicam ecclesiam recipi non potest, fel enim cum melle misceri non congruit.
L'écrivain passe ensuite aux épîtres paulinienncs, qui sont désignées par leurs destinataires et dont le contenu est quelquefois indiqué. Il parle d'abord de celles qui sont adressées à des communautés, puis de celles qui ont été écrites à des particuliers. « Mais, quant aux épîtres de Paul, ce qu'elles sont, de quel lieu et pour quelle cause elles ont été envoyées, elles le font connaître elles-mêmes à ceux qui veulent comprendre. Il (Paul) a écrit abondamment en premier lieu, /?/7mum omnium, aux Corinthiens, prohibant, interdicens, les schismes hérétiques, schisma haeresis (les schismes et les hérésies), ensuite, B, auxGalates.la circoncision, mais (écrivant) aux Romains sur l'ordre des Ecritures, et leur exposant, intimans, que le Christ en était le principe, principium. Sur chacune d'elles il nous est nécessaire de disserter. » Ce membre de phrase indiquerait que le Muratorianum avait été placé en tête d'un commentaire détaillé des livres du Nouveau Testament, ou tout au moins des épîtres pauliniennes. On a supposé, il est vrai, qu'il faudrait lire : de quitus singulis non necesse est a nobis disputari, de chacune desquelles il ne nous est pas nécessaire de discuter, ce qui s'explique dans un exposé rapide, comme celuici , du caractère des épîtres pauliniennes. Mais le texte, tel que nous l'avons, s'accorderait bien avec la suite. Saint Paul n'avait écrit nommément qu'à sept églises, mais il s'adressait en réalité à l'Eglise répan-
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due sur toute la terre. « Vu que le bienheureux apôtre Paul lui-même, suivant l'ordre (la manière de faire), ordinem,de son prédécesseur Jean, n'a écrit nominativement qu'à sept églises dans l'ordre suivant : aux Corinthiens, la première, aux Ephésiens, la seconde, aux Philippiens, la troisième, aux Colossiens, la quatrième, aux Galates, la cinquième, aux Thessaloniciens, la sixième, aux Romains, la septième, mais quoique, pour leur correction, il ait réitéré (écrit deux fois) aux Corinthiens et aux Thessaloniciens, (il a écrit) cependant afin qu'il soit reconnu que l'Eglise répandue par toute la terre est une. Car Jean aussi dans l'Apocalypse, bien qu'il écrive à sept églises, parle cependant à toutes. »'
En remarquant que saint Paul, en écrivant à sept églises, avait imité saint Jean son prédécesseur qui, lui aussi, avait écrit dans l'Apocalypse à sept églises, il n'a pas voulu dire que l'Apocalypse avait été écrite avant les épîlrcs pauliniennes, mais que Jean avait précédé Paul dans l'apostolat. Quant à l'ordre dans lequel les épîtres sont rangées, il n'est pas chronologique, mais il dépend des idées que se faisait lécrivain sur le but des épîtres.
L'auteur énumère ensuite les épîtres qui ont été écrites à des particuliers. La restitution du terme scificatae est douteuse. Faut-il lire sancUfîcatae avec Westcott ou signifîcatae avec Zahn? Si nous adoptons sanctificatae y il faut traduire : « Mais (ont été écrites) à Philémon une (lettre) et à Tite une et à Timothée deux, par affection et amitié, (mais elles' ont été consacrées dans l'estime de toute lEglise, pour l'organisation de la discipline ecclésiastique. » Si Ton lit significatae^ le sens serait que les lettres, rédigées par affection, l'ont été dans l'estime de toute l'Eglise pour l'organisation de la discipline ecclésiastique.
Le fragment parle ensuite d'épîtres hérétiques qui ont été attribuées à saint Paul. « Il circule, ferlur, môme une (épître) aux Laodicéens, une autre aux Alexandrins, forgées sous le nom de Paul pour (soutenir) l'hérésie de Marcion et plusieurs autres qui ne peuvent être reçues dans l'Église catholique, car le fiel ne doit pas être mélangé avec le miel. «
Quelle est cette épître aux Laodicéens, composée sous le nom de Paul, pour soutenir l'hérésie de Marcion? Le fragment fait peut-être allusion à l'épître aux Laodicéens, qui se trouvait parmi les épîtres pauliniennes acceptées par Marcion. Mais cette épître n'était autre chose que l'épître aux Éphésiens. Il est possible que l'auteur l'ait crue marcionite, parce qu'elle était dans le recueil de Marcion. Cette explication se heurte à ce fait qu'il aurait dû déclarer marcionites d'autres épîtres pauliniennes, qui étaient aussi dans le recueil de Marcion.
Fait-il allusion à cette épître aux Laodicéens que l'on trouve dans plusieurs manuscrits de la Vulgate et dont nous n'avons que le texte latin? C'est peu probable, car cette épître ne paraît pas ancienne. Rappelons que saint Jérôme connaissait aussi une épître aux Laodicéens, qui était rejetée par tous ^ La conclusion est que l'écrivain du fragment a fait une confusion que nous ne nous expliquons pas.
On ne sait pas non plus quelle était l'épître aux Alexandrins dont il parle. On n'en trouve nulle part ailleurs la mention. On a supposé qu'il s'agissait là de l'épître aux Hébreux. Mais d'abord, cette épître n'a rien de marcionite; de plus, elle était connue à cette époque dans l'Église sous le nom d'épître aux Hébreux. Jamais elle n'a été regardée comme une lettre apocry-