‹ Le Nouveau Testament dans l'Église ChrétienneChapitre 100 sur 156 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Nous avons déjà parlé des manuscrits sur lesquels avait été écrit le Nouveau Testament; nous avons maintenant à relever les rares indications que nous trouvons dans la littérature chrétienne sur le texte lui-même. Nous nous en tenons aux documents, nous réservant de passer en revue plus loin les diverses hypothèses qui ont été émises sur l'histoire du texte, c'est-à-dire sur la façon dont il a été traité aux diilerentes époques, de l'origine au vi« siècle, où il est définitivement fixé.

Les manuscrits autographes des écrits du Nouveau Testament sont perdus depuis longtemps. La seule mention qui en soit faite se trouve dans un passage de Tertullien « : « Age jam qui voles curiositatem melius

i. De Praescriptione haereticorum, XXXVI, \, i.

exercere in negotio salutis suae, percurre ecclesias apostolicas, apud quas ipsae adhuc cathedrae apostolorum suis locis praesident; apud quas ipsae authenticae littterae eorum recitantur, sonantes vocem et représentantes faciem uniuscujusque. Proxima est tibi Achaia ; habes Corinthum ; si non longo es a Macedonia, habes Philippos; si potes in Asiam tendere, habes Ephesum; si autem Italiae adjaces, habes Romam, unde nobis quoque auctoritas praesto est. » Est-ce que par cette expression : litterae authenticae, Tertullien a voulu désigner les lettres autographes? Il semble bien que oui, puisqu'il envoie le lecteur dans toutes les villes auxquelles l'apôtre Paul avait écrit, et qui avaient dû conserver l'autographe de ces lettres. S'il avait voulu parler seulement de lettres génuines, c'est-à-dire reproduisant exactement le texte de l'apôtre, il n'avait pas besoin de renvoyer le lecteur à ces villes puisque à son époque elles étaient répandues dans toute l'Eglise. Reste cependant un doute, car Tertullien a bien pu employer ici un beau moyen rhétorique.

Cela semble d'autant plus probable que son contemporain, saint Irénée, ne paraît pas croire que ces autographes existent encore. Nous citerons plus loin son texte d'où il ressort que, à son époque, on n'avait que des copies des saintes Ecritures, et encore altérées.

On a quelquefois cité un passage de l'épître de saint Ignace aux Philadelphiens, VIII, 2, pour établir que, de son temps, les autographes existaient encore. En réalité, le passage ne dit rien de semblable. Le voici : Car j'en ai entendu qui disaient : « Si je ne trouve pas (cela) dans les archives, lv toïç àp^afoiç, dans l'Évangile, év tôj eùotYfeXu;), je ne crois pas » et lorsque je leur <lis que cela est écrit, ils me répondirent que c'était à prouver.

Ce n'est pas cependant que nous n'ayons quelques indications sur l'existence des manuscrits autographes. On raconte qu'un manuscrit de l'évangile grec de saint Matthieu aurait été retrouvé, au temps de l'empereur Zenon, 475-491, en l'île de Chypre, dans le tombeau de Barnabe, et que cet exemplaire, copié par Barnabe lui-même, aurait été porté à Constantinople. Mais ce n'était pas le manuscrit autographe, puisqu'il avait été copié par Barnabe.

Plus précis est le témoignage de Pierre d'Alexandrie * , 300-311. 11 affirmait que la leçon : u>pa -^v in\ Tpt-rr,, Jn, XIX, 14, était la bonne leçon, car elle se trouvait dans l'exemplaire écrit par l'évangéliste lui-même : Kotôtoç xà àxpiSïj jîiêXia uspis^Ei axixô Te to îoio'/cipov tou eùay- Y«XtffxoC, forep {/.l^pt T0" v"v ratpuXaxTai X*PiTl &6(& *v t9j 'Eçeoiwv aYioxocTï] èxxX^cta, xa\ uto twv ttkxtwv exeïae TrpoaxuvtÎTai. Il serait à prouver d'abord que ce passage a été écrit par Pierre d'Alexandrie, et serait-il authentique, quelle créance peut-on accorder à un écrivain du ive siècle, qui affirme l'existence à Ephèse du manuscrit autographe de l'évangile de saint Jean?

Doit-on en ajouter davantage à la tradition qui rapporte qu'on conservait à Venise deux cahiers de l'évangile latin de Marc et, à Aquilée, un exemplaire complet de Marc 2 ?

Quoi qu'il en soit, passons maintenant en revue les rares renseignements que nous rencontrons dans la littérature chrétienne sur l'état du texte du Nouveau Testament, lors de sa diffusion primitive.

Que ce texte ait subi des altérations dès le ir siècle, nous en donnerons des preuves, lorsque nous étudierons le texte occidental ; rappelons seulement comme

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